Privées de surveillance anti-requin, les écoles de surf agonisent

Depuis le passage de témoin officiel entre l’association Ressac et les anciens dispositifs de sécurisation anti-requin (VRR et Water Patrol), seul le spot de l’Étang-Salé est actuellement ouvert aux écoles de surf. Un coup dur pour un secteur qui commençait à remonter la pente après la période de disette de la crise requin.
Quand les spots de l’Ouest seront-ils de nouveau sécurisés par la nouvelle association Ressac ? Voilà la question qui anime le petit monde du surf, et en particulier les écoles. L’activité est désormais à l’arrêt ou doit être délocalisée à l’Étang-Salé, faute de mise à jour des arrêtés municipaux qui encadrent la pratique du surf dans les zones expérimentales (ZONEX).
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Le spectre de Garance et le blocage administratif
À Saint-Leu, nombreux sont ceux qui ironisent sur le timing de Garance, dont l’impact sur le milieu marin a justifié l’interdiction des activités nautiques pendant un moment. « Cela a permis à la préfecture de camoufler le fait qu’ils n’ont pas réussi à reprendre en avril l’activité des ex-VRR et Water Patrol », rumine une source proche des discussions entre la sous-préfecture de Saint-Paul et les professionnels de la mer de l’Ouest.
En effet, pour reprendre le cas de Saint-Leu, les activités autorisées dans la ZONEX de la commune sont encadrées via un arrêté de mars 2021. Or, cette décision dit explicitement que la surveillance est effectuée par le staff des Water Patrol, rattachés au Leu Tropical Surf Team. Cet arrêté est complété par un manex (manuel d’exploitation) qui sert de cahier des charges au porteur du projet. Mais au 1er avril, les Water Patrol ont laissé la place à la nouvelle association Ressac.
Si ce changement peut paraître superficiel, il demande à la ville de modifier l’arrêté de 2021. Une modification d’autant plus nécessaire que le dispositif a légèrement évolué entre les Water Patrol et Ressac. « C’est de l’administratif bête et méchant. Nous avons déjà eu des échanges mais nous avons demandé des précisions. Nous souhaitons bien sûr que le surf reprenne rapidement, mais nous avons besoin de plus d’informations pour remettre à jour le manex de manière satisfaisante », précise la commune de Saint-Leu.
Un arrêté de 2021 devenu obsolète
En attendant, les écoles de surf rongent leur frein en attendant la publication du nouvel arrêté. « On ne peut pas tous se délocaliser à l’Étang-Salé sans être beaucoup trop nombreux à l’eau. En plus, nous avons besoin de faire une demande à la DMSOI pour pouvoir être dans les clous. J’ai fait la demande, et on nous a donné une autorisation orale le temps qu’elle soit étudiée, mais cela reste quand même flou », s’agace Raphaël, le gérant de l’école de surf Aïko. Et même si le spot de l’Étang-Salé peut servir le temps que les choses se mettent en place, les engagements ne sont pas respectés pour Raphaël. « Le dispositif devait être en place pour les vacances scolaires, mais au final, il n’a été ouvert que le 10, 11 et 12 mai, ce n’est pas suffisant pour nous », poursuit le gérant.
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Ouverte en 2023, son entreprise fait partie des écoles qui ont pu ouvrir après la période noire de la crise requin avec la mise en place des dispositifs de surveillance. « L’année 2024 était une réussite, et le début de 2025 s’annonçait aussi bien, mais Garance et l’arrêt des Water Patrol ont coupé notre élan. C’est compréhensible que l’État ait voulu remettre à plat les dispositifs pour être plus efficace. Sur le papier, c’était même un beau projet. Mais dans la pratique, c’est plus compliqué. Je ne veux pas jeter la pierre à Ressac, car ils reprennent sur leurs épaules la gestion de la crise requin. Mais on aurait au moins pu arrêter les dispositifs précédents seulement quand Ressac était effectivement prêt à reprendre la main. Le manque d’information et de communication rend la situation un peu anxiogène. Si Ressac ne peut pas reprendre les spots de Saint-Leu et de Trois-Bassins, que l’association le dise pour qu’on puisse s’adapter. Heureusement que j’ai encore un peu de trésorerie pour faire survivre l’école encore un peu, mais on ne pourra pas rester dans l’attente encore bien longtemps ».
La Ligue réunionnaise de surf n’est pas non plus tendre avec ce retard non prévu dans le déploiement de Ressac. « Des écoles risquent de fermer si une solution n’est pas rapidement trouvée. On n'avance pas, on recule même. Nous étions très heureux que l’État souhaite nous reprendre la mission des VRR, car ce n’est pas le travail de la Ligue. Mais il fallait arrêter le dispositif si on avait quelque chose derrière. Là, ce n’est pas le cas », s’agace Thierry Martineau, le président de la Ligue de surf péi.
Budgets, Garance et captures de requins : quand l'État joue de malchance à Étang-Salé
Interrogés, les services de l’État reconnaissent que cet arrêt des surveillances est un frein majeur à l’activité des clubs de surf. « Nous avons des problèmes différents sur chacun des spots et cela demande une réponse qui peut prendre un peu de temps », tente de rassurer Philippe Malizard, le sous-préfet de Saint-Paul et président du GIP CSR.
D’abord, pour l’ouverture intermittente du spot d’Étang-Salé, les autorités n’ont pas eu de chance avec la panne du bateau du pêcheur chargé de relever les palangres en cas d’alerte. « Il est demandé d’être sur place en 40 minutes, même au milieu de la nuit, et donc le cahier des charges est difficile à remplir pour des pêcheurs des alentours. Et surtout, avec Garance, les prélèvements ont augmenté de façon importante. Depuis fin février, nous avons autant pêché que durant huit mois d’activité normale. Or, ces pêches sont financées via des crédits publics, et nous sommes arrivés au bout des bons de commande. Des fonds ont été mobilisés et cela devrait reprendre, mais comme la pêche fait partie des trois conditions, avec la météo et la turbidité de l’eau, pour ouvrir un spot, Étang-Salé est pour l’instant fermé », ajoute le sous-préfet.
Le haut fonctionnaire précise aussi que sept écoles, sur la douzaine que compte la micro-région, sont déjà autorisées par la DMSOI à pratiquer. « Si des autorisations orales ont été délivrées, je fais confiance à la DMSOI. La question du partage des vagues entre les écoles, les pratiquants libres et les locaux doit se faire en bonne intelligence », précise Philippe Malizard.
Une ravine qui fait des siennes à Trois-Bassins et une promesse de sortie de crise à Saint-Leu
À Saint-Leu aussi, la situation semble avancer. « Une proposition de manex a été transmise aux services de la commune début avril, et une première réponse de la ville a été faite le 23 avril dernier. Parmi les questions posées par la ville, l’absence d’un DREI (dispositif de répulsion électrique individuel) pour le spot de la Passe, alors qu’il est obligatoire pour la Gauche, interrogeait. En réalité, une formation rocheuse en face de la Passe réduit le risque d’approche par un requin et ce dispositif n’est plus nécessaire. Une réponse complète a été faite à la mairie ce 19 mai, on peut donc espérer un nouvel arrêté prochainement. À moins que le maire souhaite une réunion complémentaire avec Ressac, et si c’est demandé, avec le CSR et l’État », ajoute le représentant de l’État dans l’arrondissement Ouest.
L’ouverture de l’autre spot prisé des débutants et des clubs, Trois-Bassins, va devoir encore être repoussée. Cette fois-ci, aucune administration ou arrêté municipal manquant n’est à blâmer, car la responsable est toute trouvée : Mère Nature. En effet, la ravine des Trois-Bassins a été fortement impactée par les précipitations lors de Garance. « Un bouchon de boue, de sédiments et de déchets s’est accumulé à l’embouchure. D’habitude, un train de houle suffisamment puissant permet de rétablir la situation, mais rien depuis le passage de Garance. La configuration de la vague a totalement changé et cela demande des ajustements. Ajoutez à cela une turbidité importante et vous avez un spot fermé », précise Philippe Malizard.
Enfin, la reprise du surf sur les spots dépendants de la commune de Saint-Paul ne devrait pas tarder, la mairie ayant aussi commencé à échanger avec Ressac sur ce nouveau manex.
Pour autant, la sous-préfecture se veut rassurante pour les professionnels dépendants de ces dispositifs pour leur activité. « Malgré ces contretemps, il y a quand même de bonnes nouvelles. Une enveloppe de 100 000 euros a été confiée au préfet afin de financer l’extension de l’activité de Ressac. Cette somme doit servir à recruter huit nouveaux salariés et à acheter deux scooters des mers. Si la date du 1er juin a été avancée, on risque d’être un peu court pour la respecter, mais en tout cas cette décision est actée. Et surtout, le dispositif va continuer à monter en puissance, avec une seconde phase de recrutement qui devrait augmenter les effectifs d’une dizaine de personnes. Nous visons l’horizon 2026 afin de ne pas peser sur les finances de l’association, qui pourrait être asphyxiée par la masse salariale en début d’année, alors que toutes les collectivités et administrations attendent le vote des budgets pour l’année à venir », conclut Philippe Malizard.
« Les maires des communes concernées et l’État engagent leur responsabilité pour soutenir le surf, il est donc normal que des élus regardent attentivement avant de signer quelque chose. Avec le maintien des VRR et Water Patrol jusqu’à la fin avril, nous avons fait le maximum pour limiter l’impact sur les écoles. Si la situation actuelle n’est pas plaisante, c’est sans doute la meilleure période pour faire cette transition, alors que le surf rentre dans la période creuse », souligne le sous-préfet. Patience donc pour les surfeurs qui souhaitent pratiquer au sein d’une zonex.


