Revenir à la rubrique : Société

Fin de partie pour les Vigies Requins Renforcées le 30 avril

Ecrit par M.B – le samedi 5 avril 2025 à 18H19

Clap de fin à la fin du mois d’avril pour le dispositif de la Ligue réunionnaise de surf, vieux de maintenant dix ans. La surveillance des spots de Trois-Bassins et de Saint-Gilles devrait être confiée à la nouvelle Brigade de sécurité des activités nautiques, gérée par l’association Ressac.

Avec l’annonce de la reprise des Waterpatrols le 1er avril dernier — auparavant gérées par Leu Tropical Surf Club — par la nouvelle association Ressac, le temps semblait plus que compté pour les Vigies Requins Renforcées (VRR) de la Ligue réunionnaise de surf. Les discussions sur les modalités de reprise de l’activité de surveillance s’étalaient, au point de ne pouvoir faire le transfert au 1er janvier 2025, comme initialement annoncé. « Même pour la Waterpatrol, qui nous transmettait des informations claires, nous avons eu besoin de trois mois de plus pour transférer les salariés et le matériel dans de bonnes conditions », précise Philippe Malizard, sous-préfet de Saint-Paul et président du GIP CSR (Centre sécurité requin).

Lire aussi : Surf : inquiétude autour de l’avenir des Vigies requins renforcées

Une transition encore floue

Or, la situation est plus complexe pour le dispositif de la Ligue, qui a déjà eu par le passé des difficultés financières. « Nous n’avions pas assez d’informations sur l’état des actifs et surtout des passifs. Et l’association Ressac a avancé qu’elle n’était pas obligée de reprendre tous les salariés », poursuit le sous-préfet. Saisie par la Ligue, l’Inspection du travail a donc dû rendre un avis sur la reprise de l’intégralité du staff des VRR. « L’État, en tant que cofinanceur du dispositif, a soutenu la position de Ressac, au-delà des questions des passifs des VRR. D’abord, car les missions ne sont pas exactement les mêmes. Le dispositif a une organisation un peu différente, avec des personnels immergés qui peuvent se défendre face à un requin s’approchant trop. Un audit, effectué par une équipe pluridisciplinaire de l’Université, a bien pointé son efficacité pour donner l’alerte, mais des difficultés sur le secours et l’évacuation. Les VRR, avec le jet-ski, permettent une prise en charge plus rapide, et les VRR ont dû se former très rapidement pour pouvoir obtenir leur certification de premiers secours », poursuit Philippe Malizard.

Mais la charge financière du dispositif pour les deux principaux bailleurs, la Région et l’État, par rapport au nombre de spots couverts, n’était plus satisfaisante. « Cette question du coût n’est effectivement pas neutre. Avec 24 salariés aujourd’hui, la structure ne peut ouvrir qu’un seul site par jour. Le travail est extrêmement physique, et des roulements sont nécessaires, ce qui fait beaucoup de monde pour finalement deux ou trois binômes à l’eau en même temps », avoue le haut fonctionnaire. En adoptant l’organisation des ex-Waterpatrols, l’association Ressac espère donc ouvrir trois spots simultanément au 1er mai. « On espère réunir les financements pour ouvrir une douzaine de postes. Les salariés des VRR pourront bien évidemment y postuler, mais ce sera Ressac qui aura la main sur le recrutement. Si le recrutement prend un peu plus de temps, une alternance entre les spots sécurisés est tout à fait envisageable. Mais nous pensons que l’objectif d’avoir trois, voire quatre spots sécurisés en simultané est tout à fait faisable pour le 1er juillet », affirme Philippe Malizard.

Lire aussi : Surf : Une zonex à Étang-Salé en 2025 ?

« C’est une page qui se tourne »

De son côté, la Ligue réunionnaise de surf confirme bien l’arrêt des VRR le 30 avril. « C’est une page qui se tourne, vieille de maintenant dix ans. Tout le monde était bien content d’avoir la Ligue en 2015 pour lancer ce projet et tenter de sauver le surf à La Réunion. Désormais, le dispositif évolue et cela va nous permettre de nous recentrer sur le cœur de notre activité : la promotion et l’organisation de la pratique sur l’île », explique Thierry Martineau, le président de la Ligue péi.

Cependant, si les VRR doivent bien s’arrêter à la fin du mois d’avril, rien n’est encore officiel sur l’extension de la protection des anciens spots des VRR, notamment Trois-Bassins et ses écoles de surf. « On est encore dans l’inconnu là-dessus. J’ai presque 80 compétiteurs, des licenciés et des écoles qui me demandent des informations et je n’ai aucune réponse à leur donner », poursuit le président.

La grande question de la reprise, au moins partielle, des salariés des VRR, reste donc entière pour le moment. Des rencontres sont encore prévues dans les prochaines semaines afin d’apporter plus de précisions, promet la sous-préfecture.

« Il est hors de question qu’on aille vers une dissolution de la Ligue à cause des VRR »

L’annonce de Ressac de ne finalement pas reprendre d’office les salariés de la Ligue crée un risque important pour la Ligue elle-même, alerte Thierry Martineau. « La Ligue et les VRR ne sont pas deux structures différentes, or avec ce scénario, on risque de s’orienter sur une procédure de licenciement économique collectif. Cela coûte cher et n’a jamais été prévu dans notre budget. On alerte depuis quelque temps et on va finalement laisser la Ligue licencier ses salariés pour les reprendre après. Il faudrait reprendre ceux qui le peuvent maintenant pour faire baisser notre masse salariale. Il va falloir qu’on règle ça rapidement en bonne intelligence et nous demandons à ce qu’on nous accompagne, mais je n’ai toujours pas de réponse aux courriers que j’envoie. La Ligue a plus de 40 ans, et il est hors de question qu’on aille vers une dissolution à cause des VRR », lâche, un peu amer, le président de la Ligue.

« C’est un vrai sujet », concède Philippe Malizard, le sous-préfet de Saint-Paul, tout en soulignant que la situation était connue depuis septembre 2024. « À l’époque, tout le monde était d’accord pour arrêter le dispositif en décembre. On vient dire aujourd’hui que la Ligue n’a pas l’argent pour assumer cette procédure, notamment car l’État n’a pas versé tout ce qu’il a promis. D’où l’arrêt du paiement des cotisations salariales et patronales à deux reprises, le temps de retrouver de l’argent. Mais l’État a juste refusé de prendre en charge certaines factures qui nous semblaient injustifiées. Ce n’est pas l’État qui a décidé de doubler le salaire du directeur des VRR. Ce n’est pas non plus l’État qui a recruté de nouveaux salariés. Mais soyons clairs, l’État ne souhaite absolument pas voir la Ligue disparaître. J’ai demandé une expertise sur ce qu’on pouvait faire pour éviter cela, et les discussions ne sont pas interrompues. Une nouvelle rencontre devrait avoir lieu sous quinzaine afin d’aborder ce problème ».

Dans la même rubrique

0💬
Tri :