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Prison ferme pour le couple au bébé et aux 20 kilos de shit: « Vous ne le connaissez pas mais il vous confie 302.700 euros de marchandise… »

Ecrit par Eric Lainé – le jeudi 27 novembre 2025 à 09H54

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Ce mercredi, la mère de famille, interceptée le 3 octobre dernier à l’aéroport Roland Garros avec son bébé de trois mois et 20 kilos de résine de cannabis, a été condamnée à deux ans de prison ferme. Son mari écope d’un an de plus qu’elle et les seconds couteaux de trois ans de prison avec sursis.

Les trafiquants de drogue usent de toutes les ficelles pour tenter de faire passer leur marchandise. Le 3 octobre dernier, ils ont eu la lumineuse idée de faire appel à une mère de famille qui voyageait seule avec son bébé de trois mois, son sac à langer en bandoulière, son bagage cabine et une valise en soute contenant… 20 kilos de résine de cannabis. Manque de chance pour eux, les forces de l’ordre ont procédé ce matin-là à un contrôle intégral du vol de 5h30 en provenance de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Lire aussi: La mule au bébé et ses complices écroués

A 7h50 très exactement, Naila A., 29 ans, est une des dernières passagères à quitter la zone de contrôle de l’aéroport quand elle tombe dans les mailles du filet de la douane. La mère de famille, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH), est trahie par le scanner qui détecte la présence de la drogue pour une valeur estimée à 302.700 euros. Elle se retrouve illico presto en garde à vue, bientôt rejointe par son mari Antonio A., venu l’accueillir à l’arrivée. Résultat : leur enfant en bas âge est confié aux bons soins de l’Aide sociale à l’enfance. Deux autres personnes, Fatihou A. et Raï M., présents sur le parking pour réceptionner la valise pleine de shit, sont eux aussi arrêtés.

Rendez-vous avec un inconnu sur le parking d’un Formule 1

Les auditions des quatre suspects ne livrent que des informations parcellaires, comme souvent insuffisantes pour remonter les véritables commanditaires. Naila A. raconte comment elle a réceptionné la valise à partir des instructions fournies par son mari.

Une fois à l’aéroport parisien, il lui a fait télécharger une application sur son téléphone pour se rendre en taxi à un rendez-vous sur le parking d’un Formule 1. Sans prendre le temps de descendre de la voiture, elle accepte qu’un « inconnu avec une casquette dont je n’ai pas vu le visage », lui donne le bagage qu’elle doit « remettre à des Mahorais sans savoir que c’était des stupéfiants », à son arrivée à Roland Garros.

« La valise était destinée à des Mahorais contre une somme de 10.000 euros »

« Un inconnu vous remet une valise et vous ne vous posez pas de question ? », lui objecte le président Dufour. « Non car c’est mon mari qui me l’a demandé. Je l’ai pesé et j’ai trouvé qu’elle était lourde. Je lui demandé ce qu’il y avait dedans mais il m’a répondu que ça n’était rien… », dit-elle sur un ton empreint de sincérité. « Ça ne vous a pas surpris que votre mari vous appelle autant au téléphone ? », poursuit le magistrat. « Il me demandait si ça allait avec le petit… », répond la mère de famille.

Pour sa part, le mari a avoué qu’il devait « la récupérer à l’aéroport avec la valise qui était destinée à des Mahorais contre une somme de 10.000 euros ». Antonio A. ne fait pas mystère de la nature du produit. Il savait que sa femme transportait de la résine de cannabis mais il soutient qu’elle l’ignorait. Sans doute pour qu’elle ne plonge pas avec lui.

« J’ai mis ma femme dans la merde »

« Ça ne vous a pas inquiété de confier le transport à votre femme ? Pourquoi ne pas l’avoir fait vous-même ? », insiste le président Dufour. « J’ai fait une erreur… J’ai mis ma femme dans la merde. Je savais mais pas elle… », plaide coupable le mari. A l’en croire, il n’en saurait pas davantage sur les commanditaires. « J’ai été contacté par un gars sur Snapchat », élude-t-il. « Vous ne le connaissez pas mais il vous confie 302.700 euros de marchandise… », lui oppose le président Dufour. Le prévenu sèche.

L’autre binôme ne s’est jamais vraiment mis à table. Raï M., le chauffeur âgé de 25 ans, explique avoir agi sur les instructions de Djamel, son frère installé en métropole. Curieusement, le téléphone de ce dernier a d’ailleurs borné sur le parking du Formule 1, à l’heure où la mère de famille s’y trouvait la veille.

Un cousin inconnu au bataillon et des photos intimes qu’il voulait garder secrètes

Pour le reste, Raï M. nie tout en bloc. Il n’aurait pas eu connaissance que la valise contenait du shit car, habituellement, il se fait livrer de la pâte à chicha par son frangin. C’est également interdit, ça rapporte moins aussi mais surtout ça coûte moins cher devant la justice.

Celui qui l’accompagnait dans la voiture louée par une tierce personne, Fatihou A., a d’abord menti aux enquêteurs. Il a prétendu être venu seul en bus pour récupérer un cousin… inconnu au bataillon sur la liste des passagers. Il a aussi refusé de livrer le code de son téléphone sous prétexte d’avoir des photos intimes qu’il voulait garder secrètes. A moins que ça soit à cause des nombreuses images de produits stupéfiants et de liasses de billet qu’il collectionnait sur son téléphone et que les policiers vont finir par exhumer.

« Et s’il y avait une bombe à l’intérieur alors que l’on voyage avec son bébé ? »

Le binôme était en tout cas impatient de rencontrer la mère de famille. A tel point que l’un d’eux s’est risqué à se faire passer pour son mari à l’aéroport, inquiet de ne pas la voir sortir. « Le trafic de stupéfiants est toujours plus intelligent. Qui irait contrôler une femme qui voyage avec un enfant de trois mois ? De prime abord, elle ne l’aurait pas été… », estime le substitut du procureur, Ludivine Fathi.

Poursuivant son réquisitoire, la magistrate n’apparaît pas convaincue par le profil lisse de la mule. « On ne transporte pas une valise verrouillée sans en connaître la contenance et en se disant que l’on accorde une confiance aveugle à l’inconnu qui vous l’a remise. Et s’il y avait une bombe à l’intérieur alors que l’on voyage avec son bébé ? », explique la représentante du ministère public.

« Il pensait qu’il s’agissait de pâte à chicha »

Pour Ludivine Fathi, « le mari ne veut pas mettre en cause sa femme car leur enfant est placé, mais elle a un rôle déterminant dans cette affaire ». Par contre, elle est persuadée qu’il « ne l’appelle pas parce que leur enfant pleure mais pour la valise ». La magistrate est convaincue que Fatihou A. « joue un rôle important dans le trafic ». Elle requiert donc 4 ans de prison ferme à son encontre. Pour le couple, elle réclame 3 ans de prison ferme et deux ans dont un avec sursis pour l’importateur de pâte à chicha qu’elle qualifie finalement de complice.

Me Julien Barraco plaide justement la relaxe pour Raï M. qui a « rendu service à son frère. Il pensait qu’il s’agissait de pâte à chicha ». Il en veut pour preuve l’existence de PV des douanes le mêlant à des livraisons de chicha à hauteur de 20 et de 60 kilos pour des montants compris entre 9.000 et 27.000 euros.

« Tout le monde ramène des valises à tout le monde… »

Me Nicolas Normand rappelle en préambule que « la résine n’est pas la cocaïne », laissant entendre que la législation pourrait un jour évoluer dans le sens de la dépénalisation sur fond de traitement médicinal. En attendant, c’est une infraction. Il plaide en faveur d’une condamnation mesurée de son client pour peu que sa femme soit épargnée car « il n’aurait pas pris le risque de confier ça à son épouse avec son enfant de trois mois ».

Il ouvre ainsi un boulevard à sa consœur, Me Catherine Moissonnier, qui s’engouffre dans la brèche pour plaider la relaxe. L’avocate joue sur la corde sensible. D’abord, elle précise que, de l’aveu de sa cliente, « le bébé sentait quelque chose car il n’arrêtait pas de pleurer ». D’autre part, Me Moissonnier tente de tirer profit d’une sorte de coutume pour justifier du fait qu’elle ramenait « une valise pour des Mahorais ». « Tout le monde ramène des valises à tout le monde. Vous ne pouvez pas lui en faire grief… », argumente l’avocate.

« Une peine hors sol avec des éléments périphériques »

Me Sébastien Navarro parle d’une « peine hors sol avec des éléments périphériques » pour qualifier les quatre ans de prison ferme requis contre Fatihou A. Il estime que son client n’a joué aucun rôle dans cette affaire qui justifierait une peine aussi lourde sachant que les preuves font défaut. Finalement, le tribunal judiciaire a partiellement entendu Me Julien Barraco et Me Sébastien Navarro. Leurs clients échappent à la prison pour être condamnés tous deux à trois ans de prison avec sursis.

Me Nicolas Normand obtient une peine identique à celle réclamée par le ministère public. Soit trois ans de prison ferme pour le mari, conformément au souhait de ce dernier, prêt à écoper pour épargner sa femme. Me Catherine Moissonnier a eu un peu moins de réussite puisque sa cliente écope de deux ans de prison ferme. Le couple reste donc en prison et le bébé aux mains des services sociaux. Tous doivent solidairement s’acquitter d’une amende douanière de 302.700 euros.

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