Revenir à la rubrique : Faits divers

Prison de St-Pierre : Avec une claque, il fait exploser l’œil de son codétenu

Les explications fournies par le prévenu à la barre sont à peine croyables, pourtant il semblerait bien qu'”un seul coup suffisamment fort” ait suffi pour faire exploser l'œil de son codétenu.

Ecrit par Prisca Bigot – le samedi 30 mars 2024 à 13H52

Les faits se sont produits le 15 mai 2021 au quartier de semi-liberté de la maison d’arrêt de Saint-Pierre sur fond de vol de cigarettes et de vêtements.

Noé*, détenu respecté et imposant, accuse Patrice* de lui avoir volé des cigarettes. Il assène à Patrice des claques de part et d’autres de son visage. Entre ensuite dans la cellule Yoan*. Ce dernier veut aussi que Patrice avoue le vol de ses caleçons et pantalons. La gifle fatale à l’œil gauche de Patrice a été portée quand la victime a insulté sa mère, assure Yoan à la barre du tribunal correctionnel ce jeudi. “Juste un coup” porté “par le revers de main”, lui debout et Patrice assis sur le lit, explique Yoan.

Quand Noé revient, alerté par les cris de Patrice, il remarque tout de suite le sang et le liquide aqueux qui s’échappent de l’œil de son codétenu. Noé aperçoit également un stylo sur le lit de Patrice. L’objet pointu aurait pu être utilisé comme arme pour crever l’œil de Patrice. L’expertise pratiquée durant l’enquête exclue pourtant son utilisation.

Le coup a donc été “suffisamment fort pour faire exploser son œil”, fait remarquer la présidente du tribunal à Yoan. Le trentenaire reconnait le geste volontaire, mais martèle qu’il n’a “pas imaginé qu’il perdrait son œil”. Yoan est poursuivi pour des violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente.

“Je vis dans la pénombre »

Patrice, bob sur la tête, lunette de soleil sur les yeux, se présente comme victime dans le prétoire. Il est aujourd’hui sorti de prison, mais ce qui s’est passé ce jour-là derrière les barreaux continue de le hanter. L’homme souffrait déjà d’une fragilité aux yeux et avait été opéré durant son enfance des deux cornées. Patrice avait ainsi une vision de 1/10ᵉ à l’œil droit et 7/10ᵉ à l’œil gauche. Les violences commises par Yoan lui ont fait perdre son œil le plus compétent. “Je vis dans la pénombre depuis. J’ai des douleurs importantes et surtout des migraines”, décrit son enfer Patrice. Il assure qu’il n’a jamais insulté la mère de qui que ce soit et surtout que Yoan savait ses fragilités ophtalmiques.

“ Je ne savais pas. J’ai des remords. Je ne suis pas un monstre quand même”, s’excuse Yoan.

La préméditation ou même l’usage d’une arme n’ont pas été retenus. Yoan risque pour ces violences jusqu’à 10 ans de prison, la peine maximale que peut délivrer un tribunal correctionnel, rappelle Me Nathalie Pothin. Pour la défense de Patrice, l’avocate précise que son client avait demandé à être enfermé de lui-même dans sa cellule par peur des représailles une semaine avant les faits. “Il faut s’imaginer la force qu’il a fallu, la baffe dans la figure, pour faire exploser un œil”, martèle-t-elle avant de livrer un constat. Patrice “va devenir aveugle”. 5.000 euros sont demandés en provision en attendant le renvoi sur intérêts civils.

L’univers carcéral en question

En semi-liberté, « on lui faisait confiance, mais monsieur a décidé de régler ses comptes à la manière d’un voyou”, tance le parquet. Yoan aurait dû faire appel aux surveillants pour cette histoire de vêtements volés et avance qu’il ne leur fait pas confiance. Déjà condamné à plusieurs reprises pour des violences, Yoan “doit comprendre les conséquences majeures de ses gestes sur la vie d’un homme”. 4 ans de prison avec mandat de dépôt, mais aussi l’interdiction de porter une arme durant 5 ans sont requis.

“Il a mis un revers de main pour un pantalon et des caleçons, mais ces vêtements sont les seules choses qui lui appartiennent dans cette cohabitation forcée”, plaide Me Marie-Gaëlle Mauzé. “Il n’avait pas l’intention d’occasionner de telles blessures”. Yoan “n’a pas grandi avec toutes les bonnes cartes”, fait également valoir la défense.

Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. Yoan reste en prison pour les quatre prochaines années. La provision de 5.000 euros a été accordée par le tribunal en attendant le jugement sur intérêts civils.

* prénoms d’emprunt

Thèmes : Prison | Tribunal
Message fin article

Avez-vous aimé cet article ?

Partagez-le sans tarder sur les réseaux sociaux, abonnez-vous à notre Newsletter,
et restez à l'affût de nos dernières actualités en nous suivant sur Google Actualités.

Pour accéder à nos articles en continu, voici notre flux RSS : https://www.zinfos974.com/feed
Une meilleure expérience de lecture !
nous suggérons l'utilisation de Feedly.

S’abonner
Notification pour
11 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

Soupçons d’emplois illégaux à la Région : « Nous étions des facilitateurs »

Au troisième jour du procès sur les emplois présumés fictifs à la Région sous les mandats de Didier Robert, six prévenus ont témoigné, affirmant leur engagement et leur innocence. Yves Ferrières, Sabrina Ramin, Yannick Gironcel, Jean-Charles Maroudé, Ravy Vellayoudom, et Yoland Velleyen ont décrit leurs rôles sans pour certains fournir cependant des détails concrets sur leurs missions. Le procès continue aujourd’hui avec les dépositions attendues de Vincent Bègue et Didier Robert et les réquisitions du parquet qui permettront sans doute d’en savoir plus sur ce qu’a révélé l’enquête menée par les policiers parisiens.

Un incendie se déclare dans un immeuble SIDR à Saint-Denis

Ce mercredi peu avant 19 heures, un appartement situé au 1er étage de la résidence SIDR Camp Jacquot situé à l’angle de la rue Camp Jacquot et général de Gaulle à Saint-Denis a pris feu. Les sapeurs pompiers ont déployé la grande échelle pour accéder à l’appartement en proie aux flammes. Fort heureusement, il n’y a pas de blessés à déplorer. Par mesure de précaution, l’ensemble de l’immeuble a été évacué.

Viol d’une prostituée sur la voie publique : L’auteur présumé ne voulait pas payer

Gabriel*, mis en examen le 25 août 2022 pour un viol commis la veille sur une prostituée rencontrée via les réseaux sociaux, a donné des explications variables sur le non paiement de ses services. Il a été décrit par des experts comme ayant des difficultés relationnelles mais sans dangerosité criminelle. Malgré sa demande de libération, la chambre de l’instruction a maintenu sa détention, suivant l’avis du parquet général qui craint qu’il exerce des pressions sur la victime.

Trafic de stupéfiants en bande organisée : 45 kilos de zamal péi retrouvés au domicile d’un cultivateur

Jean-Cédric L., 45 ans, a été arrêté pour avoir cultivé 45 kg de cannabis chez lui, impliqué dans un trafic entre l’Île Maurice et La Réunion. Après un an en détention provisoire, il a été placé sous contrôle judiciaire, mais reste sous les verrous après un appel du parquet. Le réseau d’envergure bien huilé révèle des envois fréquents et volumineux vers Maurice.