Prison de St-Pierre : Avec une claque, il fait exploser l'œil de son codétenu

Les faits se sont produits le 15 mai 2021 au quartier de semi-liberté de la maison d'arrêt de Saint-Pierre sur fond de vol de cigarettes et de vêtements.
Noé*, détenu respecté et imposant, accuse Patrice* de lui avoir volé des cigarettes. Il assène à Patrice des claques de part et d'autres de son visage. Entre ensuite dans la cellule Yoan*. Ce dernier veut aussi que Patrice avoue le vol de ses caleçons et pantalons. La gifle fatale à l'œil gauche de Patrice a été portée quand la victime a insulté sa mère, assure Yoan à la barre du tribunal correctionnel ce jeudi. “Juste un coup” porté “par le revers de main”, lui debout et Patrice assis sur le lit, explique Yoan.
Quand Noé revient, alerté par les cris de Patrice, il remarque tout de suite le sang et le liquide aqueux qui s'échappent de l'œil de son codétenu. Noé aperçoit également un stylo sur le lit de Patrice. L'objet pointu aurait pu être utilisé comme arme pour crever l'œil de Patrice. L'expertise pratiquée durant l'enquête exclue pourtant son utilisation.
Le coup a donc été “suffisamment fort pour faire exploser son œil”, fait remarquer la présidente du tribunal à Yoan. Le trentenaire reconnait le geste volontaire, mais martèle qu'il n'a “pas imaginé qu'il perdrait son œil”. Yoan est poursuivi pour des violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente.
“Je vis dans la pénombre"
Patrice, bob sur la tête, lunette de soleil sur les yeux, se présente comme victime dans le prétoire. Il est aujourd'hui sorti de prison, mais ce qui s'est passé ce jour-là derrière les barreaux continue de le hanter. L'homme souffrait déjà d'une fragilité aux yeux et avait été opéré durant son enfance des deux cornées. Patrice avait ainsi une vision de 1/10ᵉ à l'œil droit et 7/10ᵉ à l'œil gauche. Les violences commises par Yoan lui ont fait perdre son œil le plus compétent. “Je vis dans la pénombre depuis. J'ai des douleurs importantes et surtout des migraines”, décrit son enfer Patrice. Il assure qu'il n'a jamais insulté la mère de qui que ce soit et surtout que Yoan savait ses fragilités ophtalmiques.
“ Je ne savais pas. J'ai des remords. Je ne suis pas un monstre quand même”, s'excuse Yoan.
La préméditation ou même l'usage d'une arme n'ont pas été retenus. Yoan risque pour ces violences jusqu'à 10 ans de prison, la peine maximale que peut délivrer un tribunal correctionnel, rappelle Me Nathalie Pothin. Pour la défense de Patrice, l'avocate précise que son client avait demandé à être enfermé de lui-même dans sa cellule par peur des représailles une semaine avant les faits. “Il faut s'imaginer la force qu'il a fallu, la baffe dans la figure, pour faire exploser un œil”, martèle-t-elle avant de livrer un constat. Patrice “va devenir aveugle”. 5.000 euros sont demandés en provision en attendant le renvoi sur intérêts civils.
L'univers carcéral en question
En semi-liberté, "on lui faisait confiance, mais monsieur a décidé de régler ses comptes à la manière d'un voyou”, tance le parquet. Yoan aurait dû faire appel aux surveillants pour cette histoire de vêtements volés et avance qu'il ne leur fait pas confiance. Déjà condamné à plusieurs reprises pour des violences, Yoan “doit comprendre les conséquences majeures de ses gestes sur la vie d'un homme”. 4 ans de prison avec mandat de dépôt, mais aussi l'interdiction de porter une arme durant 5 ans sont requis.
“Il a mis un revers de main pour un pantalon et des caleçons, mais ces vêtements sont les seules choses qui lui appartiennent dans cette cohabitation forcée”, plaide Me Marie-Gaëlle Mauzé. “Il n'avait pas l'intention d'occasionner de telles blessures”. Yoan “n'a pas grandi avec toutes les bonnes cartes”, fait également valoir la défense.
Le tribunal a suivi les réquisitions du ministère public. Yoan reste en prison pour les quatre prochaines années. La provision de 5.000 euros a été accordée par le tribunal en attendant le jugement sur intérêts civils.
* prénoms d'emprunt


