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Plaidoyer pour un nouveau Mai 68

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 5 mai 2011 à 21H20

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10 Mai 1981. Pour la première fois de la Ve république, un président de gauche est élu. L’histoire retient qu’il s’appelle François Mitterrand, et qu’il a réussi à unifier toutes les gauches. Contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, ou s’en persuadent, cette victoire est aussi due à une conjoncture historique, et à une traitrise, bienvenue, à droite.

Si en Mai 1968, les jeunes et les travailleurs n’avaient pas lancé ce mouvement libertaire, il est probable que la droite conservatrice l’aurait encore emporté dans un pays ultra conservateur à l’époque. En 1974, les idéaux de ce mouvement n’avait pas encore fait leurs nids dans la société française. Le 10 Mai prochain, lorsque le pays fêtera les trente ans de la victoire, il ne faudra donc pas oublier qu’elle est la fille des événements de Mai 1968.

La nuit du 11 Mai 2011 marquera le 43éme anniversaire de la "nuit des barricades", point de départ des événements de mai 1968.

Le candidat Sarkozy disait, en 2006, vouloir en finir avec l’esprit de Mai 1968. Force est de constater qu’il a, heureusement, failli. Notre pays n’a pas connu ce retour arrière appelé de ses vœux.
A l’inverse, on peut même écrire que les conditions sont remplies pour voir un bouleversement, une vague de fond comparable aujourd’hui.

Les revendications étudiantes de l’époque reposaient sur une modification des rapports entre sexes. Parallèlement, il y eut le développement d’un courant très fort, marqué des idées freudo-marxistes.

Les jeunes de l’époque sont dans une situation paradoxale. La société conservatrice (d’un point de vue moral et politique) les oppresse. Dans le même temps, l’image d’une société de plein emploi est trompeuse. Le schéma classique de "l’ascenseur social" par les savoirs, et les diplômes, est brisé. De plus en plus de jeunes tombent dans la désespérance. Pour la première fois depuis longtemps, les jeunes ont peur pour l’avenir.

Alors, dans un réflexe utopiste, les étudiants rejettent le conservatisme politique et moral ; et refusent l’idée même d’une société inégalitaire, déshumanisée et matérialiste, qui émane d’une bourgeoisie capitaliste adossée à l’Etat.

Cette société, pour le moins totalitaire, cristallise toutes les revendications.

D’autre part, le "politiquement correct" et la censure sont des mots d’ordre quasi officiels, et enferment les pamphlétaires et autres libertaires du rire dans un carcan glauque, voire interlope.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les mêmes causes peuvent, et doivent, avoir les mêmes effets. Les jeunes sont désœuvrés, livrés à eux même. Le monde étudiant est de nouveau prêt à glisser vers un radicalisme, qui peut faire renaitre l’esprit de Mai 1968. Cette volonté et ces aspirations révolutionnaires doivent aussi, et surtout, être portées par nos étudiants, donc, mais aussi par nos jeunes, car la société de demain est la leur.

Mai 1968 a aussi été un bouleversement dans le monde du travail. Échappant à la tutelle syndicale, les travailleurs ont occupé leurs entreprises et les revendications vont plus loin que celles qu’on a l’habitude d’entendre à l’époque (en renouant avec le front populaire) : hausse générale des salaires, améliorations des conditions de travail, nouvelles relations entre les acteurs du monde du travail, et surtout, assouplissement, voire abolition des hiérarchies.

Tout cela a mis plus de dix millions de travailleurs en grève et a paralysé la France.

A l’heure où l’on ne parle plus que des dividendes pour les actionnaires, dont la valeur augmente proportionnellement à la réduction d’effectif, il parait évident que les travailleurs doivent, eux aussi, retrouver l’esprit de 1968. Total, avec ses bénéfices qui se chiffrent en milliards d’euros, et qui procède à des licenciements symbolise l’évolution actuelle. La valeur travail (et donc les travailleurs) est la variable qu’on sacrifie le plus souvent sur l’autel du "toujours plus pour les actionnaires", cette philosophie honteuse qui domine aujourd’hui dans le monde du travail.

Dans le même registre, nos gouvernants nous répètent à l’envie que "c’est la crise". Mais, les banques, qui étaient à la base de cette crise, ont recommencé à faire des profits et même à payer rubis sur l’ongle, les traders ; qui sont les premiers coupables de l’éclatement de la bulle boursière. Doit-on encore accepter cela sans rien dire? L’heure n’est il pas venue de briser ces structures et tout remettre en plat, en mettant l’être humain au centre de tout ?

Mai 1968 marque le rejet des structures archaïques du pays, de sa politique, de sa vision à minima de la culture et promeut l’aspiration aux libertés individuelles.

Malheureusement, le mouvement s’est essoufflé du fait de son caractère trop radical. En voulant créer un monde utopiste, les révolutionnaires de l’époque rejetaient le personnel politique. Or, l’absence de transcription dans les champs politiques des aspirations de soixante-huitards sonna le glas de ce mouvement, qui voulait changer la France et le Monde.

Aujourd’hui, le rejet des politiques existe tout autant. Il est même plus fort qu’avant. Incapable de trouver des solutions aux problèmes du peuple et des jeunes, ils ne représentent plus qu’une infime partie du peuple français, tant l’abstention est forte aux différentes consultations électorales. Cette situation fait écho à celle de 1968.

Toutefois, l’extrême gauche, radicale dans ses aspirations, s’est structurée. Et nul doute qu’une vague de fond trouverait un accompagnement politique ; qui nous permettrait de réussir là ou nos glorieux et valeureux anciens ont échoué.

Pour toutes ces raisons et pour tant d’autre, l’esprit de Mai 1968, de la commune de Paris, des révolutions de 1789 doit de nouveau souffler sur la France. Il est grand temps de mettre à bas ce système injuste où les plus riches sont de plus riches et les pauvres des vaches à lait. Il est temps de rendre leurs dignités aux travailleurs, et d’offrir un autre avenir à nos jeunes. Il est temps de repenser la vie comme un certain Mitterrand l’avait fait en 1981 aussi. Il est temps de reprendre le combat, nous les héritiers de Mai 1968

Pour que demain soit plus humain qu’aujourd’hui.

 

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