[Pierrot Dupuy] Un fonds d'investissement propose de racheter Air Austral pour 180 millions d'euros

La nouvelle était jusqu'ici restée confidentielle. Début mars, une délégation d'un fonds d'investissement composé essentiellement d'investisseurs réunionnais ont rencontré les responsables de la Région. Leur proposition est simple : ils sont prêts à investir 180 millions d'euros dans la compagnie régionale (100 millions cette année et 80 l'an prochain), mais ils accompagnent leur proposition d'un certain nombre de conditions. Et celle qui risque de poser le plus de problèmes est que s'ils mettent autant d'argent sur la table, ils demandent en contrepartie que la Région Réunion reste minoritaire, mais surtout le départ des investisseurs privés regroupés autour de Michel Deleflie.
Ils envisagent même ce qu'on appelle dans le jargon financier "le coup de l'accordéon", une pratique à laquelle avait déjà recouru Air Austral sous la présidence de Didier Robert, et qui avait abouti à l'exclusion de nombre d'actionnaires minoritaires, dont Guito Narayanin qui n'avait pas manqué de marquer bruyamment sa colère. Il s'agit en l'espèce de ramener le capital social de la société à zéro, puis de recapitaliser l'entreprise par un apport de fonds propres.
Théoriquement, les anciens actionnaires ont le droit de souscrire à l'augmentation de capital au prorata de leur participation antérieure. Sauf qu'en l'espèce, le fonds d'investissement pose comme condition que RunAir s'engage à ne pas y souscrire.
La décision est lourde de conséquences. Si l'opération est acceptée, les responsables des entreprises privées devront expliquer à leurs actionnaires les raisons de l'échec de leur investissement. D'autant que l'ensemble des actionnaires vient de remettre 10 millions d'euros au pot au mois de mars dernier. Le moment pourrait être difficile, mais serait susceptible d'être surmonté. Comme on dit dans la finance, il vaut mieux parfois se couper un bras plutôt que de continuer à injecter des millions d'euros dans un véritable tonneau des Danaïdes dont on ne voit pas le fond.
Pour l'heure, la Région n'a pas fermé la porte. Elle s'est contentée de rappeler que la ligne directrice de sa prise de participation était de sauver les emplois, de conserver une compagnie régionale qui permette d'éviter une flambée des prix si d'aventure, on ne se retrouvait qu'avec deux ou trois opérateurs sur l'axe Réunion/Paris et sa volonté de voir le centre de gravité de l'entreprise rester à La Réunion.
Elle souhaite aussi qu'on laisse une chance au plan de restructuration adopté en conseil de surveillance au mois de mars dernier et qui a été validé par l'ensemble du personnel, au prix d'âpres négociations. La Région et les actionnaires privés mettent un grand espoir dans la réussite de ce plan, ce qui permettrait de sauver l'entreprise sans avoir à y réinjecter 30 millions au début de l'année prochaine pour résoudre les problèmes de trésorerie qui devraient se poser à ce moment-là, comme le prédit l'audit du cabinet Accuracy.
Le message était donc : donnez-nous une chance de nous en sortir par nous-même et sinon, revenez nous voir si les affaires continuent à se détériorer...
On ne connait par contre pas en l'état la réponse de Michel Deleflie et de ses associés.


