[Pierrot Dupuy] Migrants sri-lankais : le message du gouvernement français est désormais clair

Hier matin, 66 des 72 migrants sri-lankais ont été réveillés aux aurores pour prendre le bus. Malheureusement pour eux, pas question d’aller en excursion au volcan ou d’aller visiter une des autres merveilles de notre ile. Eux qui n’auront connu que la vue depuis leur balcon sur la rue qui passait devant l’hôtel ou le LTS dans lequel ils étaient hébergés à St-Denis. Non ! Direction Gillot pour un aller simple pour le Sri Lanka…
Retour à la case départ.
Tout ça pour ça, serait-on tenté de dire.
Cela signifie quoi ? Que les 66 qui ont été expulsés hier matin n’ont pas su convaincre les juges du tribunal administratif, mercredi, du danger qui pesait sur eux au Sri-Lanka et qui les avait poussés à fuir leur pays.
Pourtant, certains cas semblaient plus emblématiques que d’autres. Il y avait par exemple ce mineur de 17 ans, complètement épuisé par la pression qui pesait sur lui depuis son départ, au point de faire un malaise et de devoir être brièvement hospitalisé mardi. Pas de pitié… Lui aussi a dû prendre l’avion !
Tout comme ce couple d’homosexuels qui avaient tellement peur qu’ils ont caché aux autorités, lors de leur premier interrogatoire, que c’était là la véritable raison de leur départ. Et qu’ils étaient poursuivis pour cela au Sri-Lanka. Ils l’ont avoué mercredi à la barre du tribunal. Mais pas de chance. Ce sont les déclarations du premier interrogatoire qui comptent pour tout le reste de la procédure…
On ignore le sort qui leur sera réservé à leur retour à Colombo, tout comme pour les autres migrants. Les autorités sri-lankaises n’aiment pas, apparemment, que l’on essaie de fuir leur pays…
Au final, le but recherché par les autorités françaises est sans doute atteint : passer un message clair aux candidats au départ, au Sri-Lanka. Les portes de La Réunion ne sont pas grandes ouvertes et il ne suffit pas de s’endetter de plusieurs milliers d’euros ou de vendre tous ses biens pour avoir la certitude d’être accueillis à bras ouverts et de bénéficier d’un précieux sésame pour rester sur le sol français.
Après le couac de la première vague d’arrivée de migrants, en décembre de l’année dernière, qui avait vu la préfecture faire des erreurs dans la procédure, erreurs qui ont permis à des avocats de s’engouffrer dans la brèche et d’obtenir que 62 migrants puissent rester à La Réunion, aux frais de la République, en attendant que leur demande d’asile soit examinée, ce qui peut prendre plusieurs mois, il semblerait que les fonctionnaires de la préfecture maîtrisent aujourd’hui un peu mieux les procédures complexes de l’accueil de migrants. Preuve en est, les juges administratifs n’y ont rien trouvé à redire et les 66 migrants sont repartis.
Espérons que comme pour ce qui s’est passé en Australie, le message aura été bien compris par les candidats au départ et qu’ils chercheront désormais d’autres filières que le passage par notre ile pour fuir leur pays.
Même si d’autres arrivées de bateaux ne sont pas impossibles dans les jours à venir. Il faudra du temps, et quelques nouvelles expulsions, pour que la filière se tarisse définitivement.
Resteront quelques questions en suspens. Comment expliquer que les migrants aient pu arriver frais comme des gardons dans notre ile, alors qu’ils sont supposés avoir voyagé, entassés comme des sardines sur une coquille de noix, après soi-disant trois semaines de mer dans des conditions difficiles, sans toilettes à bord… De quelles complicités ont-ils bénéficié ? Sont-ils passés par Maurice et le gouvernement mauricien est-il complice ? Ou ont-ils été transportés à bord d’un cargo jusqu’à proximité de nos côtes ?
Des questions auxquelles nous finirons bien par avoir des réponses…


