Pierrot Dupuy : Le 2ème tour s'annonce serré : Didier Robert vire en tête devant Huguette Bello et Ericka Bareigts

Premier constat : le vainqueur indiscutable est l'abstention
Même s'il est moins catastrophique que certains ne le craignaient, le taux de participation pour les élections régionales qui se sont tenues ce dimanche n'a été que de 44, 45%, en léger recul par rapport à 2015 où il avait été de 45,27%. Une majorité d'électeurs ne s'est donc pas déplacée.
Election après élection, le même constat revient : la fracture entre les électeurs et la classe politique ne cesse de s'agrandir. Il est urgent que les politiques réfléchissent à des solutions pour y remédier car sinon les manifestations du style de celles des Gilets jaunes risquent fort de passer pour des amusements de gamins par rapport à ce qui nous attend.
Pour les paresseux, on pourrait envisager d'assouplir le vote par procuration encore très lourd et compliqué, quitte peut-être à mettre en place un vote par correspondance comme aux Etats-Unis. Ou pourquoi pas un vote par internet.
Pour ceux qui font un rejet de la classe politique, ce sera bien plus compliqué. On parle de reconnaissance du vote blanc, j'ai peur que ce ne soit pas suffisant. Il faudra probablement des mesures plus radicales, du style un homme/un mandat ou le bannissement à vie de la politique des élus condamnés.
Mais cela passe également par une réforme en profondeur des parquets. Il n'est plus envisageable que le procureur de la République s'arroge le pouvoir d'éliminer qui il veut de la vie politique en classant sans suites les plaintes contre certains élus et en en faisant condamner d'autres. Une Justice à la tête du client en fonction de qui l'Elysée souhaite promouvoir ou éliminer.
Il apparait donc vital de couper le cordon ombilical entre les parquets et la Chancellerie. La protection de notre Démocratie est à ce prix.
Didier Robert miraculé
Pas grand monde n'aurait misé un kopeck sur le président de Région sortant. Et pourtant ce soir, il vire assez largement en tête de ce premier tour.
Il devance Huguette Bello de plus de 10 points et Ericka Bareigts de près de 13.
Comment expliquer cette véritable résurrection? Plusieurs facteurs ont sans doute concouru.
Tout d'abord, ses adversaires avaient un peu trop parié sur un désamour consécutif à sa récente condamnation par les tribunaux.
Les Réunionnais ont sans doute réalisé que le pêché n'était pas aussi grave que ce que certains ont bien voulu dire. Il ne lui était pas reproché d'avoir détourné de l'argent, mais simplement d'avoir omis de faire valider le versement d'un salaire par un conseil d'administration pourtant entièrement acquis à sa cause. Il l'aurait fait que le conseil aurait voté comme un seul homme. Puis d'avoir omis de faire une déclaration de l'ensemble de ses revenus auprès de la Haute Autorité pour la Transparence pour la Vie Publique. On ne peut penser une seconde qu'il l'ait fait sciemment puisque si tel avait été le cas, il savait très bien que la sanction serait tombée tôt ou tard. Il s'agit donc bien d'une erreur. Enfin, ce qui a le plus choqué, c'est qu'il se soit versé un salaire et surtout d'un montant aussi élevé. Mais là aussi, il faut relativiser. Les salaires versés à des PDG de SPL ou de SEM sont aujourd'hui monnaie courante et c'est Gilbert Annette à Saint-Denis qui les a inaugurés. D'ailleurs, Saint-Denis remporte haut la main la palme des collectivités comptant le plus de SPL et de SEM. C'est pourquoi j'ai trouvé Ericka Bareigts particulièrement culottée de mettre ce sujet sur le tapis.
Autre explication : les Réunionnais sont aujourd'hui blasés de ces condamnations. Comme me le faisait remarquer Jean-Paul Virapoullé, un élu condamné il y a une vingtaine d'années était cloué au pilori. Aujourd'hui, on ne peut ouvrir un journal sans voir un élu mis en cause ou condamné. Il y a donc une banalisation qui a incontestablement joué en faveur de Didier Robert.
Outre son bon bilan, une dernière explication peut expliquer le très bon score réalisé par le président sortant : il avait le soutien d'une douzaine de maires sur les 24 que compte La Réunion. Quand on connait le poids des maires dans la vie politique locale au travers de leurs employés communaux, c'est un élément qui a sans aucun doute été déterminant.
Reste que rien n'est acquis pour Didier Robert, surtout si ses deux principales adversaires venaient à fusionner leurs listes. Quoi qu'il en soit, le scrutin s'annonce serré dimanche prochain.
La claque pour Ericka Bareigts
La claque. Le mot n'est pas trop fort. Une claque dont le symbole est la défaite de la maire de Saint-Denis dans sa propre ville. Didier Robert y recueille en effet 33,14% contre seulement 33,11% pour la maire en place ! L'écart est faible mais l'effet en est saisissant.
La question que je me pose en boucle depuis le début de cette soirée électorale est "Que diable est allée faire Ericka Bareigts dans cette galère?". Et une fable de Jean de la Fontaine me vient inconsciemment à l'esprit, celle de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf.
Ericka Bareigts était toute auréolée de sa victoire contre Didier Robert aux municipales. Pourquoi ne s'en est-elle pas contenté?
Une liste d'union de la Gauche serait inéluctablement arrivée en tête et aurait bénéficié de la dynamique au second tour. Alors que là, c'est Didier Robert qui est arrivé en première position et qui en bénéficiera. Cette donnée risque de tout changer et tout le monde attribuera la responsabilité de la défaite, si défaite il y a, à la maire de Saint-Denis.
Accessoirement, cette défaite d'Ericka Bareigts est aussi celle de Gilbert Annette que tout le monde présentait jusqu'à maintenant comme un grand stratège politique. Lui qui rêvait de réaliser un dernier coup d'éclat avant de prendre sa retraite devra se résoudre à quitter la scène politique sur un échec retentissant.
Alors, comment expliquer ce très mauvais score? Nul doute que nombre de Réunionnais n'ont pas compris qu'à peine arrivée aux commandes du chef-lieu, elle veuille déjà abandonner ses habitants, au mépris des promesses qu'elle avait faites. Peut-être également que des Dionysiens ont été déçus de ne constater aucun changement en un peu plus d'un an : les rues sont toujours aussi sales, la délinquance toujours aussi forte et le chômage n'a pas baissé. Enfin, peut-être que les électeurs n'ont pas apprécié l'alliance avec Thierry Robert. Comment quelqu'un qui n'avait que les mots de probité et d'exemplarité à la bouche a-t-elle pu s'acoquiner avec un repris de justice?
Huguette Bello est éternelle
Ceux qui avaient parié sur la défaite de la maire de Saint-Paul doivent s'en mordre les doigts ce soir. Huguette Bello, qui doit prochainement fêter ses 71 ans, a fait mordre la poussière à tous les jeunots et jeunettes qui croyaient pouvoir l'enterrer trop tôt.
Ericka Bareigts avait parié sur une campagne 2.0, en s'appuyant sur les réseaux sociaux. Aux réseaux virtuels, sur lesquels on parle beaucoup mais qui vote peu, la maire de Saint-Paul a préféré les bons vieux réseaux à l'ancienne. L'ancienne députée a su tisser tout au long de sa vie politique de solides amitiés dans toutes les communes de La Réunion. Et ça a payé.
Reste maintenant à savoir ce qui va se passer d'ici le dépôt des listes mardi prochain. Et de nombreuses interrogations subsistent.
Fusion ou pas fusion ?
Assistera-t-on à une fusion des listes d'Huguette Bello et d'Ericka Bareigts? La logique voudrait que oui mais l'inimitié -et le terme est faible- entre les deux femmes est connu de tous. Et la dureté de la campagne électorale n'a sans doute pas arrangé les choses.
Et même si fusion il y a, sera-t-elle sincère? Je ne peux m'empêcher de repenser à la réflexion que m'a faite un candidat qui figure en bonne position sur la liste de la maire de Saint-Denis et qui m'avait déclaré il y a une quinzaine de jours que si fusion il devait y avoir, "ce serait une alliance menteur"...
Par ailleurs, même si fusion il y a, sera-t-elle suffisante?
Rien n'est moins sûr.
Sur le papier, l'addition des voix d'Huguette Bello et d'Ericka Bareigts devrait leur permettre de rêver à un score minimal d'un peu plus de 39%, ce qui apparait bien supérieur aux 31% réalisés par Didier Robert. Mais en politique, 1+1 ne font jamais 2. D'abord parce que le candidat arrivé en tête au premier tour bénéficie d'une dynamique naturelle. Mais aussi parce que des électeurs d'Ericka Bareigts rechigneront à glisser un bulletin Huguette Bello et peut-être même que des électeurs de cette dernière verront d'un mauvais oeil une fusion avec la maire de Saint-Denis.
Autre surprise : l'écart entre les deux premiers est plus grand qu'attendu. On ne remonte pas comme ça 10 points de retard...
Enfin, nombre d'électeurs de Droite qui ne se se sont pas déplacés ce dimanche, pensant que Didier Robert n'avait aucune chance (j'en connais) vont peut-être se réveiller en constatant que rien n'est perdu.
Et s'il n'y a pas de fusion, Didier Robert a de grandes chances de l'emporter dans une semaine.
Quoi qu'il en soit, le score s'annonce très serré dimanche prochain.
La déception de Vanessa Miranville
Pendant presque toute la soirée, Vanessa Miranville s'est maintenue au dessus de la barre des 10% qui lui garantissait de pouvoir se maintenir au second tour.
Malheureusement, les résultats officiels de la Préfecture tombés peu avant 2h du matin ne la créditent au final que de 9,91%. La maire de La Possession rate son pari de quelques voix. Une sacrée déception.
Dans cette hypothèse, elle avait annoncé depuis un moment déjà qu'elle se retirerait sans fusionner avec une autre liste, ce que son score lui permettrait, et sans donner de consignes de vote.
Reste à savoir sur quel candidat se porteront les suffrages de ses électeurs.
Patrick Lebreton peut encore fusionner avec une autre liste
Le code électoral est simple : au second tour, ne peuvent se maintenir que les listes ayant obtenu plus de 10% des suffrages exprimés. Et ceux qui ont obtenu plus de 5% peuvent fusionner avec une liste ayant obtenu plus de 10%.
Patrick Lebreton est dans ce cas de figure et peut donc encore fusionner avec la liste de Didier Robert, d'Huguette Bello, d'Ericka Bareigts, ou avec une éventuelle liste d'union.
Le maire de Saint-Joseph se retrouve ce soir en position de faiseur de roi. Nul doute que son soutien sera très recherché.
Les perdants...
Dans cette catégorie je ne citerai que deux têtes de listes : Olivier Hoarau et Jean-Pierre Marchau.
Aucun d'eux n'a réussi à franchir la barre des 5%, synonyme de possibilité de fusion mais aussi et surtout de remboursement des frais de campagne.
Les réveils de certains s'annoncent sans doute difficiles...
Quant aux autres candidats, je ne les évoquerai pas si ce n'est pour dire à Joseph Rivière que n'est pas Marine Le Pen qui veut...
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