Paul Vergès: "Il faut arrêter cette politique d'analogie entre la France et les Outre-mer"

"Trois raisons ont été évoquées pendant la séance, la méconnaissance évidente du monde politique sur l'outre-mer, la gravité de la situation et le caractère spécifique propre à chaque territoire", lance le sénateur Paul Vergès. Une séance spéciale a été organisée au Sénat, le 26 février dernier, sur la situation des Outre-mer. Rien ne va plus, selon lui, et la politique actuelle menée par le gouvernement n'arrange pas la situation des départements d'outre-mer, la Réunion comprise.
"Le chômage est de 30% à la Réunion contre 10% en France. Je me suis adressé au ministre Lurel (présent au moment des débats ndlr) en lui demandant s'il ferait la même politique avec 10 millions de chômeurs en France", poursuit-il. Pour Paul Vergès, il ne faut plus "appliquer mécaniquement" les mêmes remèdes en France et dans les départements d'outre-mer. Des remèdes inefficaces pour le sénateur. "Il faut arrêter cette politique d'analogie entre la France et les Outre-mer", explique-t-il.
Une situation préoccupante pour Paul Vergès à quelques encablures des débats sur l'acte 3 de la décentralisation dès le mois d'avril prochain. D'où la volonté du sénateur de "différencier" chaque département d'outre-mer et d'y appliquer une politique différente, notamment en terme d'intégration dans son propre espace économique. Si la Martinique et la Guadeloupe ont récemment obtenu le statut "d'Etat associé" dans le cadre de l'association des Etats de la Caraïbes (AEC), rappelle le sénateur Vergès, la démarche risque d'être plus longue à la Réunion. "Eux peuvent décider et nous, nous sommes représentés par une ambassadrice (Claudine Ledoux ndlr)", lance Paul Vergès.
"Il faut une décision pour chaque territoire"
"Qu'est ce que le gouvernement propose ? (…). Dans tous les domaines, on nous montre une aggravation de la situation. Mais nous ne voyons pas dans la politique du gouvernement, des propositions réalisables dans le temps. Il y a un effort idéologique à faire, la Réunion est intégrée de façon trop mécanique à la métropole", souligne Paul Vergès.
L'objectif pour le sénateur est d'arriver à une double intégration, en Europe et dans la zone océan Indien/Afrique de l'Est où la situation sociale et économique est complètement différente. Une démarche approuvée par l'Union européenne, selon Paul Vergès, mais qui ne trouve pas sa concrétisation au niveau gouvernemental. "Que proposez-vous alors que vous pouvez avoir l'accord définitif d'intégration (…). Il faut une décision pour chaque territoire, et non pas une mesure commune à un groupe de territoire", rappelle Paul Vergès.
Cette séance aura eu le mérite de faire bouger les lignes à en croire le sénateur, même si la Réunion ne pouvait compter que sur sa présence. "Les autres étaient absents", relève-t-il. Et les sénateurs, tous bords confondus, ont décidé de mettre en place une séance annuelle sur la question des outre-mer. "C'est une initiative à prendre", conclut Paul Vergès.


