Passage à tabac filmé et diffusé : L'unique suspect majeur condamné à quatre ans de prison

Rayan* tout juste 18 ans, joue au caïd avec ses amis. Pistolet, couteau papillon, tournevis pour menacer, cris et coups pour blesser. Le 29 juillet dernier, le jeune majeur et quatre mineurs ont passé à tabac Jordan*, mineur en situation de handicap.
La vieille des faits, Rayan a créé un groupe "anti-crime" pour frapper la victime. Le rendez-vous est donné le lendemain à la victime. Le jeune de 17 ans est emmené dans une cité abandonnée de la Rivière Saint-Louis. Jordan*, est roué de coups, déshabillé, frappé avec des manches à balai, des câbles… Les menaces de mort ont été faites, armés avec un pistolet, un tournevis ou encore un couteau papillon.
Le groupe de jeunes a diffusé la scène sur Snapchat. Un déchaînement de violence pour des raisons qui restent floues et peu compréhensibles.
Face aux juges ce mercredi, le jeune homme ne fait pas le fier. En août dernier, son procès a été renvoyé parce qu’il avait fait un malaise. Ses explications sont à peine audibles. « J’ai pas réfléchi ce jour-là. J’ai vraiment déconné. Je me suis emballé. C’est mol », souffle Rayan.
Après les violences, il offre un Capri-Sun à sa victime
Guet-apens, séquestration, violences, menaces de mort… Pour ces faits, Rayan risque 10 ans de prison. Pourtant, il ne semble pas prendre conscience de la gravité des faits. « Je me sentais mal, c'est pour ça que je lui ai offert un Capri-Sun », a-t-il tenté de démontrer un peu d’empathie au comble de la naïveté.
« Vous voulez aller en prison pour voir comment ça se passe chez les durs ? » le tance l’assesseur.
Rayan est le dernier d’une fratrie de neuf enfants et a arrêté l’école à l’âge 15 ans. Jusque-là détenteur d’un casier vierge, il espère intégrer l’Armée de terre dans l’avenir. Il veut « devenir chef » mais ne dit pas de quoi. En tout cas, l’expédition punitive est initiée par le prévenu qui est qualifié par les autres membres du « gang » comme le chef.
Pour Me Lucie Kerachni, la victime était le « souffre-douleur » de Rayan. Il y avait déjà eu des violences et il y avait déjà eu des affaires prises à Jordan. C’est d’ailleurs quand le père est venu chercher les affaires de Jordan que Rayan s’est senti humilié et que l’expédition punitive s’est mise en place.
Une peine ferme demandée
« On a prémédité, on a frappé, on a menacé, on a filmé, on a pausé à la fin pour une photo », fustige le parquet, sans oublier les humiliations subies par la victime. Il requiert quatre ans dont deux ans probatoire avec obligation de soins, de travailler. Interdiction de contact et obligation d’indemniser à terme la victime. Une partie de peine ferme avec mandat de dépôt et une interdiction de porter une arme sont aussi demandées.
Les quatre autres mineurs seront jugés prochainement devant le juge des enfants.
« C’est le procès du reflet d’une certaine jeunesse mal éduquée, gavée aux scènes de violences extrêmes qu’elle voit derrière les écrans », analyse Me Farid Issé. « La vidéo a d’abord marqué la victime, mais hantera aussi le passé de Rayan, cette personne qu’il a été à ce moment-là », plaide pour sa défense l’avocat.
Rayan a été condamné à quatre ans de prison dont deux ans de sursis probatoire avec mandat de dépôt. Il écope aussi d'une obligation de soins psychologique, de travailler. Le jeune homme a aussi interdiction d'entrer en contact avec la victime et sa famille, ainsi que ses co-auteurs. Il lui est interdit de porter une arme durant cinq ans.
*Prénoms d'emprunt


