Orange Madagascar : une vieille affaire de millions envolés ressurgit devant la justice française

Dix-huit ans après la vente controversée de 31,7 % d’Orange Madagascar à France Télécom, la justice française se penche à nouveau sur les zones d’ombre de cette opération. Selon La Lettre A, un procès pour dénonciation calomnieuse doit se tenir en décembre à Paris, sur fond de soupçons de versements occultes et d’éviction brutale.
L’affaire dite "Orange Mada", du nom de la cession d'une part stratégique d'Orange Madagascar à France Télécom en 2007, continue de secouer les milieux de la finance. Comme l’a révélé La Lettre A, le tribunal judiciaire de Paris doit auditionner en décembre Henri de Villeneuve, ancien gérant de la société de gestion Bourbon Axa Management (BAM), poursuivi pour dénonciation calomnieuse après avoir mis en cause les conditions de cette vente.
À l’origine du litige : la vente de 31,7 % du capital d’Orange Madagascar par le fonds mauricien Bourbon Axa Investment Fund (BAIF) à France Télécom (désormais Orange). Officiellement conclue pour 22,4 millions d’euros, la transaction intrigue : les comptes consolidés 2007 de l’opérateur mentionnent en réalité un montant de 42 millions d’euros. Une différence de près de 20 millions d’euros, que la Financial Services Commission mauricienne avait déjà constatée à l’époque.
Manque de transparence, voire des paiements non déclarés
Henri de Villeneuve, alors administrateur de BAM, avait rapidement tiré la sonnette d’alarme. Mais sa curiosité lui a valu d’être évincé sans ménagement. Depuis, il affirme que les offres concurrentes à celle de France Télécom – dont une à 28 millions – ont été écartées sans explication. Il soupçonne un manque de transparence, voire des paiements non déclarés.
Ses alertes lui ont valu en retour une plainte pour dénonciation calomnieuse déposée en 2011, relancée en 2015 par une constitution de partie civile. Les plaignants ne sont autres que Dominique Senequier et Vincent Gombault, figures de la finance parisienne et cofondateurs d’Axa Private Equity (devenu Ardian). Selon La Lettre A, leur avocat William Bourdon a indiqué qu’ils ne seraient pas présents à l’audience, mais qu’ils réclameront des dommages et intérêts.
L’affaire a déjà connu un premier épisode judiciaire : une plainte contre X pour abus de confiance et abus de biens sociaux avait été confiée au juge Renaud Van Ruymbeke, qui avait rendu une ordonnance de non-lieu en 2013, confirmée en appel l’année suivante.
Deux rapports d’experts commandés par Henri de Villeneuve concluent à un paiement supérieur de 20 millions d’euros à celui acté dans le contrat de cession, sans qu’aucune trace comptable de commissions à des intermédiaires ne soit retrouvée. La chaîne de sociétés impliquées – du fonds mauricien BAIF à la holding belge Atlas Services Belgium – n’a fait qu’obscurcir davantage l’opération.
En toile de fond, des acteurs de premier plan : la banque Gimar Finance, alors proche d’Axa Private Equity, et plusieurs personnalités comme Jacques de Chateauvieux (groupe Bourbon), Didier Lombard (France Télécom) ou encore Marcel Roulet, ancien président du conseil d’administration de l’opérateur. Tous, selon La Lettre A, se sont toujours murés dans le silence.
L’audience du 7 décembre s’annonce donc comme une nouvelle tentative pour faire la lumière sur une affaire emblématique des pratiques opaques de la finance offshore des années 2000


