Nouvelle taxe sur le sucre ajouté : la mesure en débat inquiète les entreprises réunionnaises

Le gouvernement veut étendre au secteur alimentaire une fiscalité déjà appliquée aux boissons sucrées. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit en effet la création d’une taxe sur les produits transformés contenant des sucres ajoutés. À La Réunion, des entreprises comme Mascarin et Royal Bourbon redoutent une hausse des coûts et des prix de vente.
La mesure actuellement discutée à l’Assemblée nationale s’inspire du principe de la taxe soda, mais s’appliquerait à une gamme bien plus large de produits : chocolats, biscuits, confiseries, gâteaux, céréales du petit-déjeuner ou encore produits de boulangerie.
Elle ne concernerait donc pas les boissons, déjà soumises à une fiscalité renforcée depuis mars 2025, mais dont les barèmes ont été simplifiés de 15 à 3 tranches.
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Le texte prévoit une contribution progressive selon la teneur en sucre : 4 euros par quintal (100 kilos) pour les produits contenant moins de 5 kg de sucres ajoutés, 21 euros entre 5 et 8 kg et 35 euros au-delà. Elle serait activée dès 0,5 gramme de sucre ajouté par kilogramme de produit, au moment de la première livraison sur le marché français.
Les entreprises réalisant moins de dix millions d’euros de chiffre d’affaires annuel seraient exemptées, afin d’épargner les petites structures artisanales.
Le gouvernement présente cette taxe comme une mesure de santé publique, destinée à encourager la réduction du sucre dans les recettes industrielles tout en contribuant au redressement des comptes de la Sécurité sociale. Mais elle provoque déjà la colère des fabricants de produits sucrés, qui dénoncent un « coup de massue » fiscal.
Les entreprises réunionnaises redoutent une hausse des prix
À La Réunion, la chocolaterie Mascarin fait partie des entreprises qui seraient directement concernées par cette nouvelle fiscalité. Son président directeur général, Frédéric Auché, estime que l’impact serait immédiat. « Cela va nécessairement avoir un impact sur nos produits et devrait augmenter les prix entre 3 et 6 centimes par tablette, selon le taux de cacao », explique-t-il.
« L’augmentation ne sera pas la même pour une tablette à 64 % de cacao et une à 90 %. Si la loi passe, l’augmentation pourrait être comprise entre 4 et 35 euros par quintal. J'ai fait un premier calcul, et l'augmentation pourrait être d'environ 5,25 centimes pour une tablette de 150 grammes. C’est beaucoup. »
Pour Mascarin, cette nouvelle taxe viendrait s’ajouter à un contexte déjà tendu. « Le prix du cacao a été multiplié par six depuis 2019 et la baisse n’est pas attendue avant fin 2026. Si la taxe entre en vigueur tout de suite, elle accentuera la pression sur les marges. Nous devrons forcément répercuter une partie sur le prix de vente », souligne le dirigeant.
Du côté de Royal Bourbon, c'est le branle-bas de combat pour évaluer quels produits vont être concernés. Avec plus de 300 références proposées, c'est surtout le secteur épicerie qui va être impacté avec les confitures, les compotes ou les préparations pour gâteaux. "On est assez dans le flou. Le texte parle de produits ultra-transformés, mais on n'a pas d'indications claires sur ce que cela veut dire", souligne Nicolas Lebon, directeur marketing chez Royal Bourbon Industries.
Pour l’heure, rien n’est encore acté. Le texte de loi est toujours en discussion à l’Assemblée nationale et pourrait être amendé avant le vote final prévu le 12 novembre. « Tout reste hypothétique. L’étude du texte est en cours, alors nous n’avons aucune visibilité pour le moment », explique Frédéric Auché. La seule certitude pour les deux industriels, si la taxe venait à être adoptée, "c'est qu'en bout de chaîne, ce sera le consommateur qui va payer."


