Nouvelle graphie du créole : on est bien mal barré !
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L’année dernière, le CCEE mettait en place (sur quels critères ?) un comité de pilotage pour trouver un consensus à propos de la meilleure façon d’écrire notre patois.
J’étais rassuré par le président Ramchetty qui m’affirmait que les personnes de ce copil seraient parfaitement à l’écoute des intervenants.
J’étais l’un des trente « sachants » souhaitant intervenir sur ce sujet intéressant.
Il était d’ores et déjà prévu qu’une seconde partie de l’étude consisterait à entendre le commun des mortels sur sa conception de la graphie du créole réunionnais.
Les mois passent, je n’ai aucune communication au sujet des autres interventions ni même d’invitation officielle pour la suite de l’opération.
C’est donc par hasard que j’apprends les dates des trois « débats » publics.
Ne pouvant me rendre au premier débat, je prends mes dispositions pour être présent au second.
Et là, je tombe de haut.
Cette rencontre « grand public » se tenait dans le minuscule salle 29 de la fac de lettres et nous étions à peine 25 présents en incluant les membres du copil. Comme quoi la meilleure façon d’écrire notre sympathique patois empêche les Réunionnais de dormir !
Je pensais que de mon intervention de 2 h 30 au CCEE, il en resterait quelque chose.
Eh bien non, rien. Absolument RIEN !
Le président Ramchetty commence et poursuit sa présentation… en kréol.
Et, d’emblée, pose l’axiome de cette seconde partie : « On n’est pas là pour discuter de savoir si le kréol est une langue ou pas : le kréol est bel et bien une langue. Les personnes qui pensent autrement n’ont pas leur place ici. » (j'ai traduit pour vous)
Une façon limpide de me dire poliment que, soit j’acceptais enfin de reconnaître que je suis un âne soit que la porte étant ouverte, je pouvais quitter les lieux.
J’ai fait valoir (en français) que la charrue était mise avant les bœufs puisque les différents intervenants n’avaient pas reçu le résumé des interventions des uns et des autres.
Je me suis ensuite étonné que le français, notre seule langue, était non grata dans cette docte assemblée.
Peine perdue : pour bien marteler que le kréol est une langue, le président Ramchetty affirme : « Mwin, mi koz kom mi ve ». Suivi par tous les autres membres du copil qui se sont sentis dans l’obligation de renier leur propre langue. Carpanin Marimoutou à qui je fais la même remarque me répond également : « Mwin, mi koz kom mi ve ».
Laurence Dalleau, elle aussi, persiste à patoiser.
Alain Marcel Vauthier, ancien directeur de la bibliothèque départementale, qui m’a aimablement co-postfacé mon ouvrage « Le Grand Lexique créole » me traite alors d’extrémiste.
Tiens ! Alors Jean Albany, Luc Donat, Claire Bosse étaient aussi des extrémistes ?
Un certain Franswa Sintomèr m’agresse verbalement et me dit que je suis impoli parce que je ne m’exprime pas en créole.
Le linguiste Houellebecq pour sa part, affirme haut et fort (en français) après que je lui eus dit que notre patois est issu à 95 % de mots des patois de l’Ouest de la France que ce n’est pas une bonne raison pour les écrire de façon étymologique.
Ah bon, il faudrait perpétuer la graphie 77 qu’il préconise encore ? Mais pourquoi cette énième tentative de nouvelle graphie alors ?
Et pourquoi pas écrire le créole avec des caractères chinois, russes ou grecs ?
Carpanin Marimoutou, qui n’a pas encore assimilé mon ouvrage sur le créole écrit il y a une dizaine d’années, repose la question qu’il pense fondamentale : comment écrire « lui » que certains prononcent « lu » et d’autres « li » ? Ou « cheveu » qu’on prononce tantôt « se-ve » tantôt « so-vé » ?
Carpanin, qui est professeur à l’université de La Réunion, ignore que la fonction fondamentale de l’écriture n’est pas la prononciation des mots. L’Américain prononce « A-i-eu-ou-weu » et écrit Iowa.
L’Anglais qui écrit This ou Thing ne prononce pas « tiss » ou « tingue ».
Ces gens qui ont une haine incommensurable du français, pour eux une langue étrangère assimilée par obligation, sont les messieurs Jourdain du créole.
Ils se demandent si ce ne serait pas mieux d’écrire « kréole », « kréol » « créaule » « kréaule » ; chréole », « khréole », « créhaule », « kréhaule », « créhole » ou encore « kréhole ».
Souhaitons à ces agités du bocal de se rendre compte, à la manière de M. Jourdain, que la façon la plus simple de transcrire créole en créole est bel et bien « créole ».
Pour ma part, je ne vois plus l’utilité de me rendre à leurs rencontres où l’insulte fait place à la discussion et où le mépris du français est le premier article de leur Credo.
Le président Ramchetty avait déclaré au début de son intervention que le créole étymologique s’écrivait n’importe comment (c'est archi faux, bien sûr) et le linguiste Houellebecq demandait comment écrire le verbe connaître en créole au présent de l’indicatif en écriture étymologique.
C’est pourtant simple. Je lui explique dès qu’il a un moment disponible.
Mi koné, ti koné, li koné, ce n’est pas du créole mais la caricature idéologique de notre patois.
J’ai des doutes sérieux concernant une nouvelle graphie consensuelle.
On est mal barré, je vous dis !
Armand GUNET


