Nouvel arrêté préfectoral : il est interdit de respirer !

Le taux d’oxyde de carbone dans l’atmosphère devient insupportable. La respiration humaine serait plus polluante que les émanations, rots et flatulences, des vaches. Le préfet a donc pris une mesure d’urgence courageuse (et innovante) : interdiction pure et simple de respirer. Non mais on croit rêver. Sur quelle planète on vit, là ? Je rappellerai la sentence de Jacques Lougnon : « Il est plus facile d’interdire une manifestation que de l’accompagner ! » C’est exactement ce qui se passe avec les attaques de requins.
Je compatis comme chacun à la douleur des familles ayant perdu un être cher. Mais interdire d’entrer dans l’eau est certainement la mesure la plus stupide qui pouvait être prise. Et comme la bêtise ne fait pas peur… Le problème requins est simple dans sa tragédie ; il faut prendre les mesures adéquates mais pour cela, il faut en avoir dans la culotte et là, je ne vise pas le préfet : il obéit à des ordres débiles. D’abord, comment le Tribunal administratif ou un ministère ont-ils le culot d’intimer au représentant de l’Etat de prendre des mesures d’urgence ? Que savent-ils de la question, ces messieurs les ronds de cuir bien installés dans leurs bureaux climatisés ? On a exigé du préfet des mesures drastiques et démagogiques pour faire taire les récriminations. Sans chercher les vraies causes et leurs remèdes.
De récentes études scientifiques le disent : les plus fortes concentrations de squales sont au large de Saint-Gilles (pollution due à l’urbanisation et les piscines) et du Gol (pollution due aux rejets d’usine). Mais qui va s’attaquer aux culs bordés de nouilles de Saint-Gilles ou à la puissance financière de l’usine du Gol ? Alors on taxe le petit peuple. On a installé une réserve marine en plein dans les rares zones de baignade de l’île ; autant mettre un garde-manger ouvert dans un chenil et crier « Foncez ! » On a supprimé le DCP de Saint-Paul mais les installations sont toujours là ; ça ou souffler dans une contrebasse, c’est du pareil au même. Les émanations des déchetteries ne sont pas contrôlées non plus : on ne va pas se mettre à dos les communautés de communes, vous pensez bien. Mais on a interdit la pêche traditionnelle au requin, qui était un moyen de régulation des populations de requins, moyen éprouvé depuis la nuit des temps.
Pour éviter tout risque, on interdit aux surfeurs et body boarders de pratiquer leur sport favori, eux qui ont fait connaître La Réunion à l’autre bout de la terre ! Enfin, on interdit à la population (qui n’a pas de piscines, elle) d’aller à la plage. Au lieu d’installer des filets de protection aux endroits stratégiques : « Il est plus facile d’interdire… etc. » En Australie ou en Afrique du Sud, où les attaques mortelles sont autrement fréquentes, on a installé des filets sur des dizaines de kilomètres de plages. Voudrait-on nous faire croire que nous sommes trop bêtes pour en faire autant ? Bientôt on va interdire de marcher sur le bord des routes et aux deux-roues de rouler pour cause d’accidents mortels. Interdisons le big mac à cause du cholestérol, le Coca à cause du diabète, l’amour sans caoutchouc en raison des MST, la musique à cause du bruit ou la télé qui abrutit. La Sécu va jubiler. Vous verrez qu’un de ces quatre, on va interdire les timbres-poste à cause des dents. Jules Bénard


