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Notes de lecture - « Le sniper, son wok et son fusil » de Chang Kuo-li : Un polar succulent... et je pèse mes mots

Il est toujours fascinant de plonger dans les livres venus d'ailleurs. On se retrouve plongé dans des univers insoupçonnables. Insoupçonnables rien que parce que venus d'ailleurs : suffit d'être curieux et on aime ! La littérature chinoise, dans le domaine du polar, nous en fait voir de toutes les couleurs... et de toutes les saveurs. Avec sa karay (d'aucuns appellent ça un wok), ce sniper déquille qui il veut, quand il veut et comme il veut. Un si bon cuisinier ne peut être franchement mauvais.
Ecrit par Jules Bénard – le samedi 6 janvier 2024 à 17H32

Chang Kuo-li, journaliste taïwanais, linguiste, historien, poète, est un critique gastronomique de haute volée qui nous régale de tous ses talents avec un art consommé de l'assaisonnement des épices.

Son sniper, Axel, un numéro-Un valant bien l'American sniper du grand Clint, est recherché par toutes les polices chinoises, américaines et européennes. Après cinq ans à la Légion étrangère (où il se perfectionne encore), il est contacté par un des services secrets autant que non-avouables de son pays. Mission : « sniper » un de ses compatriotes venu à Rome acheter des stocks d'armes lourdes pour le compte des autorités de Formose.

Il y a un hic : un de ses anciens copains, également tireur d'élite, est chargé de l'éliminer, lui, quand il aura accompli sa mission. On n'est jamais trop prudent.

Il y a un hic : Axel aime autant son talent de tireur que celui de cuisinier ! Il s'était confortablement installé dans sa petite cuisine chinoise italienne, où ses clients appréciaient son riz sauté aux crevettes (et nous alors !) Pas riche mais il en vivait. Et voici que son univers de tueur gastronome est chamboulé par les magouilles venues de son pays d'origine.

Que l'on veuille l'assaisonner au M-16, au 44-magnum, à la Kalach ou aux grands fusils de précision de la planète (ce polar est aussi un cours détaillé sur tous les types d'armes de poing ou d'épaule de la terre), voilà qui lui reste en travers de la glotte.

Après des années à l'étranger, notre tueur de plus en plus sympathique décide de rentrer au pays pour connaître enfin la recette à laquelle on a décidé de le mitonner.

Voilà pour les ingrédients de ce polar à déguster avec des mines gourmandes. Le reste, à vous de le découvrir.

Ce livre est succulent, je l'ai dit au début.

C'est un vrai condensé de culture taïwanaise.

Histoire, cuisine, civilisation, vie de tous les jours, comment on aime, respect traditionnel des anciens (même des truands), et de rafraîchissantes leçons de calligraphie ; avec cette politesse asiatique qui consiste à ne pas assommer l'autre avec ses soucis.

Tout en nous distrayant, en nous faisant saliver avec une écriture savamment simplifiée, l'auteur, invariablement, nous pousse à aimer son pays, ses traditions, sa culture... sa cuisine.

« L'ennui naquit un jour de l'uniformité », a écrit Monsieur de La Motte. Saint-Exupéry, génial créateur de grandes métaphores, a complété : « Chaque fois que tu changes, tu m'enrichis, mon frère ».

Comment mieux magnifier le plaisir de la différence ? Comment mieux dire que toutes les différences sont bonnes à prendre ?

Justement, ce polar de Monsieur Chang Kuo-li, en quelque 360 pages, nous procure l'immense plaisir de plonger dans cet univers formosan si éloigné du nôtre, si surprenant... si fascinant.

L'art de cet auteur est certainement de fonctionner façon Pagnol : en dire beaucoup mais clairement, simplement. C'est pourquoi, en 360 pages, on a droit à une vraie leçon, complète, de culture chinoise.

Phrase simple, explications détaillées sans appesantissement, parler directement au coeur du lecteur... recette parfaitement appliquée par notre assaisonneur.

Ce que l'auteur appelle « riz frit » est la version originale de notre « riz frotté ». Ou « riz chauffé ». J'ai essayé... et mwin la envale trois bols !

Et sa recette de poisson frit alors. Un vrai péché de gourmandise ! J'ai essayé hier. Demandez à ma Nicole...

P.S. Je ne veux pas terminer ce compte-rendu sans remercier mon très vieil ami Philippe Wiu Tyu Yuen, qui m'a donné mes toutes premières notions de cuisine chinoise. C'était à Nice en 1970.

J.B.

« Le sniper, son wok et son fusil »

Chang Kuo-li

Série noire, Gallimard

En librairie

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