Nos sentiers et nos élus

Connaissez-vous les sentiers de la ravine D’Abord ? Il existe au Tampon (combien de personnes habitant cette ville en sont-elles informées ?) deux sentiers empruntant la ravine par où, dans sa course irrésistible pour atteindre Saint-Pierre et la mer, discrètement se faufile la Rivière d’Abord. L’un, orienté vers l’amont, dont le départ se situe juste au dessus de la déchetterie et qui se dirige vers N-D de la Paix mais s’arrête actuellement aux environs du 19 km. L’autre, orienté vers l’aval, qui commence à la hauteur du parcours de santé et descend jusqu’au radier situé sous la ligne des 400.
Tous les deux offrent au promeneur qui s’y aventure un cheminement très varié et fort agréable. Tous les deux ont été très soigneusement aménagés et équipés : avec marches, garde-corps (quand ceux-ci sont utiles ou nécessaires) et même, ça et là, des coins pour faire une pause, avec de très astucieuses et très pittoresques banquettes rustiques. Quand on s’embarque sur l’un ou l’autre de ces petits sentiers charmants, on oublie très vite que l’on se trouve en fait au cœur d’une grande agglomération, à deux pas des habitations et de la foule des citadins. Pour retenir l’attention du marcheur et occuper ses yeux, ses oreilles, son esprit, il n’y a plus guère en effet que les pittoresques tours et détours du sentier, les variations de la végétation au long des saisons, le chant des oiseaux et le clapotis de l’eau. Celui-ci se sent soudain propulsé très loin des embouteillages de voitures et de toute la pénible agitation urbaine…
Dans certains lieux de notre île, on le sait hélas, nos édiles laissent des sentiers existants, parfois depuis longtemps, se perdre, disparaître, être impunément annexés par des propriétaires sans scrupule. J’en ai fait récemment la déplaisante expérience aux Makes, comme j’ai eu l’occasion de le signaler dans un courrier paru le 20/01/14 dans le Quotidien (page 14) et le 30/01/14 dans le JIR. Alors, quand nos édiles, comme ici ceux du Tampon, favorisent l’ouverture de nouveaux sentiers, on ne peut que sincèrement s’en féliciter.
Car on sait combien un tel investissement, d’un coût somme toute plutôt modique et limité, est utile à tous. Il permet, en effet, à des personnes de tous âges, grands sportifs comme simples promeneurs, de se livrer à cette activité saine entre toutes qu’est la marche à pied. Et l’on sait combien – le corps médical ne se prive pas de nous le rappeler – la marche, outre les divers agréments qu’elle procure à l’esprit, peut être bénéfique pour la santé de nos corps ; combien elle permet de combattre cette tendance à l’obésité qui – on le sait aussi – affecte trop de nos contemporains, des contemporains souvent trop bien nourris et trop sédentaires dans leurs habitudes.
Avant de conclure sur ce point, je voudrais remercier, bien sûr, tout d’abord très vivement ceux qui se sont donné la peine de concevoir et de réaliser ces sentiers, puis qui les ont mis à la disposition du public. Je voudrais ensuite inviter mes concitoyens qui ne les connaîtraient pas encore à aller sans tarder les découvrir : je crois qu’ils ne seront pas déçus de l’effort qu’ils auront dû pour cela fournir. Je souhaite enfin que la municipalité, quelle que soit celle-ci, qui dans quelques semaines sortira des urnes, s’engage à favoriser et appuyer activement cette belle et utile entreprise. Car j’ai entendu dire (Cf. Le Quotidien du 31/12/13, en page 14, et du 21/02/14, en page 9) que le financement de la poursuite des travaux des sentiers de la Ravine d’Abord aurait, ces derniers temps, été bloqué sous des prétextes politiciens en vérité peu honorables et faisant peu de cas de l’intérêt général. Si cela était vrai, ce serait, hélas, tout à fait navrant et regrettable !
Soyons donc optimistes, tablons sur une prise de conscience civique de nos responsables politiques. Une prise de conscience salutaire leur permettant de dépasser l’envie qui parfois les possède et les tenaille de tirer dans les pattes d’un concurrent, la tentation de faire fi de l’intérêt de leurs administrés pour le plaisir de faire un croche-pied sournois à tel ou tel qui leur fait de l’ombre. Une prise de conscience les incitant à s’efforcer de renoncer pour de bon à toutes ces mesquines rivalités partisanes, préjudiciables à l’intérêt du plus grand nombre, auxquelles trop souvent hélas ils se permettent de s’abandonner.
Si ce vœu, que je formule ici ardemment, pouvait être effectivement exaucé, on pourrait alors suggérer à ces responsables politiques conscients de leurs devoirs les améliorations suivantes aux sentiers aujourd’hui déjà en place au Tampon : permettre à la partie amont du sentier, arrivée au 19ème, de déboucher sur une issue quelconque, au lieu de contraindre le marcheur qui l’emprunte à revenir sur ses pas pour achever son parcours ; permettre à la partie aval du sentier de descendre encore plus bas, et un jour peut-être jusqu’à Saint-Pierre ; enfin et surtout aboutir à un sentier d’un seul tenant, sans solution de continuité, en établissant la jonction entre le tronçon amont et le tronçon aval.
Pour cela, on sait bien qu’il faut de la volonté politique ; de la volonté pour convaincre les propriétaires privés réticents de faire prévaloir l’intérêt collectif sur leur intérêt personnel égoïste ; de la volonté pour faire voter des crédits afin que soient réalisées les acquisitions foncières nécessaires à l’extension progressive du sentier ; de la volonté pour assurer aux travailleurs du sentier un revenu décent pour le travail d’utilité publique qu’ils accomplissent.
On ne voit pas toujours, on ne voit pas assez, qu’à coté de la flore et de la faune, à coté des paysages et des singularités géologiques remarquables, il est à La Réunion un patrimoine qu’il conviendrait, non seulement de sauvegarder et d’entretenir, mais aussi – chaque fois que cela est possible – de développer et d’enrichir, c’est celui de nos précieux sentiers.
André Pouchet, président du club de randonnée « Les Jolis Pas », le 24 février 2014
P. S. :
Avant de boucler ce courrier et de le poster, j’y ajoute une observation de dernière minute qui vient appuyer mon propos en lui fournissant une nouvelle illustration. Pour la dernière en date des randonnées de notre association, nous avions programmé un parcours allant de la marine de Sainte-Rose à Bois-Blanc, en passant par l’Anse des Cascades. Or, après avoir normalement cheminé sur le bord de mer par le Sentier des Pêcheurs, parvenus à la Ravine-Glissante, nous avons été mis dans l’impossibilité de poursuivre ce sentier dit « des pêcheurs » parce que celui-ci avait été obstrué et rendu impraticable, condamné, par les soins diligents de propriétaires riverains, sans doute désireux ne pas avoir à supporter l’important trouble de jouissance que leur occasionnait le passage de milliers et de milliers d’importuns randonneurs !
Nous avons donc dû remonter sur la route et emprunter une assez longue portion de celle-ci avant de pouvoir à nouveau regagner la côte à la hauteur de Pointe-Corail. Cela est-il tolérable ? Dans la mesure où le Sentier des Pêcheurs est une réalisation du conseil général ne serions-nous pas en droit d’exiger de ce dernier qu’il use de son autorité pour remettre les propriétaires inciviques dans le droit chemin du respect de la loi « Littoral » ? Mais nos chers conseillers, dont certains n’hésitent pas à cumuler les charges électives (et même, en ces temps d’élections municipales, à postuler pour de nouvelles charges qui viendront encore s’empiler sur celles qu’ils possèdent déjà !) ont sans doute mieux à faire, dans le but de justifier les indemnités qu’ils encaissent sans vergogne, que de consentir à se préoccuper de questions aussi basses et subalternes, pour tout dire aussi terre-à-terre, que celles-là !
Rappel :
Le Tampon, le 14 janvier 2014
Messieurs,
Je vous écris dans le but de partager avec vous l’expérience plutôt pénible que je viens de vivre hier sur le terrain, du coté des Makes, en tant que randonneur, et pour dénoncer avec vigueur, cette fois-ci en tant que citoyen, l’anomalie fâcheuse qu’en cette occasion j’ai hélas été amené à constater à mes dépens.
Les faits
Le lundi 13 janvier, avec trois autres amis de mon club de randonnée, nous sommes allés aux Makes pour reconnaître le terrain sur lequel doit se dérouler la prochaine sortie de notre club.
Après avoir été déposés, de bon matin, aux kiosques qui se trouvent sur la route menant à La Fenêtre, nous avons traversé le Bras Patates, puis nous sommes allés reconnaitre le tunnel de lave dont nous avons dégagé le sentier (l’accès en était complètement obstrué par la végétation).
Plus tard, traversant la plaine du Bois de Nèfles, nous sommes descendus plus bas dans la vallée. Notre intention était en effet de gagner, de l’autre côté de la ravine, le Bras de Monplaisir, où il était prévu que nous fussions récupérés par une voiture, en fin de matinée (cote 1036). Pour cela nous devions emprunter le sentier figurant sur la carte IGN n°4405 RT (publiée en 2010), lequel sentier se sépare du sentier principal à la cote 1075.
Cherchant en vain l’embranchement de ce sentier, nous avons été amenés à descendre de plus en plus bas, tout en nettoyant chemin faisant à coups de sabre et de sécateur le sentier principal, afin de parvenir à nous y frayer un passage. Parvenus à la bifurcation (à gauche Canaux direct, à droite Canaux par les kiosques), nous avons pris à droite et, après avoir traversé le lieu dit Le Trou, sommes parvenus très près du Grand Serré, dont nous voyions les maisons toutes proches, de l’autre côté de la ravine. Mais impossible de poursuivre : sous les cryptomerias, il y avait tellement de bois cassé que le sentier disparaissait et qu’il était impossible d’aller outre… Mais ça, ce n’était la faute que du cyclone !
Comme il était déjà 15 heures environ, faisant le bilan de nos efforts infructueux, nous avons alors décidé que la seule solution raisonnable pour nous était de revenir en arrière et de ressortir de ce piège par là-même où nous y étions entrés.
Au cours de notre pénible et longue remontée, nous trouvant, du fait de la prolongation imprévue de notre excursion, à cours d’eau potable et l’un de nous étant affecté par des crampes très douloureuses et très invalidantes, nous avons été amenés à demander aux propriétaires d’une case de la Plaine du. Bois de Nèfles de nous faire l’aumône d’un peu de boisson.
Très courtoisement, ces aimables personnes nous en ont fourni et c’est en discutant avec elles, deux frères qui avaient vécu leur enfance précisément à cet endroit, que nous avons compris l’origine de notre mésaventure : le sentier n’existait plus ! Un certain Monsieur B., éleveur de moutons, avait trouvé plus pratique pour ses activités agricoles de faire disparaître celui-ci. Pour des raisons sentimentales (c’était le sentier que, quand ils étaient marmailles, ils avaient emprunté tous les jours pour se rendre à l’école aux Makes et en revenir), nos informateurs regrettaient fort, nous ont-ils dit, ce coup de force injustifié.
Les questions que nous posons
Peut-on accepter que, de son propre chef, un particulier s’arroge ainsi le droit de fermer un sentier existant depuis longtemps sous prétexte que celui-ci gênerait son activité agricole ?
N’est-il pas souhaitable que l’activité agricole, une activité essentielle, nous le savons bien, pour le développement économique de notre île, se montre capable, chaque fois que cela est possible, de prendre aussi en compte les intérêts du développement touristique de celle-ci, parmi lesquels la randonnée joue, on le sait, un rôle non négligeable ?
Ne serait-il pas dommage de laisser grignoter impunément les sentiers que nous ont transmis les anciens, lesquels, au même titre que les vieilles cases qui peuvent subsister ici et là, constituent pour les randonneurs que nous sommes, de vivants témoignages du labeur et des peines de ceux-ci ? (Autrement dit, n’oublions pas que les sentiers aussi ont un intérêt patrimonial éminent !)
Est-il dans les intentions de l’administration, tant au niveau municipal que préfectoral, d’entériner tacitement cette captation subreptice d’un terrain public ? Sommes-nous à La Réunion (c'est-à-dire sur un territoire, celui de la République française, où est censé régner l’état de droit) ou bien au Far-West ?
Plus généralement, ne conviendrait-il pas que l’incivisme et le mépris de la loi soit découragés par les autorités avec une fermeté plus grande et qu’un coup d’arrêt significatif soit donné aux empiétements de ceux qui cherchent à faire prévaloir la satisfaction de leurs intérêts égoïstes au détriment du respect de l’intérêt général ?
J’espère que ma démarche « citoyenne » sera entendue comme elle le mérite et qu’une réponse effective et satisfaisante pour tous pourra être apportée aux questions pas si anodines que cela que je me suis permis de poser. Dans cette attente, veuillez recevoir, Messieurs, l’expression de toute ma respectueuse considération.
André Pouchet
Courrier à :
Le Préfet de La Réunion
Le Président de la région
La Présidente du département
Le Maire de Saint-Louis
Le Comité Régional de Randonnée Pédestre
« Le Quotidien » et « Le Journal de l’Ile »


