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Mules, vous êtes prévenues : le "tarif" est le même pour tout le monde à La Réunion

Ecrit par Lucas Candessoussens – le lundi 1 décembre 2025 à 19H02

Une jeune femme originaire de Martinique était jugée pour avoir transporté 246 grammes de cocaïne, sous forme de pochons, à La Réunion. Sans histoire, impeccablement intégrée dans la société, elle va écoper de la même peine que ses prédécesseurs : une lourde peine de prison ferme.

Jessy L. a pris le large pour espérer changer d’air. Cette Martiniquaise de même pas 30 ans, s’exprimant impeccablement devant le tribunal judiciaire, a un parcours qui interroge. Sur l’île aux Fleurs, elle possède une situation stable, travaillant comme vendeuse. Elle n’est pas connue de la justice et est parfaitement intégrée dans la société.

Le 8 octobre dernier, elle est pourtant retenue par les douaniers de l’aéroport de Roland-Garros. Sur elle, on retrouve deux pochons de cocaïne. Après un examen médical, il est révélé qu’elle en cachait quatre autres dans ses parties intimes. Comment cette jeune femme au parcours exemplaire s’est-elle retrouvée à la barre du tribunal judiciaire de Saint-Denis ? C’est ce que ce dernier a tenté de comprendre ce lundi 1ᵉʳ décembre.

6 000 euros de rémunération

En déroulant le fil, on comprend que Jessy L. a été approchée par un homme en août dernier. De fil en aiguille, ils sympathisent, et la conversation bascule rapidement sur une “commission” qu’elle pourrait effectuer pour lui. Après plus d’un mois de réflexion, la jeune femme accepte.

Le plan est simple : elle embarque pour La Réunion avec, sur elle, des pochons de cocaïne. Coût de cette commission : 6 000 euros. Sans l’intervention des douanes, cela aurait pu lui rapporter une jolie somme d’argent.

Pourtant, dans les audiences que l’on traite habituellement et qui concernent les mules, on comprend qu’elles se livrent à ce trafic parce qu’elles sont confrontées à de gros problèmes d’argent. Ici, la situation stable de Jessy L. ne le laissait pas paraître.

À la barre, elle ne nie nullement les faits. La jeune femme parle d’une “connerie” dont elle s’en voudra toute sa vie. Puis, lors du jeu des questions-réponses avec les acteurs du tribunal, elle craque. Jessy L. explique qu’elle vivait une très mauvaise période. Le décès de son compagnon en mars dernier en est la cause : en plus du deuil, elle a dû prendre en charge les frais liés aux obsèques. En racontant son histoire au tribunal, elle ne peut s’empêcher de fondre en larmes.

Profiter d’une faille psychologique

Le ministère public n’en mène pas large face à cette nouvelle mule : il déplore la méconnaissance de la jeune femme sur le cas judiciaire des mules à La Réunion et son manque de renseignement sur les peines encourues. Il estime, en rejoignant les conclusions douanières, que la valeur marchande s’élevait à environ 36 900 euros. La magistrate du parquet requiert une peine de trois ans d’emprisonnement, cinq ans d’interdiction de pénétrer sur le territoire réunionnais et une amende douanière équivalente à la valeur de la marchandise.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense explique que sa cliente était fragile psychologiquement au moment où le revendeur l’a approchée pour la course. Un état dont il a profité pour lui confier les pochons, promettant une rémunération conséquente. Victime d’un opportuniste, la robe noire assure que sa cliente a compris la leçon. Il fustige les peines prononcées à l’égard des mules, bien trop souvent victimes, qui écopent de deux à quatre ans de prison à La Réunion : “C’est le tarif”, peste-t-il à la barre.

Là aussi, le tribunal frappe fort. Après avoir annulé la première garde à vue de la jeune femme, réalisée sans avocat, mais rejeté les autres nullités soulevées par la défense et jointes au fond, le couperet tombe : deux ans de prison ferme et 15 000 euros d’amende douanière.

Etiquettes : Mule | Tribunal

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