Mort de Kyéran, 14 ans, à Saint-André : trois ans après, l’agresseur présumé jugé devant le tribunal pour enfants

Le 8 mars 2023 à Saint-André, le jeune Kyéran, 14 ans, succombait à une hémorragie cérébrale à la suite d’une bagarre avec un autre adolescent de 15 ans. Accusé de coups mortels, celui-ci est jugé mercredi 1er avril devant le tribunal pour enfants statuant en matière criminelle.
L’affaire, impliquant deux adolescents résidant la commune, avait profondément ému les habitants de Saint-André. Trois ans plus tard, elle va enfin être examinée par la justice ce mercredi 1er avril, à l’occasion d’un procès criminel devant le tribunal pour enfants de Saint-Denis.
Le 8 mars 2023, en fin d’après-midi, le jeune Kyéran, 14 ans, trouvait la mort au pied de son immeuble de la cité Terre Rouge, dans le quartier de Mille-Roches, à la suite d’une bagarre avec un autre collégien âgé de 15 ans.
Les deux garçons, qui, d’après les témoignages, s’invectivaient régulièrement sur les terrains de baskets, en seraient venus aux mains après un premier échange de regards et d’insultes un peu plus tôt dans la journée.
Insultes et échange de coups
Vers 17h, alors qu’il rentre chez lui en vélo, Kyéran croise de nouveau son rival, Romain*, à peine plus âgé que lui. Selon d’autres adolescents témoins de la scène, ce dernier aurait commencé à invectiver Kyeran qui, d’habitude, essayait « d’éviter la bagarre ». C’est alors que Romain aurait proféré « des insultes à sa mère », ce qui aurait conduit l’adolescent à venir en découdre.
Des coups de poings et de pieds sont échangés devant la résidence. Et alors qu’un adulte intervient pour séparer les deux jeunes, Romain parvient à adresser un dernier coup de poing au niveau du cou de Kyéran. Celui-ci, cherchant à récupérer son vélo, est alors subitement pris de malaise et tombe au sol.
Pris en charge par les secours, il décèdera quelques instants plus tard à l’hôpital d’une hémorragie cérébrale. Son agresseur, lui, se livre à la police peu après, accompagné par sa mère.
"Malformations vasculaires"
C’est le début d’une longue phase d’instruction, la question étant de savoir si les coups portés par Romain ont bien été à l’origine du décès. Car l’autopsie, comme de nouvelles expertises, vont démontrer que Kyéran présentait des « malformations vasculaires volumineuses » au niveau du lobe droit du cervelet.
Pour les experts toutefois, l’état des connaissances médicales ne permettait pas d’affirmer l’existence « d’un lien direct, certain et exclusif » entre les saignements de ces malformations et le traumatisme engendré par les coups portés.
Mais, si le lien n’est pas établi avec une certitude totale sur le plan médical, les présomptions sont suffisamment importantes d’un point de vue judiciaire.
"Concordance de temps et de lieu'"
En effet, prenant en compte le fait que « la rixe a pu engendrer un contexte de stress, de tachycardie, d’hypertension artérielle favorisant le saignement », le magistrat instructeur va considérer qu’il existe bien « une concordance de temps et de lieu entre les lésions consécutives des coups et l’hémorragie cérébrale », en déduisant qu’il existe donc « un lien direct et certain entre les coups portés et le décès. »
De quoi renvoyer le mineur devant le tribunal pour enfants statuant en matière criminelle, juridiction compétente pour un accusé âgé de moins de 16 ans au moment des faits.
Dix ans de prison encourus
Pour des faits de violences sur mineur de quinze ans ayant entraîné la mort sans intention de la donner, il encourt, du fait de l’excuse de minorité, la moitié de la peine prévue par la loi pour un majeur, soit dix ans d’emprisonnement au lieu de vingt.
Lors de sa garde à vue puis au cours de l’instruction, l’adolescent mis en cause a exprimé des regrets quant aux conséquences tragiques de cette bagarre entre jeunes, lui qui n’avait aucun antécédant judiciaire avant cette affaire.
Placé en détention provisoire pendant dix mois, Romain a ensuite fait l’objet d’un placement au sein d’un foyer de la protection judiciaire de la jeunesse. Il comparaîtra donc libre à l’audience. Un jugement est attendu en fin de journée.
La mort tragique de Kyéran avait suscité un vif émoi dans la commune, le maire Joé Bédier se rendant au collège où était scolarisée la victime le lendemain des faits. Une marche blanche avait eu lieu quatre jours plus tard en hommage à l'adolescent, réunissant des dizaines de personnes au Jardin de la mémoire.


