Mort d’Alexeï Navalny : une enquête internationale conclut à un empoisonnement en prison

Deux ans après la disparition d’Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire russe, cinq pays européens affirment désormais que l’opposant a été victime d’un empoisonnement. Selon les conclusions rendues publiques ce samedi 14 février, une toxine rare aurait été utilisée contre celui qui incarnait la principale figure d’opposition au Kremlin.
Les ministères des affaires étrangères du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Suède annoncent avoir mené des analyses conjointes. D’après leurs résultats, des traces d’épibatidine – une substance toxique naturellement présente dans la peau de certaines grenouilles d’Équateur – auraient été identifiées dans des échantillons prélevés sur le corps du militant russe. Cette toxine « très probablement » serait à l’origine de son décès.
Dans un communiqué commun, Londres affirme que l’Etat russe a eu recours à cette substance létale pour neutraliser Navalny, par crainte de son influence politique. Le Royaume-Uni prévoit de saisir l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), estimant qu’il s’agirait d’une violation grave des engagements internationaux de Moscou. Les autorités britanniques appellent également la Russie à mettre fin à ce qu’elles qualifient d’activités dangereuses.
Figure centrale de la lutte anticorruption en Russie et adversaire déclaré de Vladimir Poutine
Ces révélations interviennent à la veille du deuxième anniversaire de la mort de l’opposant, décédé le 16 février 2024 à l’âge de 47 ans dans une prison de l’Arctique où il purgeait une peine de dix-neuf ans pour « extrémisme ». Figure centrale de la lutte anticorruption en Russie et adversaire déclaré de Vladimir Poutine, il avait déjà survécu à un précédent empoisonnement en 2020, avant d’être arrêté à son retour à Moscou en janvier 2021.
Sa veuve, Ioulia Navalnaïa, avait affirmé dès l’automne dernier que son mari avait été empoisonné. Elle estime aujourd’hui que les conclusions scientifiques viennent confirmer la thèse d’un assassinat. Les autorités russes, de leur côté, ont toujours rejeté toute implication dans sa mort.
Après son décès, le refus initial de remettre le corps à sa famille avait alimenté les soupçons de ses proches et de ses partisans, convaincus qu’il s’agissait d’un meurtre dissimulé. Moscou avait alors dénoncé des accusations infondées.
Cette nouvelle étape diplomatique risque de raviver les tensions entre la Russie et plusieurs capitales européennes, déjà profondément dégradées depuis le début de la guerre en Ukraine.


