Mayotte : Les vols de zébus en bande organisée étaient une manne pour les auteurs présumés

Une affaire tellement juteuse qu’elle s’est structurée entre une poignée d’individus devenus de véritables professionnels du braquage de maisons sur toute l’île mahoraise, c’est ce que les policiers et les gendarmes se sont employés, ces dernières années, à dépatouiller. Cependant, le nombre de personnes impliquées dans ce trafic de zébus a donné du fil à retordre aux autorités. Le dossier semble enfin être ficelé et les commanditaires, tout comme les petites mains, sont progressivement arrêtés dans leur besogne.
Mis en examen pour des vols en bande organisée et une association de malfaiteurs, les auteurs présumés risquent des peines de réclusion criminelle devant la cour d'assises. C'est le cas d'Ahmedi A. placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Mamoudzou le 27 juillet dernier. Tout a commencé en janvier 2017, lorsque les gendarmes sont intervenus chez des particuliers pour un vol avec effraction de matériel multimédia et d'un véhicule qui avait d'ailleurs servi aux malfaiteurs pour s'enfuir avec leur butin. Quelques jours plus tard, la voiture avait été retrouvée faussement immatriculée au centre de l'île. Des prélèvements ADN avaient permis d'identifier un individu très défavorablement connu de la justice et d'ouvrir une enquête.
Interpellé en mai 2018, le mis en cause, y compris pour d'autres faits, avait reconnu son implication, indiquant appartenir à une organisation qui sévissait sur toute l'île de Mayotte depuis 2014. Petit à petit, le même scénario s'est dessiné au sein d'une bande de malfrats dont certains procédaient au repérage de maisons particulières alors que d'autres s'y introduisaient en pleine nuit pour voler du matériel, de l'argent liquide, mais également des zébus. Ces derniers étaient revendus sur un marché qui s'est avéré être lucratif, les commissions versées aux voleurs étant indexées sur le poids et le type des animaux. De nombreux véhicules appartenant à des particuliers ont également été dérobés pour être revendus avec de fausses plaques d'immatriculation.
Les auditions des auteurs présumés ont permis aux investigations de progresser lentement, mais sûrement jusqu'à ce que toutes les procédures soient regroupées en une seule et aboutisse, sous commission rogatoire, à l'arrestation, la semaine dernière, de cinq personnes.
Ce mardi, Ahmedi A. faisait par l'intermédiaire de son avocate, Me Cooper, appel de son incarcération devant la chambre de l'instruction. La robe noire a plaidé le placement sous bracelet électronique avec assignation à résidence de son client en métropole où réside son épouse. "Les faits qu'il a reconnus remontent à 2016. Du bétail et une somme d'argent ont été saisis. Aucun risque que les faits incriminés se reproduisent", a assuré le conseil.
Le parquet général n'a pas partagé cette analyse de la situation. Emmanuelle Barre a rappelé que l'intéressé était un des commanditaires dont le frère, aussi inquiété dans cette affaire, exerce la profession de boucher. Hors de question que les deux hommes puissent se concerter, d'autant que d'autres arrestations ne devraient pas tarder. "Tous ont eu un sentiment d'impunité depuis sept ans alors que le préjudice est considérable et les gains alléchants", a taclé la magistrate invitant les juges de l'instruction à confirmer l'ordonnance d'incarcération d'Ahmedi A. qui sera fixé sur son sort demain dans la journée.


