Mayotte : la prison de Majicavo sous pression

En septembre 2024, une mutinerie embrase la prison de Majicavo, à Mayotte. Conséquence : le bâtiment pénitentiaire subit des dégâts. Après le passage de Chido, la situation empire. Aujourd'hui, ce centre pénitentiaire, unique à Mayotte, cumule les problématiques.
Alors que Gérald Darmanin fanfaronne en annonçant la construction d'une nouvelle prison de haute sécurité à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, à Mayotte, les agents pénitentiaires grincent des dents. Leur prison est à la limite de l'insalubrité.
Septembre 2024, le centre pénitentiaire est secoué par une tentative de mutinerie durant laquelle plusieurs agents pénitentiaires sont retenus en otage, requérant l'intervention du GIGN. À l'époque, Mouhamadi Houladi fait partie des agents pris à partie par les mutins. "Ils nous ont poursuivis avec des jets de galets. Je me suis retrouvé seul, ils m'ont ramené avec eux, agressé et dépouillé de mes effets professionnels", déplore le représentant FO-Justice à la prison de Majicavo.
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Mais Mouhamadi Houladi, qui depuis cet événement est l'un des deux agents à avoir repris le travail, explique que les mutins avaient "prévenu" qu'ils allaient passer à l'action. Les détenus du centre pénitentiaire déplorent les conditions de détention, tout comme le personnel pénitentiaire, qui constate que Majicavo est une "cocotte-minute prête à exploser".
Jusqu'à 6 détenus dans une cellule de 10 m²
Après la tentative de mutinerie, force est de constater qu'il y a eu de la casse au sein du centre de détention. Le passage de Chido en fin d'année 2024 n'a rien arrangé : beaucoup de pièces demeurent insalubres, une odeur de suie persiste dans l'air au sein de plusieurs bureaux pour les agents et, selon Mouhamadi Houladi, "la moitié des cellules du centre de détention des hommes nécessitent des travaux de rénovation", avise le syndicaliste.
Dans certaines cellules, les détenus s'entassent. Souvent à 4 : deux dorment dans un lit superposé, les deux autres sur un matelas jeté au sol. Et ça, c'est quand ils ne sont pas à 5, voire 6, dans une cellule de 9 à 10 m². Parfois, les toilettes ne sont pas fonctionnelles, et les détenus doivent faire leurs besoins dans une bassine, posée sur un lavabo, à tour de rôle.
Pire : depuis les émeutes, nombre d’équipements de sécurité nécessitent des réparations. Des réparations qui tardent à arriver, selon le syndicaliste, du fait d’un prestataire qui ne manifeste que peu d’empressement à s’acquitter de sa tâche.
S’ajoute à cela un chiffre inquiétant : Majicavo est l’une des prisons les plus surpeuplées de France. Sur 278 places que peut accueillir le bâtiment, on compte près de 620 détenus. Et malgré ce chiffre conséquent, les agents pénitentiaires sont en sous-effectif criant, ce qui ne s’arrange pas à cause des nombreux arrêts maladie qui touchent le personnel. Conséquence d’une charge de travail trop ample et de conditions dégradées.
Mais où est le second établissement pénitentiaire ?
Pour désengorger la surpopulation carcérale de Majicavo, le garde des Sceaux de l’époque, Éric Dupond-Moretti, avait annoncé en mars 2022 la sortie de terre d’un nouveau centre de détention sur l’île aux parfums. Or, en 2025, le constat est le suivant : aucun terrain n’a été trouvé pour accueillir l’établissement.
En effet, le dossier est en attente depuis trois ans. L’État et les collectivités se renvoient la balle quant à ce retard. Dans un tract distribué fin avril, FO Justice dénonçait cette situation : "L’Agence publique pour l’immobilier de la justice, pourtant attendue entre juin et décembre 2024 pour la visite de deux terrains, ne s’est jamais déplacée. Aucune explication n’a été fournie sur les raisons de cette absence. Aujourd’hui, l’inscription du futur établissement pénitentiaire dans un énième « projet de loi Mayotte » balaie d’un revers de main le travail préparatoire déjà accompli. FO Justice rappelle que les arbitrages ont été rendus et que le projet était budgété depuis 2023. Les agents n’attendent plus de promesses floues mais des annonces concrètes sur le choix du terrain."
En visite sur l’île aux parfums, le député de la 1ʳᵉ circonscription de La Réunion, Philippe Naillet, a pris connaissance de la situation en visité la prison de Majicavo fin avril. Constatant par lui-même l'état du centre pénitentiaire, il dénonce une situation étouffante, où personnels et détenus travaillent et vivent dans des conditions alarmantes.
C’est aussi pour signaler cette situation que l’ancien directeur de la prison de Majicavo, Nicolas Jauniaux, a décidé de démissionner, quelques semaines après la tentative de mutinerie.


