Marché du Chaudron: L'abattage illicite des volailles dans le collimateur de l'Etat

Hier matin, au marché forain du Chaudron, une "descente" des services vétérinaires a entraîné des tensions chez les vendeurs de volailles. Une visite de terrain dans le cadre de "l'opération alimentation vacances" menée par les services de l'Etat (services vétérinaires et alimentaires et répression des fraudes). Particulièrement ciblés, les vendeurs de volailles du marché du Chaudron ne respectant pas les dispositions réglementaires en matière d'abattage des volailles.
Une réglementation qui ne date pourtant pas d'hier, il s'agit d'un dispositif européen de 2004, appliqué en France par décret ministériel en 2008. En substance, le décret ministériel explique que "les animaux abattus doivent être étourdis, saignés, plumés, dépecés et éviscérés partiellement ou en totalité et réfrigérés immédiatement". Une pratique obligatoire qui n'est généralement pas respectée sur les marchés réunionnais. "Les gens sont habitués à ce genre de pratique. Si demain on ne peut plus les tuer sur place pour les clients, ils n'en achèteront plus", explique un forain, vendeur de volailles, souhaitant garder l'anonymat.
"Les conditions sanitaires ne sont pas bonnes"
De l'aveu même de ce forain, certaines dérives sont à déplorer sur le marché du Chaudron. "Sur place, certains tuent environ une quinzaine de poulets à la suite. Les conditions sanitaires ne sont pas bonnes. Au lieu de mettre les poulets tués dans des sachets, ils les laissent à l'air libre. Résultat, les mouches viennent dessus. Pis, certains qui ne vendent pas les poulets tués dans la journée, les ramènent chez eux pour les mettre au frais. Après, ils les revendent. Au-delà de la dangerosité pour la santé, certains clients se plaignent car le poulet acheté sent mauvais", poursuit-il. Des pratiques totalement interdites. Selon lui, certains vendeurs n'hésiteraient pas à vendre des poulets "grippés". "Ça se voit souvent au niveau des yeux, mais aussi de la tête qui est enflée", explique-t-il.
Mais alors pourquoi cette "tradition" perdure sur les marchés ? "Aujourd'hui, beaucoup de personnes ne vivent plus dans des cases. Ils ne peuvent plus tuer leur poulet dans la cour. Dans la cuisine de l'appartement, c'est trop compliqué. Après, certains n'aiment pas la vue du sang. Et tuer un poulet est trop compliqué", souligne le forain. Résultat, les clients passent chez le vendeur de volailles, demandent à ce que le poulet soit tué, déplumé et éviscéré. "Ils font leur course et après ils reviennent chercher leur poulet", précise-t-il. Bien conscient du problème, le forain réclame plus "d'hygiène". "Il faut prendre le temps de faire les choses biens. Il faut des locaux adaptés pour l'abattage des poulets au marché", souligne-t-il.
En attendant, les vendeurs de volailles qui ne respecteraient pas les dispositions liées à "l'abattage des animaux élevés ou détenus pour la production de viande" risquent d'être poursuivis devant le tribunal correctionnel. Ils encourent jusqu'à six mois d'emprisonnement et 7.500 euros d'amende.


