Marché automobile : à La Réunion, les ventes plongent et l’électrique déraille

Les immatriculations de véhicules neufs reculent de plus de 10 % en novembre. Les ventes d’électriques s’effondrent, les thermiques reprennent du terrain, et les concessionnaires tirent la sonnette d’alarme. Pour Philippe-Alexandre Rebboah, président du SICR, cette crise est le reflet d’un modèle économique déséquilibré et d’une transition énergétique mal adaptée aux réalités de l’île.
Le mois de novembre a confirmé la tendance : le marché automobile réunionnais traverse une zone de fortes turbulences. D’après les chiffres publiés par le Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR), les immatriculations de voitures particulières et utilitaires légers ont chuté de 10,52 % sur un an. Sur les onze premiers mois de 2025, la baisse cumulée atteint –0,38 %, illustrant un marché en perte d’élan après un léger redressement en 2024.
Lire aussi : Marché automobile réunionnais : vers une année aussi mauvaise que 2009 ?
Mais au-delà de la baisse globale, c’est la structure du marché qui se transforme. En novembre, 1 505 véhicules ont été immatriculés, contre 1 232 un an plus tôt, un volume légèrement supérieur mais très différemment réparti. Les motorisations thermiques (essence et diesel), longtemps délaissées, reprennent fortement la main : leur part de marché bondit de 26,3 % à 39,7 % en un an. À l’inverse, les hybrides classiques (HEV), qui dominaient le marché, reculent de 54 % à 47,6 %, tandis que les électriques (EV) plongent de 15,7 % à 9,4 %. Sur les onze premiers mois, les ventes d’électriques atteignent 2 193 immatriculations, contre 2 626 en 2024, soit une baisse de –16,5 %.
Le haut de gamme électrique s'effondre
Le segment premium, baromètre de la santé économique du marché haut de gamme, s’effondre encore plus violemment. Les immatriculations de véhicules électriques y chutent de 47,4 % en novembre, et la contraction s’étend à l’ensemble des modèles : à fin novembre, le segment totalise 1 729 véhicules, contre 1 808 sur la même période l’an passé. BMW, Audi, Mercedes et Tesla reculent tous, tandis que les marques hybrides non rechargeables progressent légèrement, confirmant la recomposition d’un marché tiré par la prudence et le pragmatisme des ménages.
« Nos territoires ne sont pas prêts à cette transition forcée », estime Philippe-Alexandre Rebboah, président du SICR et dirigeant du groupe Leal Réunion. Pour lui, les ventes en berne sont le symptôme d’une politique nationale déconnectée des réalités ultramarines. « On veut faire rouler La Réunion à l’électrique comme la métropole, mais ici, on n’a ni le nucléaire, ni les bornes, ni la filière de recyclage des batteries. Il faut arrêter d’appliquer des modèles sans tenir compte des spécificités locales », plaide-t-il.
Le constat est implacable : seules 534 bornes publiques sont aujourd’hui en service pour près de 900 000 habitants. Conséquence : la voiture électrique, censée incarner la transition verte, est devenue un produit d’inquiétude plus que d’attraction.
« Les Réunionnais n’ont nulle part pour recharger, et les véhicules électriques d’occasion ne trouvent plus preneur. On fait machine arrière : ceux qui roulaient en électrique repassent au thermique », constate le président du SICR. « Les voitures n’ont jamais été aussi chères à La Réunion. Entre le malus CO₂ pouvant atteindre 70 000 euros, l’octroi de mer jusqu’à 36,5 %, la TVA à 8,5 % et la taxe sur les cartes grises, les ménages sont à bout. Et quand le pouvoir d’achat s’effrite, c’est tout le marché qui s’enraye », explique Philippe-Alexandre Rebboah.
À l’approche de la fin de l’année, les concessionnaires espèrent un léger rebond grâce aux opérations commerciales de décembre. Mais sauf surprise, « 2025 s’annonce comme une année noire » pour la filière automobile réunionnaise, rattrapée par la fragilité de son modèle et le manque de vision globale pour accompagner sa mutation.


