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Malgré le flou gouvernemental, la Région vote un budget primitif à 1,038 milliard d'euros

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 12 décembre 2024 à 18H03

Alors que certaines collectivités de l'Hexagone ont choisi de repousser le vote de leur budget primitif 2025 en raison des incertitudes liées à l'absence de gouvernement, la Région Réunion a décidé de voter le sien, en se préparant à des décision modificatives.

Signe des temps, c'est par une motion sur la vie chère du groupe Objectif Réunion de Jean-Jacques Morel que l'assemblée plénière de ce jeudi 12 décembre a débuté. L'opposant du RN s'est prononcé en faveur de « l'affichage du taux et du montant d’octroi de mer sur les prix » et pour une « majoration des amendes pour les grands groupes qui refusent de communiquer leurs comptes ».

Huguette Bello a fait savoir qu'elle y était favorable, tout en laissant entendre que la Région avait déjà étudié ces mesures et qu'elles se révélaient « très compliquées à mettre en place ». Le groupe majoritaire a pour sa part lu une motion, par la voix de l'élue en charge de la santé Laëtitia Lebreton, sur le risque chikungunya, évoquant des négociations en cours en l'ARS et un laboratoire pour l'achat de vaccins à 150 euros la dose.

Mais le gros morceau de l'ordre du jour était constitué par le vote du budget primitif 2025, dans un contexte de crise globale à l'échelle planétaire que n'a pas manqué de rappeler le 1er vice-président Patrick Lebreton. Ce dernier a insisté sur la guerre économique que se livrent la Chine et les États-Unis, sur « la guerre Ukraine-Russie qui prend une tournure mondiale », sur la croissance négative de l'Allemagne et sur la situation trouble de la France « qui n'a ni premier ministre, ni gouvernement, ni budget ».

Malgré l'absence de visibilité sur les dotations de l’État, la Région a présenté un budget principal de 1.038.052.000 euros avec, selon Patrick Lebreton, « des charges de fonctionnement contenues à 468 millions d'euros » malgré une hausse de celles-ci de +5 %. La capacité de désendettement est maintenue sous la barre des 9 années.

« Je ne vois pas de mesure forte pour soutenir les entreprises »

« Une attention particulière doit être faite aux dépenses du personnel, mais les reproches faits par les élites parisiennes sont difficilement acceptables », estime Patrick Lebreton, en prenant l'exemple d'une hausse du point d'indice imposée à la collectivité. Et en pointant « la recentralisation rampante voulue par l’État qui réduit le champ d'action des collectivités, avec un taux d’autonomie fiscale de 9 % ».

En 2025, les recettes fiscales représenteront 488 millions d'euros, soit 49% des recettes totales. La Région consacrera 131 millions d'investissement aux travaux de la NRL et aura la gestion de 210 millions de fonds européens. Les travaux de requalification de la RN2 à Saint-Benoît seront lancés et le réseau Car Jaune, qui ambitionne de proposer un « haut niveau de service », sera doté en janvier 2026 de « 83 bus neufs », tandis que l'objectif d'équiper l'île d'un réseau ferré demeure affiché.

« Nous avons fait le choix de maintenir la date de vote de notre budget, afin de sécuriser nos interventions dans notre territoire. Nous souhaitons modifier certains taux d’octroi de mer dans le sens de l’équité sociale, les instances auront à se prononcer très prochainement sur ces propositions », avance pour sa part la présidente Huguette Bello.

Pour l'opposition, Jean-Jacques Morel a raillé « le dispositif FAIRE, un instrument financier qui consiste à faciliter l’accès au crédit bancaire à taux réduit pour les PME, alors que les entreprises sont déjà endettées. »

« L’économie se porte très mal, avec 1.100.000 tonnes de cannes à récolter alors qu’il y a une dizaine d‘années, l’objectif était de 2 millions de tonnes, avec en prime une richesse en baisse. Les artisans, les commerçants et tous ceux qui sont à leur compte souffrent déjà. On voit que les dépôts de bilans se multiplient. Je ne vois pas de mesure forte pour soutenir les entreprises », a contesté Jean-Jacques Morel, favorable à « un outil de soutien sous forme de subvention ».

Pas de quoi troubler le flegme de Patrick Lebreton, qui assure que le FAIRE (fonds d'aide régional aux entreprises) pourrait permettre d'injecter 100 millions d'euros dans l'économie locale, grâce au levier des trois banques partenaires.

« C’est assez étonnant, venant de votre camp politique, d’entendre dire qu’il faudrait aller sur le levier des subventions. Avant un mandat, on fait une campagne où on essaie de rencontrer un certain nombre d’acteurs économiques. Nous l'avons fait, et ils n’ont pas manqué de nous dire qu’ils ne demandaient pas de subvention. Ils disent : On ne veut pas être assisté, on vous demande de nous accorder des avances, des prêts avec un partage de risques avec les banques », a rétorqué le 1er vice-président de la Région.

Le budget primitif a été voté à l'unanimité, seuls Michel Vergoz, Jean-Jacques Morel et Patricia Locame (procuration à Jean-Jacques Morel) s'étant abstenus.

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