Maire-adjoint, pour quelle mission?

Prévoir les nouvelles donnes politiques qui sortiront des municipales est difficile. Mais, comme il n'est pas possible de changer de peuple, que la porte soit ouverte à de nouveaux rapports de force entre les différents partis ou que les évolutions pressenties soient in fine reportées aux régionales de 2015, il serait bon que les prochains maires s’attellent à mieux construire l'opinion des citoyens en déployant en première ligne leurs adjoints. Pour un travail à la hauteur des indemnités que ces derniers reçoivent !
Il y a un déficit d'explication et de formation en direction de l'opinion sur la plupart des grands sujets, sur le sens à donner à la gestion du bien commun, que la campagne électorale ne vient malheureusement pas combler. Le développement n'est pas une affaire de technocrates. En effet, comment promettre de construire un nombre précis de logements sociaux par an sans un travail d'explication sur la politique foncière et la marge de manœuvre financière de la commune ? Parler de tourisme à la Réunion sans indiquer la part de responsabilité des offices intercommunaux ? De la politique associative et de la gestion des contrats aidés sans amener suffisamment d'information sur les contrôles effectués. Et de la légitimité des élus communautaires, sans que ces derniers ne rendent publiquement compte de l'utilisation de l'argent public ?
Tout cela explique pour une bonne part que la Réunion se retrouve dans un climat où domine un populisme des plus simplistes, où la tactique des élus vide la stratégie de leur parti, décrédibilise leur projet et amplifie le mouvement des transfuges dans tous les sens. Et, pour ne rien arranger, ceux qui tentent de se glisser dans la peau de mutants ne voient même pas l'importance à parler de révision de leur corpus idéologique.
Dans bien des domaines, la gestion courante est décalée par rapport à la population, comme s'il est acquis que les activités dans ces sphères doivent échapper à la compréhension de la base. Tous les gens sont capables, à des niveaux différents, d'apprécier de la musique sans pour autant qu'ils sachent déchiffrer une partition, alors, pour peu qu'ils aient des éléments, ils peuvent donner une opinion sur le fond des dossiers. Et pourtant, de bonnes intentions sont avancées dans la campagne : mise en avant de la proximité, refus du classique marchandage avec les uns et les autres, nouvelle gouvernance, refondation de la démocratie participative, etc. Mais c'est toujours un petit noyau de fidèles autour du maire qui règle tout. Alors, s'il n'est plus temps de présenter une autre image avant le scrutin, des engagements peuvent encore être pris par les candidats, pour donner un contenu à la mission des maire-adjoints délégués : entretenir régulièrement l'opinion sur les étapes des politiques à venir, dans les médias et dans les conseils de quartier.
Que les maires-adjoints sortent de leurs bureaux pour aller vers la population ! Ils se doivent de recueillir les remontées du terrain, et y retourner pour éprouver les réactions à la présentation d'une première synthèse. Communiquer avec l'opinion pour préparer un projet ne doit pas être du seul ressort du maire, qui ne peut pas être partout, et qui généralement le fait quand tout est joué. Ce travail régulier d'explication est un investissement, parce que rien n'est simple, que tout est lié, et qu'il importe que les citoyens aient une idée claire des enjeux. Les « je vous écoute » et « je vous ai compris » ne doivent pas s'arrêter à la fin de la campagne.
Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul


