Madame Bello : Stop au pistonnage !

Madame Bello, j'ai obtenu mon concours d'enseignante cette année.
J'ai passé ce concours par conviction, par passion. Parce que je crois à la transmission des savoirs et que je rêve de pouvoir contribuer à l'épanouissement de la jeunesse de mon île.
J'ai participé à différents débats sur les mutations des enseignants. J'ai été soulagée de voir, qu'avec mes collègues, il était possible de faire évoluer un système qui nous pénalise, nous, Réunionnais. Nous ne nous battrons pas pour que deux ou trois personnes restent à La Réunion, non. Nous nous battrons pour que des postes vacants dans notre île, où nous avons enseigné plusieurs années en tant que contractuels, ne restent pas sans candidat. Nous nous battrons pour que les critères d'affectation cessent de bouger sans arrêt. Nous nous battrons pour la transparence sur les chiffres.
Hier, Madame Bello, vous avez convoqué les enseignants, leur demandant de vous rencontrer dossier sous le bras pour étudier des cas particuliers.
Mais je ne suis pas mariée, pas enceinte et n'ai pas encore eu la chance de pouvoir me construire une maison. Je ne ferai donc pas partie des dossiers que vous irez défendre au rectorat prochainement. Je serai condamnée à aller enseigner plusieurs années à Créteil, académie que même les enseignants de métropole redoutent, alors que des postes dans ma spécialité sont disponibles chez moi, sur mon île.
Madame Bello, en adoptant et en revendiquant cette politique de "pistonnage", vous réduisez à néant nos chances d'être entendus et de faire évoluer le système. Nous devons déjà agir discrètement, de peur des sanctions de nos supérieurs. Votre démarche ne fait qu'asphyxier notre volonté de faire bouger les choses. Je suis attristée de voir que vous, politiques, revendiquez sans états d'âme le cas par cas. Si vous, qui nous gouvernez et créez les lois, agissez comme tel, c'est toute La Réunion qui une fois encore est tirée vers le bas. On met le créole à terre, on ne monte pas le niveau, on laisse la population dans l'ignorance et la crédulité pour mieux asseoir son pouvoir, c'est une honte Madame Bello.
Vanessa, Réunionnaise, enseignante, future exilée


