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Madagascar Résistance : La Françafrique est-elle en fin de vie ?

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 15 décembre 2010 à 14H03

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Pouvons-nous nous réjouir dans la perspective d’une mort prochaine de ce sinistre réseau, responsable en grande partie de l’instabilité politique et de la pauvreté chroniques dont souffre depuis cinquante ans l’Afrique francophone ? Certains signes tendraient à accréditer cette affirmation.

Premier signe :
en mai 2009 la plainte de trois associations pour détournements de fonds publics contre des chefs d’Etat africain est déclarée recevable par la doyenne des juges d’instruction de Paris.
Sous le titre "Les détrousseurs de la Françafrique", un article du Nouvel Observateur (n°2405 du 9 au 15 décembre 2010) traite de ces détournements de fonds qui se chiffrent en milliards de dollars et dont les auteurs ont été jusqu’ici protégés par l’ancienne puissance coloniale. La bonne nouvelle est que, selon le Nouvel Observateur, "L’affaire des biens mal acquis va enfin être portée devant la justice (française). Une victoire de haute lutte pour les associations (Sherpa, Survie, Fédération des Congolais de la Diaspora) qui dénoncent depuis trois ans l’immense patrimoine des chefs d’Etat africains sur le sol français".

Deuxième signe : la diffusion sur une chaîne publique française des deux films composant le documentaire réalisé par Patrick Benquet et intitulé "La Françafrique". Nous ne saurions trop recommander l’achat de ces films qui sont déjà disponibles à la vente et, ainsi que nous le recommandions dans notre Lettre n°40, d’en faire connaîtr e le contenu auprès de ceux qui ne peuvent les acquérir. Le Nouvel Observateur le qualifie de "documentaire choc".

La réalisation d’un tel documentaire aurait été impossible il y a quelques années, sans parler de sa diffusion sur une chaîne publique. Le Canard enchaîné (n°4702 du 8 décembre 2010) a également consacré un article à ce documentaire. Sous le titre "Chère Afrique", le journal satirique en relate quelques passages. Nous reproduisons ci-dessous en encadré, notamment pour nos lecteurs de Madagascar qui n’auront pas la possibilité de visionner le film, quelques extraits de cet article.

Avant ces deux films de Patrick Benquet, d’autres documentaires, dont notamment celui consacré à Jacques Foccart et celui portant sur Bob Denard, diffusés eux aussi sur des chaînes françaises, confortaient l’idée que l’omerta sur les acteurs et les activités de la Françafrique commençait peut-être à se fissurer. Mais ces documentaires présentaient presque ces deux sulfureux personnages comme des héros, à la manière de certains films policiers qui rendent les mafiosi sympathiques, en mettant en exergue leur côté "aventurier" et leurs "succès", et en reléguant au second plan les conséquences de leurs crimes sur des millions de victimes. Toutefois, à travers les lignes, apparaissaient bien les raisons pour lesquelles l’Afrique francophone se trouve dans son état actuel cinquante ans après les espoirs suscités par le retour des indépendances. Etat que l’opinion publique française considère avec commisération et un certain mépris comme étant inhérent à la qualité d’Africains, parce que comme le dit le Canard enchaîné, on lui a caché la réalité de cette politique africaine.

Derniers soubresauts, vraiment ?

Le Canard enchaîné est trop optimiste. Après deux décennies de relatifs progrès de la démocratie, l’Afrique francophone est aujourd’hui plus que jamais la proie de coups d’Etat qui ruinent les acquis démocratiques et les espoirs de développement. Les réseaux de la Françafrique, selon les enquêtes menées par l’association Survie, seraient même plus difficiles à cerner et à combattre, n’étant plus rassemblés sous un contrôle unique comme du temps de Foccart, mais s’étant subdivisés en plusieurs ramifications. La différence de traitement entre le cas actuel de la Côte d’Ivoire et celui de Madagascar démontre la capacité de la France à peser dans les décisions internationales en matière de sanctions :
presque deux années après le coup d’Etat à Madagascar, et en dépit de la condamnation unanime de la communauté internationale, seule l’Union Africaine a appliqué le gel des avoirs et le refus de visa à l’encontre des auteurs du coup d’Etat et de ceux qui les soutiennent. On crie au scandale (et cela en est un) devant les agissements de la Haute Cour Constitutionnelle ivoirienne à la solde de Gbagbo, mais des élus français en service commandé se font les défenseurs zélés d’un référendum constitutionnel manipulé de bout en bout par les putschistes malgaches. (Voir nos Lettres n°36 et 39). Outre les sanctions financières globales d’usage, les sanctions individuelles sont tombées immédiatement sur Gbagbo et les membres de son gouvernement sous forme de gel de leurs avoirs en Europe et aux Etats-Unis, mais les
putschistes malgaches ainsi que leurs conseillers et hommes de main circulent librement en Europe et en Amérique du Nord. Leurs avoirs n’ont pas été gelés et ils ont eu largement le temps de mettre leurs biens mal acquis à l’abri dans des pays amis comme la France ou dans des paradis fiscaux. Non, il ne faut pas se réjouir trop tôt : la bête n’est pas encore agonisante. Elle risque même de reprendre des forces dans le contexte actuel de ruée vers le pétrole et l’uranium.
Il nous faut plus que jamais préparer de nouvelles armes dissuasives. Parmi elles, la criminalisation des coups d’Etat serait parmi les plus efficaces. (Voir notre Lettre n°24).

Faisons en sorte que ceux qui ont confisqué par la force des armes la liberté de leur peuple et les richesses de leur pays puissent un jour être traduits en justice, sans possibilité de prescription des actes commis.
Pour que la Françafrique meure, il ne faut pas que les dictateurs vieillissent en paix.

Les Inconditionnels de Madagascar,
À l’Ile de la Réunion

 

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