Madagascar : Rajoelina dénonce une "tentative de prise illégale du pouvoir", son nom n’apparait pas sur la liste des passagers qui ont fui vers Maurice

Alors que la situation reste confuse à Antananarivo après la mutinerie d’une unité de l’armée, la présidence malgache a dénoncé dimanche une “tentative de prise du pouvoir illégale et par la force”. Des rumeurs évoquant la fuite du président vers Maurice ont été démenties, des images de liste des passagers du jet privé confirment qu’il ne se trouvait pas à bord.
Dans un communiqué diffusé dimanche 12 octobre, le président Andry Rajoelina a affirmé qu’une « tentative de prise du pouvoir illégale et par la force » était en cours dans le pays.
« La présidence de la République souhaite informer la nation et la communauté internationale qu'une tentative de prise du pouvoir illégale et par la force, contraire à la Constitution et aux principes démocratiques, est actuellement en cours sur le territoire national », indique le texte, publié sur la page Facebook de la présidence.
"Face à cette situation d’une extrême gravité, le Président de la République, garant de l’unité nationale, condamne avec la plus grande fermeté cette tentative de déstabilisation et appelle l’ensemble des forces vives de la Nation à faire bloc pour défendre l’ordre constitutionnel et la souveraineté nationale", poursuit le communiqué. Il "réaffirme que le dialogue est la seule voie et issue dans la résolution de cette crise que traverse actuellement le pays. Il déclare que tout acte de détérioration des biens publics entrave l’intérêt supérieur de la Nation".
Cette déclaration intervient après le ralliement, la veille, d’une partie de l’armée — notamment le CAPSAT, Corps d’administration des personnes et des services de l’armée de terre — aux manifestants qui réclament le départ du chef de l’État.

Rajoelina n’était pas à bord du jet privé
Samedi soir, la confusion s’est intensifiée après la détection, via Flightradar, d’un jet privé sans plan de vol ayant quitté Madagascar et qui a atteri à Maurice après avoir apparemment en vain tenté d'atterir à La Réunion.. Plusieurs observateurs avaient alors évoqué une possible fuite du président malgache.
Mais dès la soirée, la présidence a publié un communiqué pour démentir catégoriquement ces rumeurs, affirmant que Rajoelina se trouve toujours sur le territoire national et qu’il "continue d’assurer la direction des affaires du pays » aux côtés du Premier ministre".
Les spéculations ont été encore affaiblies ce dimanche par la diffusion d’une capture d’écran de la liste des passagers du jet ayant atteri à Maurice.
Selon ces informations, le président ne figurait pas à bord. Le document mentionne sept passagers, dont l’ancien Premier ministre Christian Ntsay, l’homme d’affaires Maminiaina (Mamy) Ravatomanga, propriétaire du groupe Sodiat et proche du pouvoir, son épouse Haingo Ravatomanga, et leurs enfants.
Le jet appartiendrait à Mamy Ravatomanga, et non à l’État malgache. L’appareil a bien atterri à Port-Louis samedi soir, mais aucune autorité mauricienne n’a confirmé la présence de responsables politiques en fuite.
Dans un communiqué, la Génération Z Malagasy Maurice demande au gouvernement l'arrestation et l'extradition des passagers. L’appareil, parti d’Antananarivo, se serait vu refuser l’autorisation d’atterrir par les autorités françaises de La Réunion, selon la diaspora malgache à Maurice.
Une capitale sous tension
La veille, des échanges de tirs avaient éclaté à Antananarivo entre des soldats du CAPSAT et des unités restées fidèles au pouvoir, faisant plusieurs blessés et un mort dans les rangs militaires, selon Jeune Afrique et France 24.
Les mutins ont pris position sur la place du 13-Mai, haut lieu de contestation politique à Madagascar, où ils ont été rejoints par des milliers de manifestants.
Le ministre des Armées, Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo, a appelé les troupes à la retenue, tandis que le chef d’état-major, le général Jocelyn Rakotoson, a exhorté toutes les forces « à privilégier le dialogue ».
Vols suspendus et vigilance renforcée
Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs liaisons avec Madagascar.
Ethiopian Airlines et Air Austral ont reporté plusieurs vols, tandis qu’Air France a annulé ses dessertes des 12 et 13 octobre.
L’aéroport international d’Antananarivo demeure ouvert, a indiqué Ravinala Airports, mais la situation reste « évolutive ».
L’ambassade de France a renouvelé ses consignes de prudence : elle recommande d’éviter tout déplacement, de rester à son domicile ou lieu d’hébergement et de se tenir informé via les canaux officiels (site, page Facebook, et fil Ariane).
Des couvre-feux sont maintenus dans plusieurs quartiers de la capitale.
Une crise à plusieurs dimensions
Ce nouvel épisode illustre la fragilité politique de Madagascar, plongée dans une crise sociale et institutionnelle depuis fin septembre.
Le mouvement Gen Z Madagascar, né de la colère contre les coupures d’eau et d’électricité, s’est transformé en contestation ouverte du régime.
Malgré la nomination d’un Premier ministre militaire et le remaniement du gouvernement, la mobilisation ne faiblit pas et les prochaines heures pourraient se révéler décisives.


