M. Le Président, vous devriez dire...

Les interpellations dans le cadre de la visite du président de la République devraient s'agencer autour d'une symétrie : dans un sens, celles de la classe politique et des citoyens pour que les dossiers en attente soient pris en compte par l'État ; à l'inverse, celles de François Hollande en direction des décideurs réunionnais pour que la société en général puisse mesurer si les problématiques ont bien été posées. Le but est de construire un équilibre entre une démocratie représentative qui tend vers ses limites et une démocratie d'opinion dont les bases demeurent insaisissables.
En préalable, le président devrait rappeler une évidence : l'argent de l'État, c'est l'argent des citoyens eux-mêmes, par les impôts et les diverses taxes qu'ils payent, et, par conséquent, à ressource constante en cette période de croissance très faible, donner davantage de moyens à un secteur, revient à en retirer à un autre. C'est là que se situe la vraie responsabilité politique qui fait que l'avenir n'est jamais perdu de vue.
Dans la filière canne-sucre-rhum, le Président devrait montrer que la balle n'est pas seulement dans le camp de l'État. La rentabilité sociale pousse à une augmentation des aides, et donne surtout du champ à une pression des usiniers pour au minimum maintenir leurs bénéfices. Elle est aussi dépendante de la production qui est au-dessous de la barre de rentabilité des usines, fixée à deux millions de tonnes de canne. C'est par une évaluation régulière et publique des politiques foncières et d'irrigation, voire de la condition des planteurs sur les terres irriguées qui ne sont pas encore propriétaires de leurs exploitations alors que beaucoup d'argent public en matière d'aménagement y a été investi, que le pays pourra sentir l'avenir cette filière. Le Président devrait encourager les acteurs et décideurs locaux à s'y atteler. Ce serait du même coup entrevoir les intentions à long terme des sucriers et aussi constituer la base d'une préparation à la fin de cette filière ! Cette procédure de responsabilisation locale vaut aussi dans le domaine du logement social où la question financière donne la main à la question foncière, et permet d'éclairer le jeu du privé toujours prompt à faire de l'entrisme dans les opérations publiques.
En ce qui concerne la régionalisation des emplois à gestion nationale, comme la Réunion n'est pas un espace fermé par rapport aux autres régions françaises, la petite marge de manœuvre est de savoir comment mieux caler dans des organismes paritaires une spécificité par rapport au principe d'unité et d'égalité dans la République. Ou alors le Président devrait poser la question : Faut-il aller à une prise en compte totale de l'éducation à la Réunion par une collectivité régionale ?
Dans le même registre, de spécificité dans un ensemble, de la bonne utilisation de l'argent public et dans un contexte où il n'y a pas de petites économies, le Président devrait avoir le courage de tenir un discours aux élus sous le regard des citoyens : Et si les indemnités des élus étaient divisées par deux... Idem pour les apparatchiks qui brassent beaucoup d'air dans les cabinets ou secrétariats politiques ! La 2e moitié pourrait aller à un fonds d'aide aux initiatives citoyennes dans les régions, un fonds bien entendu géré en transparence et en toute indépendance par rapport aux pouvoirs locaux. Un assainissement de ce côté-là, M. le Président, améliorerait cette intercommunalité qui doit prendre de plus en plus d'importance dans votre réforme territoriale, et permettrait de rehausser la démocratie locale.
M. Le Président, vous êtes un vrai partisan de la réforme, un chemin qui demande beaucoup de courage. Mais à persister dans un rôle de tacticien de la politique, fût-il très habile, vous ne resterez pas dans l'Histoire.
Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul


