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L'Université de La Réunion dans le collimateur de la Cour des comptes

Les chambres régionales des comptes de La Réunion et de Mayotte ont participé à une enquête menée avec la Cour des comptes et d’autres chambres régionales ou territoriales d’outre-mer sur l’enseignement supérieur et la recherche, notamment un volet sur la situation de l'Université de La Réunion. Gouvernance chaotique, finances précaires, absence de stratégie claire : l’établissement est en difficulté.
Ecrit par Julien Delarue – le mardi 12 novembre 2024 à 18H58

L’Université de La Réunion (UR), pourtant centrale pour l’enseignement supérieur dans l’océan Indien, est au cœur d’une critique plus qu'acerbe de la Cour des comptes. Dans son rapport thématique publié ce jour, l’institution financière pointe une situation délicate. Entre une gouvernance qualifiée de « défaillante », une gestion financière hasardeuse et une coordination des acteurs quasi inexistante, l’UR fait face à la crise.

Erreurs de gestion

Le rapport est sans détour : « La gouvernance de l’Université de La Réunion a connu des difficultés majeures ayant abouti, en 2023, à la suspension du président et, en mars 2024, à la mise en place d’une administration provisoire. » Une décision pour le moins exceptionnelle qui illustre l’ampleur des tensions internes. L’équipe présidentielle, selon la Cour, a multiplié les erreurs de gestion, exacerbées par une centralisation excessive des pouvoirs et un dialogue social quasiment inexistant.

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Sur ce dernier point, la Cour des comptes est sans ambiguïté et montre que les organisations syndicales représentatives soulignent que le dialogue social est insuffisant. Les instances consultatives paritaires, censées favoriser la concertation, ne fonctionnent pas. Les syndicats dénoncent un manque de transparence et l’absence de documents préparatoires pour les réunions.

Ces dysfonctionnements, loin d’être isolés, traduisent un climat de méfiance généralisée entre la direction et les personnels. Dans ce contexte, les décisions stratégiques peinent à s’imposer, freinant notamment les réformes nécessaires pour améliorer la situation financière de l’établissement. La polarisation des relations sociales, combinée à une organisation administrative confuse, contribue également à un malaise parmi les agents.

 

Des avantages à certains personnels qui ne sont pas en règles

 

La Cour relève par exemple que certains personnels bénéficient de dispositifs comme la nouvelle bonification indiciaire (NBI) ou de logements de fonction sans que ces avantages soient conformes aux règles en vigueur. Des pratiques qui nourrissent un sentiment d’injustice au sein des équipes minant davantage la cohésion interne. Résultat ? Les relations entre l’équipe présidentielle et certaines composantes sont en partie conflictuelles pour la Cour citant un manque de transparence dans l’allocation des moyens.

Parmi les dysfonctionnements, la Cour évoque aussi un organigramme confus, des missions administratives mal définies et un pilotage des ressources humaines déficient au sein de l'Université. « Le contrôle des règles relatives au cumul d’activité est partiel, en méconnaissance du code général de la fonction publique », peut-on lire. Même les dispositifs de déontologie sont jugés insuffisants, avec des « situations à risque » non encadrées. Pour la Cour des comptes, la « prévention des manquements aux règles déontologiques est insuffisante et de nombreuses situations à risque ont été constatées. À l’exception d’une charte de déontologie et d’éthique adoptée en 2022, l’UR n’a mis en place aucun mécanisme de prévention des atteintes à la probité pourtant obligatoire pour assurer le respect des règles en vigueur et la diffusion des bonnes pratiques. »

 

Une situation financière très dégradée... mais des surclassements en avion autorisés

 

Les finances de l'Université sont tout aussi préoccupantes. Avec un déficit de 4,65 millions d’euros en 2023 et une trésorerie critique (6,65 millions d’euros en 2023 contre 16,8 millions d'euros en 2018), l’UR navigue à vue. La Cour insiste : « La gestion budgétaire est dépourvue de stratégie pluriannuelle et repose sur des allocations de moyens peu lisibles. » Pis, si l'on se penche sur certains détails, on apprend, au hasard du rapport, que certains frais de mission ou avantages ont été revus à la hausse sans réellement de justification. « C’est le cas des frais de mission, dont la délibération du conseil d'administration du 4 juillet 2023 prévoit une augmentation des barèmes des forfaits de nuitée (200 euros pour Paris, 150 euros dans les grandes villes de province et 180 euros pour les personnes extérieures en mission à La Réunion), auxquels s’ajoutent les deux repas quotidiens et un « forfait transport » de 20 euros. En outre, il est admis la possibilité de surclassement sur les transports aériens pour les agents d’encadrement supérieur. » Pour la Cour des comptes, ce régime généreux, adopté « dans une période de restriction budgétaire, interroge. » Par ailleurs, les dépenses de communication se concentrent sur des évènements d’ampleur comme en atteste la célébration des 40 ans de l’UR, dont le coût s’est élevé à au moins 350.000 euros...

Les dépenses, notamment immobilières, sont également pointées du doigt. Bien que le patrimoine de l'Université soit globalement en bon état, les coûts d’entretien explosent. La Cour recommande un « plan de retour à l’équilibre financier » et une clarification des financements dans le prochain contrat de convergence et de transformation (2024-2027).

 

Des résultats prometteurs mais un potentiel de recherche bridé

 

Malgré la présence d’organismes prestigieux comme le CNRS ou l’IRD, la dynamique de recherche est freinée par une fragmentation des moyens et des stratégies. La Cour déplore l’absence d’une politique de site capable de fédérer les acteurs. « Structurées autour de fédérations et bénéficiant de plateformes d’excellence, les unités de recherche sont fragmentées et bénéficient de moyens dispersés », souligne le rapport.

Les résultats scientifiques restent toutefois prometteurs : l’UR figure dans le classement de Shanghai pour les sciences atmosphériques et revendique 2.189 publications entre 2015 et 2021. Mais ce succès est menacé par des financements insuffisants et une gestion administrative fragile.

 

Les étudiants, premières victimes

 

Pour les 25.000 étudiants de l’île, les difficultés de l’UR se traduisent par des conditions d’études précaires. Le logement est une problématique centrale, avec seulement 1.334 places disponibles pour 15.343 boursiers. « Le taux de couverture est de 8,7 %, contre 26 % dans l’Hexagone », rappelle la Cour. Les aides financières locales, bien qu’indispensables, peinent à compenser ce manque.

 

Quelles perspectives ?

 

La mise en œuvre du schéma régional de l’enseignement supérieur et de la recherche (SRESRI) pourrait amorcer un redressement. Ce document stratégique, attendu fin 2024, doit permettre une meilleure coordination entre acteurs. Au delà, la Cour des comptes dans ses recommandations indique que dans ce contexte, ni le rectorat ni le ministère ne sont parvenus à endiguer la détérioration de la situation, aussi bien financière que managériale, malgré plusieurs alertes survenues dès 2019. Mais la Cour insiste : sans réforme structurelle profonde et sans une mobilisation collective, l’UR risque de s’enliser davantage.

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