Lorsque les langues régionales servent d'arguments électoralistes
Aucune image à la une trouvée pour cet article.
Le tribunal administratif de Montpellier a jugé le 12 octobre dernier l'affichage du nom d'un village en occitan, parallèlement (en-dessous) à son nom français, comme non conforme. Il s'agit du village de Villeneuve lès Maguelone, une commune de 8 650 habitants proche de Montpellier. Ces panneaux avaient été mis en place en août 2009. C'est une association de Villeneuve lès Maguelone, le Mouvement républicain de salut public, qui avait attaqué la commune devant la juridiction administrative. Selon son président, "la commune ne s’est jamais appelée dans le passé Villanova-de-Magalona, insiste-t-il. C’est une 'occitanisation’ forcée".
http://www.lagazettedescommunes.com/47755/le-tribunal-administratif-demande-lenlevement-des-panneaux-en-occitan-a-l%E2%80%99entree-de-villeneuve-les-maguelone/
La classe politique locale, les associations de défense de l'occitan (la langue d'oc), des communes environnantes comme du Pays Basque, une partie des habitants de la commune, se mobilisent contre cette décision administrative.
Quelle position peut-on avoir sur cette situation ? Je prendrais pour expliciter ma position l'exemple d'une autre commune française, Saint-Denis de la Réunion, qui s'est lancée également dans l'affichage dans une langue régionale (le créole réunionnais) parallèle du nom français et du nom créole. "Sin Dni" serait le nom créole de Saint-Denis de la Réunion, selon le maire PS de la commune, Gilbert Annette, une commune de pratiquement 200.000 habitants, chef lieu du département de la Réunion, en plein milieu de l'océan indien, à plus de 10.000 kilomètres de la France métropolitaine.
Cette autre situation fait apparaître plusieurs problèmes. Le créole réunionnais, à l'instar vraisemblablement de nombreuses autres langues régionales, n'a aucune existence écrite. Il s'agit avant tout d'une langue orale, toujours communément utilisée par les Réunionnais (à la différence de nombreuses autres langues régionales tombées en désuétude). Son usage fréquent encore aujourd'hui par les jeunes et les moins-jeunes s'explique avant tout par son extrême ressemblance avec le Français, à la différence du Basque, du Breton, de l'Occitan, du Corse, qui ont une existence extrêmement ancienne et antérieure au français. Le créole réunionnais est né après la découverte de l'île, dans les années 1600. Il s'agit ainsi essentiellement d'une langue régionale ayant dérivé du français par l'isolement linguistique et par l'apport de langues proches parlées par les esclaves malgaches ou africains ou les engagés indiens. Le problème, c'est que le créole est un enjeu politique dans une île dont l'histoire ne remonte qu'à quatre siècles, et s'est trouvé récupéré par les partisans de l'autonomie ou de l'indépendance de l'île. Dans cette île présentée comme un lieu de concorde, les slogans du Front national, véhiculés par les syndicats et les partis de gauche, à la sauce réunionnaise, sont monnaie courante : la préférence régionale à l'instar de la préférence nationale chère aux frontistes.
Un deuxième problème vient du nom créole choisi : Sin Dni pour Saint-Denis (la majeure partie des villes réunionnaises portent des noms de Saints catholiques). Jamais cette commune ne s'est appelée Sin Dni ... à moins que ce ne soit en malgache ... Derrière ces arguties juridiques, et la volonté de défendre coûte que coûte ce double affichage, au besoin en recourant à la pression populaire (pour défendre l'usage du créole dans l'espace public), il y a un enjeu linguistique qu'il ne faut pas négliger : imposer une certaine écriture d'une langue régionale créole extrêmement proche du français mais dont des extrémistes veulent imposer une divergence forcée.
Cela conduit ainsi ces linguistes, à l'œuvre derrière cette affairette, à imposer systématiquement pour chaque mot une écriture différente du français, comme si le fait de reconnaître une filiation entre le Créole et le Français était inconcevable et devait systématiquement être niée ... Roy pour roi, Sin pour saint ... etc ... entre mille exemples. L'un des journaux les plus en pointe dans ce combat de l'usage écrit du créole est un journal communiste, Témoignage, dont le créole ne peut même pas être compris par pratiquement aucun créole.
On en arrive ainsi à un troisième problème : le fait qu'il ne s'agisse pas dans ce cas du mot créole utilisé autrefois par les natifs créoles, avant sa francisation, mais simplement d'une écriture phonétique du nom de la ville de Saint-Denis. Et sous prétexte de créolisation de la société réunionnaise, le fait que certains hommes politiques, dans une optique purement électoraliste, essaie d'attirer et de flatter une partie de l'électorat, sa frange la plus facilement influençable ...
Au fond, s'il ne s'agissait pas d'une débile écriture phonétique d'un nom français, mais qu'il y avait un véritable autre nom créole utilisé par les créoles autrefois pour nommer cette commune, je n'aurais rien contre l'affichage bilingue aux entrées et sorties de cette agglomération. Mais ce n'est pas le cas pour Sin Dni, pas plus vraisemblablement que pour Villeneuve lès Maguelone. Par contre, pour Paris, l'usage du nom de Lutèce ne me semblerait pas contestable ... Mais gageons que cela ne plairait pas à tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans nos ancêtres les gaulois ...
A noter qu'un groupuscule breton a démonté les panneaux de la commune de Solesme, dans la Sarthe, parce que le premier ministre Français Fillon en est élu municipal, pour contester le traitement 'discriminatoires' des langues régionales en France. Après le mouvement de libération des nains de jardins, le mouvement de libération des panneaux communaux ...
Saucratès


