Loi d'urgence pour Mayotte : "Le projet est principalement tourné vers l’accueil durable de l’immigration", estime Mansour Kamardine

Suite à la réponse apportée par Manuel Valls concernant le projet de loi d'urgence pour Mayotte, le député mahorais Mansour Kamardine indique être "conforté dans son analyse". Il répond à la lettre que lui a adressée le Premier ministre dans le courrier ci-dessous.
"Monsieur le Premier Ministre,
Vous m’avez fait l’honneur de me confirmer les orientations et les objectifs poursuivis par le projet de loi d’urgence pour Mayotte. Je vous en remercie vivement.
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Les éléments communiqués me confortent dans mon analyse dans la mesure où le projet se concentre sur la construction et la reconstruction dans les domaines scolaires et des logements sociaux. Or, ces deux politiques publiques favorisent la submersion migratoire que connaît le territoire depuis de trop longues années, participant ainsi à amplifier les pompes aspirantes de l’immigration clandestine.
L’allègement des procédures d’expropriation proposé par le texte initial, quant à elle, porte sur ces deux domaines alors que nous avons proposé d’élargir le périmètre de la dérogation aux infrastructures urgentes intéressant l’aménagement et le développement durable de Mayotte.
Notre proposition d’élargir son champ d’application a reçu l’opposition étonnante et incompréhensible du gouvernement alors qu’elle permettrait d’accélérer la réalisation des projets décidés par l’État en faveur de Mayotte depuis plusieurs années et qui attendent, sans doute, des financements de l’État, mais surtout une mise en œuvre de diverses procédures longues et complexes dont l’expropriation et autres études d’impact.
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En refusant cet élargissement au motif d’un hypothétique projet de loi de programme promis aux Mahorais depuis de longues années (2019), le gouvernement condamne une nouvelle fois toutes les chances de leur réalisation. La construction de l’usine de dessalement à Hironi-Bé, de la troisième et indispensable retenue collinaire d’Ourovéni, du second hôpital à Combani, de la cité judiciaire, de l’aéroport, de l’université, de la deuxième maison d’arrêt, du centre de rétention administrative à Longoni, du contournement de Mamoudzou, etc., relèvent tous de l’urgence au même titre que la construction d’écoles et de logements sociaux désormais occupés à plus de 80 % par des personnes issues de l’immigration.
À cela s’ajoute que le gouvernement reconnaît que Mayotte est le territoire le plus pauvre de la République, avec plus de 80 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, avec le sac de pommes de terre de 20 kg à 70 €, le carton de bananes à 50 €, dans un contexte de dévastation du terroir mahorais qui sera dans l’incapacité de produire de la banane et du manioc (éléments de base avec le riz de l’alimentation locale) pendant une assez longue période (pas avant 12 à 18 mois) et avec un régime d’aide sociale plafonné à 50 % de l’aide sociale servie partout ailleurs en France, y compris dans les 4 autres départements d’outre-mer.
Ainsi, la dévastation de l’agriculture vivrière, source de nourriture au quotidien pour de nombreux Mahorais pauvres, va entraîner l’amplification de l’insécurité alimentaire, car le recours aux réseaux commerciaux de distribution sera impossible pour de nombreuses personnes avec le maintien d’une discrimination sociale devenue intolérable.
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Dès lors, comment est-ce possible de parler de projet d’urgence de reconstruction de l’île quand il ne permet même pas de rétablir le quotidien alimentaire des populations et un accès continu à l’eau potable ?
En un mot, le projet en discussion au Parlement actuellement est principalement tourné vers l’accueil durable de l’immigration. Il parle peu, voire pas du tout à Mayotte et aux Mahorais. Ainsi, au lendemain de l’adoption en 1ère lecture du projet de loi, la situation de Mayotte et de sa population restera inchangée, si ce n’est dégradée : pas d’eau avec aucune perspective crédible de sortie de la crise hydrique, toujours plus de pauvreté, aucune perspective de développement économique, avec un coût de la vie encore plus exorbitant et des outils sociaux plafonnés à 50 % du droit commun.
Telles sont à mes yeux objectivement les raisons qui me conduisent à vous demander de saisir l’occasion de la navette parlementaire pour réconcilier les Mahorais avec la loi que le gouvernement souhaite leur destiner, de prévoir des mesures de justice sociale dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale en cours d’examen et de crédibiliser le putatif projet de loi de programme annoncé pour mars par des inscriptions budgétaires de lancement dédiées au sein du projet de loi de finances pour 2025.
En vous remerciant par avance de l’intérêt que vous voudrez bien attacher à ma réflexion objective, je vous prie d’accepter, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très sincère considération distinguée."


