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Loi Duplomb : même à La Réunion, la pression monte autour d’un texte déjà voté

Ecrit par Julien Delarue – le lundi 21 juillet 2025 à 15H40
Photo d'archives

Alors que plus d’1,3 million de citoyens ont signé une pétition contre la loi Duplomb, un débat sans vote pourrait être organisé à l’Assemblée. À La Réunion, la réintroduction d’un pesticide interdit inquiète les apiculteurs, divise les syndicats agricoles et ravive la colère politique.

Adoptée début juillet, la loi Duplomb-Menonville, censée répondre à la crise agricole de 2024, continue de faire des remous. Une pétition lancée par une étudiante et déposée sur le site de l’Assemblée nationale a recueilli plus de 1,2 million de signatures en onze jours, ouvrant potentiellement la voie à un débat parlementaire. Si la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, s’est dite « favorable » à ce débat, seule la Conférence des présidents peut l’inscrire à l’ordre du jour, probablement à la rentrée.

Lire aussi : Pétition contre la loi Duplomb : la barre 500.000 signatures largement franchie, un record

Ce débat, s’il a lieu, ne pourra toutefois pas remettre en cause la loi déjà votée, rappelle Yaël Braun-Pivet. Le seul recours juridique reste le Conseil constitutionnel, saisi pour examiner la conformité du texte. Dans le même temps, les opposants appellent Emmanuel Macron à utiliser l’article 10 de la Constitution pour demander une seconde délibération parlementaire.

"Un poison pour les abeilles"

Reste une interrogation centrale : la France s'apprête-t-elle à réautoriser l’acétamipride, un insecticide longtemps décrié ? Parmi les mesures les plus controversées de la loi Duplomb, la possible réintroduction de cette molécule, interdite depuis 2018 sur le territoire national, suscite de vifs débats. Réclamée par certains producteurs de betteraves et de noisettes, qui dénoncent l’absence d’alternatives efficaces face aux ravageurs et une concurrence jugée déloyale, cette substance est en revanche fermement rejetée par les apiculteurs, qui alertent sur ses effets délétères sur les pollinisateurs, la qualifiant de « tueur d’abeilles ».

Interrogé sur la réautorisation des néonicotinoïdes, le président de l’ADAR (Association pour le Développement de l'Apiculture à l'île de La Réunion), Dominick Cerveaux, craint désormais que la molécule, utilisée uniquement pour la culture de la betterave en métropole, soit introduite demain à La Réunion sous une forme ou sous une autre alors que les ruches ne sont pas confrontées aujourd’hui à ce qu’il décrit comme un “poison pour les abeilles". "La molécule agit sur le système nerveux des abeilles qui ne retrouvent plus ensuite le chemin de leurs ruches, raison pour laquelle nous militons depuis des années au côté de l’Union nationale des apiculteurs pour qu’elle soit définitivement retirée”, ajoute-t-il.

"Ce n’est pas une régression, c’est une nécessité"

Dans un contexte tendu, le local de la FDSEA à Saint-Pierre a été vandalisé la semaine dernière. Des tags hostiles ont visé le syndicat agricole, soutien assumé du texte. Son président, Stéphane Sarnon, minimise les faits, parle d’actes isolés et défend une lecture pragmatique : « On parle de souveraineté alimentaire, mais on nous retire les moyens de produire. Ce n’est pas une régression, c’est une nécessité. » Le syndicaliste alerte sur les pertes de production dues au retrait de produits phytosanitaires, estimant que « l’impossibilité de produire dans de bonnes conditions » participe à la flambée des prix et à la raréfaction des produits locaux.

Mais la polémique dépasse le cadre syndical. Le député de La Réunion Perceval Gaillard, farouche opposant au texte, a publié un communiqué dénonçant une loi « déposée par le représentant de l’agrobusiness » et adoptée « grâce à l’alliance de l’extrême droite, de la droite et du centre ». Il accuse la FDSEA locale d’avoir « préféré s’attaquer publiquement à un député plutôt que de défendre la santé des agricultrices et des agriculteurs » et critique un texte soutenu uniquement à La Réunion, selon lui, par le député du RN. « Nous savons maintenant qui défend l’intérêt général et qui veut nous empoisonner pour faire plaisir au lobby des vendeurs de mort », tranche-t-il.

Lire aussi : Le siège de la FDSEA tagué à Saint-Pierre suite à l'adoption de la loi Duplomb, une plainte déposée

Enjeu de santé publique

Le parlementaire rappelle que plus de 1.200 médecins et scientifiques ont alerté le gouvernement sur les dangers de la loi pour la santé publique et la biodiversité. Il évoque notamment trois pathologies reconnues comme liées à l’exposition professionnelle aux pesticides : maladie de Parkinson, leucémie et cancer de la prostate. « Un simple débat en septembre ne suffira pas à calmer la colère populaire », prévient Perceval Gaillard, exhortant le président de la République à « utiliser l’article 10 de la Constitution » pour demander une nouvelle lecture du texte.

L’impact potentiel sur la santé humaine alimente aussi les inquiétudes, bien que les données scientifiques manquent encore pour établir un lien formel entre cette molécule et certaines pathologies. Lundi 21 juillet sur franceinfo, la députée Sandrine Rousseau a dénoncé une « mise en danger de la population », évoquant un « enjeu de santé publique » alors que, selon elle, « le nombre de cancers explose ». Si le propos n'est pas étayé par des études liant directement l’acétamipride à une hausse des cancers, la Ligue contre le cancer dénonce elle aussi « un camouflet pour le principe de précaution – qui devrait exiger une alternative – alors que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a établi, depuis 2013, un lien entre l’exposition aux pesticides et certains cancers, lien reconfirmé en 2021 ».

Jusqu’à présent, la France était le seul pays de l’Union européenne à avoir interdit l’usage de cet insecticide.

Etiquettes : Agriculture | Pesticides

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