L’intérêt collectif : une responsabilité citoyenne

A l’heure où face aux défis de la préservation de notre planète, de plus en plus de réseaux de citoyens du monde se constituent pour promouvoir ensemble le développement durable, ou du moins préserver au mieux l’héritage que nous allons laisser à nos enfants, je m’interroge sur le décalage existant entre le niveau local et le niveau global.
L’idée, poursuivie par l’ensemble de ces réseaux, est de développer l’appartenance à une même communauté mondiale et ensemble d’échanger les idées et les pratiques entre co-citoyens pour un meilleur vivre ensemble sur la même planète. D’ailleurs, ces initiatives sont de plus en plus encouragées par les grandes communautés, telles que l’Europe qui favorise fortement l’échange de bonnes pratiques à des échelles transnationales. Ces démarches même si elles s’avèrent toutes les plus honorables les unes que les autres, n’ont de sens que si chacun en mesure la nécessité et s’implique comme citoyen à part entière dans son propre quartier, sa propre commune, son propre département, sa propre région = sa propre île pour ce qui nous concerne à la Réunion. Comment appartenir à une communauté mondiale si nous ne faisons même pas l’effort d’appartenir à notre communauté locale et de la préserver ? Comment passer du local au global, lorsque tout dérive sur le plan local ?
Il est devenu incontournable de revenir aux règles fondamentales qui régissent la société et qui permet l’appartenance à une même communauté. C’est bien l’expression de la citoyenneté dont il s’agit. Le citoyen avec ses droits et ses devoirs et surtout ses responsabilités (souvent oubliées). Chaque citoyen a la responsabilité (ou le pouvoir) de la prise en compte de l’intérêt collectif dans son plus proche environnement. Il est vrai que ce n’est pas un fonctionnement habituel que d’analyser l’impact d’une décision sur le devenir de son quartier, de se détacher de son intérêt personnel direct. Pourtant, le citoyen dispose d’un pouvoir réel qui se traduit (ou devrait se traduire) à travers :
- La liberté d’expression : un droit fondamental qui confère à chacun le pouvoir de porter à connaissance sur la place publique des dysfonctionnements constatés, des difficultés ou des préoccupations ressenties dans ou par son environnement. Exprimer son désaccord ou porter le désaccord du groupe sur la place publique fait partie de la vie citoyenne ; "qui ne dit mot, consent" ; encore faut-il que cette expression soit prise en compte ;
- La participation citoyenne : chacun est intelligent et a des capacités ; elles diffèrent selon les individus, certaines sont plus intellectuelles, d’autres plus techniques ou plus manuelles : toutes sont importantes, nécessaires et surtout complémentaires. Comment les mettre à disposition et les partager pour l’intérêt collectif ? différentes formes de participation citoyennes permettent l’implication dans les décisions (démocratie participative au vrai sens du terme) ou dans la vie de la cité (vie associative, centres sociaux…) ; encore faut-il que les initiatives soient encouragées ;
- Le vote et donc le choix de sa gouvernance : choisir, en son âme et conscience, le programme qui améliore la vie dans son quartier, dans son pays, pour sa famille et celle de ses voisins... de la façon la plus équitable. Mesurer l’impact global à plus ou moins long terme en matière de création d’emplois, et sur l’environnement… Encore faut-il que l’électeur soit honnêtement éclairé…
Le citoyen a aussi la liberté de se porter candidat à la gouvernance : là aussi, il doit être guidé par des convictions profondes en lien avec le devenir de son pays et non de ses intérêts personnels. Les idéologies des partis ne sont plus le guide des ambitions. Force est de constater qu’elles sont de plus en plus animées par les petits avantages du pouvoir. Les conflits politiques devraient concerner les choix de modèles de développement économique et d’aménagement du territoire. Or, dans les faits, il s’agit le plus souvent de conflits d’intérêts, de conflits de personnes. Pire : on s’acharne à barrer la route à celui qui risque de faire de l’ombre, qu’importe ce qu’il est capable d’apporter à la Réunion. C’est une triste réalité. Bien sûr, les conflits sont constructifs, bien sûr les opinions doivent pouvoir s’affronter sur la place publique, c’est le sens même de la démocratie. Mais cela doit tourner autour de l’intérêt collectif et non des intérêts personnels. Résultat, on fait de la politique sur la base de promesses démagogiques. Et c’est à ceux qui auront su aller le plus loin pour convaincre sur des bases parfois malsaines et des unions opportunistes, que reviendront la victoire et les places clés de l’échiquier politique… au détriment de l’avancée réelle de notre société et de résultats concrets.
On en oublie les fondamentaux qui relèvent de la prévention des dérives de notre société. On va promettre et se battre pour des emplois précaires au lieu de se préoccuper de créer de l’activité économique durable et performante et de lutter contre les vraies misères sociales : la délinquance des jeunes, l’échec scolaire, l’obésité, l’alcoolisme, la maternité précoce… On n’en parle jamais dans les campagnes électorales, ce ne sont pas des discours porteurs de voix… Une fois élu, on favorise ses proches, on s’active (dans le meilleur des cas) à assumer le programme sur lequel on a été élu et pour le reste… personne ne s’en préoccupe, alors à quoi bon ? Ainsi va notre société…
Je reste convaincue, que si chacun pouvait enfin faire de l’intérêt collectif une priorité au niveau local, les vrais problèmes seraient pris en compte et les moyens adéquats pourraient être mis en œuvre. Même si cela demande du temps et de gros investissements. Une utopie ? Non, juste une question de responsabilité… "Le fait de vivre dans un pays où les droits de l’Homme existent et de pouvoir en jouir entraine forcément des devoirs et des responsabilités". Dalaï Lama


