Revenir à la rubrique : Société

Les Tambours Sacrés de La Réunion, premiers artistes étrangers invités aux festivités de Pondichéry

Ecrit par Zinfos974 – le dimanche 16 août 2026 à 08H57

Une délégation d’artistes réunionnais participe aux festivités de Pondichéry organisées du 15 au 17 août, en parallèle des célébrations de l’Indépendance de l’Inde. Une première pour un groupe étranger qui vient aussi rappeler les liens historiques, culturels et humains qui unissent La Réunion et l’ancien comptoir français.

Une quinzaine d’artistes réunionnais pour porter le maloya jusqu’en Inde. Les Tambours Sacrés & Co ont été invités par le département des Arts et de la Culture du gouvernement de Pondichéry à participer aux festivités de la ville, organisées du 15 au 17 août, informe le groupe musical dans un communiqué. Une invitation symbolique puisque la troupe est présentée comme le premier groupe étranger à se produire dans le cadre de ces célébrations.

Dirigés par Philippe M’Roimana, les Tambours Sacrés sont accompagnés de Kaloubadia, emmené par Jean-Bernard Ichaye, alias Benjam, ainsi que de Kézia Lambert, leader de Phil An Maloya et petit-fils de Gramoun Lélé.

Au-delà de la musique, ce déplacement ravive une histoire commune entre Pondichéry et La Réunion, notamment héritée de l’engagisme.

“Pondichéry entretient une relation historique, culturelle et linguistique unique et durable avec La Réunion, et ce lien particulier reste cher aux populations des deux régions”, souligne S. Shakthyvel, directeur du département des Arts et de la Culture de Pondichéry. “Nous sommes convaincus que votre participation à la fête de Pondichéry 2026 renforcera ces liens culturels de longue date et jettera les bases d'une collaboration culturelle pérenne entre Pondichéry et La Réunion (...) Votre prestation dynamique de Maloya Fusion, reflétant la richesse des traditions musicales et culturelles de La Réunion, enrichira sans aucun doute le festival et offrira au public une expérience culturelle internationale exceptionnelle”, poursuit-il.

“Une grande première”

Soutenue par la Région, le Département et les collectivités locales, la délégation rassemble deux chanteurs, trois danseuses et huit musiciens. Arrivés en Inde mardi, les artistes ont bénéficié de plusieurs jours pour découvrir Pondichéry et s’acclimater avant leurs premières prestations.

“On a eu droit à un accueil bienveillant et positif, de circonstance, qui correspond à celui des Pondichériens”, raconte Philippe M’Roimana, président des Tambours Sacrés de La Réunion. Pour lui, cette invitation ouvre une nouvelle voie : “Notre mission est une découverte, car c’est une grande première. Autant pour nous, que pour les instances locales.”

Une expérience qui dépasse également la scène pour Benjam, qui découvre pour la première fois le sous-continent indien. Le chanteur insiste notamment sur la cohésion née au sein d’une délégation composée d’artistes d’âges et d’origines géographiques différents. “Tout le monde est en découverte ici. Et ça reflète tout le sens de ce qu’est La Réunion. En dépit des différences d’âge et de provenances (Saint-Denis, Saint-Pierre, Bras-Fusil, Saint-Paul…), on parvient à discuter, à échanger et à avancer ensemble.”

Pour l’artiste, cette expérience collective porte même une réflexion plus large sur la société réunionnaise. “C’est une base dans tout ce que l’on pourrait changer chez nous. Car on ne prend pas le temps de le faire : à savoir la communication. On arrive à se mélanger et à rigoler depuis notre arrivée. C’est énorme ! Ce petit groupe représente La Réunion ! C’est le début d’un rêve pour changer nos mentalités et revenir à l’essentiel.”

À Pondichéry, les traces de l’Inde dans la musique réunionnaise

Le séjour a également été marqué par une soirée organisée par Anita Reehman, docteure en philosophie en français à l’université de Pondichéry. Ses travaux ont notamment porté sur l’apport de la musique folklorique du Tamil Nadu à la musique réunionnaise.

Devant plusieurs invités, parmi lesquels des représentants français à Pondichéry, elle a évoqué les passerelles qu’elle identifie entre les deux territoires. "Quand j’ai écouté les musiques réunionnaises, j’ai retrouvé les sonorités de l’Inde en créole. J’ai aussi entendu des termes indiens. Et c’est ainsi que j’ai compris que les engagés avaient laissé un héritage à travers la musique.” Une reconnaissance qui a particulièrement marqué la délégation réunionnaise.

“Cela remet les choses dans un contexte de valorisation de notre culture, de notre richesse. Elle nous a mis en haut avec une petite pensée sur l’histoire de l’île”, témoigne Benjam.

Le chanteur estime que le regard extérieur permet aussi aux artistes de mesurer différemment la richesse de leur propre héritage. “Comme on est dedans, on oublie bien souvent notre richesse. Les gens externes remettent ça en avant, en disant qu’on a de la chance d’avoir cette histoire, ce mélange dans le corps, des nations et des cultures.”

La présence réunionnaise à Pondichéry s’inscrit dans des échanges culturels déjà entretenus entre les deux territoires. L’Alliance Française de Pondichéry organise notamment un “mois de La Réunion” au mois d’octobre.

“L’alliance a pris une grande position en proposant le mois de La Réunion en octobre. Ce qui nous a permis d’accueillir de grands artistes tels que Jace, Meo, Gaëlle Belem, Gilles Gauvin…”, rappelle Laurent Jalicous, directeur de l’Alliance Française de Pondichéry.

Jean-Philippe Huther, chancelier et consul adjoint au consulat de France à Pondichéry, insiste lui aussi sur la profondeur des relations entre les deux territoires / “Votre présence rappelle qu’il y a des liens très forts, ténus et étroits entre La Réunion et le territoire de Pondichéry. À La Réunion, il y a une communauté indienne importante. Et il y a une grande interactivité entre les deux territoires.”

Ces relations ne se limitent pas à la culture. “À travers diverses organisations et associations, comme le club des entrepreneurs français, nous essayons de maintenir des liens économiques”, précise-t-il, avant d’ajouter : “L’Île de La Réunion fait partie définitivement du paysage des partenaires avec qui on collabore.”

Lire aussi : Saint-Benoît : sur les traces de l'ancienne "Marine", quand les marchandises prenaient la mer

Pour plusieurs membres de la délégation, fouler le sol indien possède enfin une dimension plus intime. Ce voyage renvoie à l’histoire des engagés indiens arrivés à La Réunion après l’abolition de l’esclavage en 1848 et dont l’héritage demeure présent dans la culture réunionnaise.

Etiquettes : Inde | Maloya | Musique

Dans la même rubrique

0💬
Tri :