"Les fleurs du Yab"

A chacun son cause cosé ? Son bal conté ? Sa chaleureuse expression ?
La culture Yab, créole longtemps ? est un existant. Vous pensez qu’elle a disparu sous les décibels de la modernité qui veut annihiler tout ce qu’il y a d’humain ; et hop ! comme Ti Jean qui joue un tour à Grand Diab’, elle réapparait sous une forme inattendue… un véritable « Karambolaz » que ces acadiens tropicalisés du Bayou, du Bayou, disent-ils ?
Elle est donc un élastique solide. Elle s’étire mais ne rompt pas.
Voilà sa première caractéristique. Avec le bal conté de Môssieur Sergio Grondin très courtisé par des admiratrices, très sérieuses au demeurant, qui se produit en Bretagne (à côté du Chaudron ?) ou au Québec libre, c’est un peu de joie réunionnaise qui s’exporte et se transmet ici et là…
Voir des bons créoles se déhancher pour faire un cercle celtique c’est sympa, original ? Nous le fîmes à la Plaine des bons palmistes (miam, miam) voilà quinze ans, celui d’un temps que les jeunes de vingt ans ne peuvent pas comprendre.
Et puis il y a les amants de St Jean… Sous oublier les polkas, les mazurkas, les valses, … l’humour même si cela se termine toujours « dans l’poulailler n’a pi volaille ! »
Tout cela c’est la faute à la voune ?
Le tout, formant une atmosphère qui véhicule le cœur de son identité, le charme. Avec l’accordéon, c’est tout un univers qui se déploie, tout un pan de l’âme créole qui nous vient … « des Yabs »…
Yab étant une contraction de « Y habite » … les hauts ? Et même au fin fond du monde à la Plaine des Grègues à St Joseph, Entre-Deux, les Avirons ou St Philippe ? Ils sont partout ces bougres même à la rue des limites.
Ce n’est pas une question de couleur mais de réalité locale, sans jugement, celle d’être en partage, dans le sentiment subtil, celui d’aimer la nature environnante et de savoir-faire sourire son voisin de sa propre nature, celui d’avoir l’intelligence de rire de ses propres turpitudes pas que « l’arack » et c’est tout un petit monde qui se remue. Ce ne sont pas les Trois sans hommes, de la Chapelle de Manapany en sucre de cannes qui nous diront le contraire ?
Ainsi, du lièvre à l’éléphant, du rêve au gigantisme, en passant par le commerçant chinois qui sauva La Réunion de la famine par son esprit d’économie et sa gestion rigoureuse durant la seconde guerre, c’est toute une Réunion qui s’exalte, ce qui fait que nous avons tous en nous une part plus ou moins grande de Yab ?... de Caf ? ou de Malbar ? Qu’importe, pourvu qu’il y ait l’ivraie ?
Bref, nous les chinois du double sept de La Réunion, nous n’avons pas de compte rendu à donner à la régente du ciel, parfois trop rigide ? car au final c’est « véga » qui nous éclaire, rajoutez un peu d’accordéon nostalgique et le charme exulte.
Christian Vittori


