Les femmes et les municipales : entre courage et reniements

Une seule femme dirige désormais une commune à La Réunion. Sans les trahisons ouvertes, il y en aurait deux. Au-delà de ce résultat brut, on constate que jamais, dans notre histoire électorale, les femmes n’ont pris une telle place sur le devant de la scène. Je suis le premier à m’en réjouir.
Loin d’être timides, ces dames sont allées au charbon avec une fougue, une ténacité, une obstination dignes d’éloges. Mais aussi, dans quelques cas, avec l’esprit revanchard et la faculté de reniement que l’on croyait jusqu’ici réservés aux hommes. C’est le moins marrant de l’affaire.
Le plus simple est de faire le tour de l’île dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. A tout seigneur…
L’apothéose Miranville
A Saint-Denis, le « jeu » électoral n’a pas donné une brillante image des candidates féminines. La présidente du Conseil général avait été déclarée la meilleure tête de liste pour battre Annette. Espérant un retour sur investissement lors des prochaines cantonales, elle s’est mise en deuxième position, sachant pertinemment que Victoria courait à l’échec. Les gesticulations télégéniques n’ont pu éviter la débâcle mais Nadia Ramassamy a tiré son épingle du jeu en se retrouvant en position éligible dans l’opposition. Mme Margarette Robert Mucy, ex-copine d’Annette, est allée hercher sa part du gâteau elle aussi, ce qui n’est pas brillant.
A La Possession, ce fut la gloire, l’apothéose, pour la jeune Vanessa Miranville. Sa campagne fut un modèle du genre, sans le plus petit dérapage verbal ou physique (des deux côtés). Transformant son essai des cantonales, elle s’est tranquillement installée dans le fauteuil de maire avec une grâce confondante. Trop intelligente pour ne pas savoir que le plus dur est devant elle. Mais Robert ne lui laisse pas une commune en si mauvais état, après tout. On lui souhaite bon vent, à la Miss. Saluons Robert qui, au-delà de sa tristesse, a admis sa défaite avec élégance.
« I’ll be back ! » (Mac Arthur)
Au Port, Valérie Auber a trouvé ce qu’elle était venue chercher, une claque format king size prévisible. A quoi lui a servi cette triangulaire ridicule, sinon à amplifier sa déconvenue du premier tour ? Elle en tirera peut-être une leçon : du haut de la Pyramide, les siècles ne la contemplent pas. Elle choisira sans doute mieux son mentor la prochaine fois.
J’ai été personnellement mortifié par la défaite d’Huguette. Les reniements, les trahisons, les mensonges et la démagogie d’en face ont abouti à ce que l’on sait mais pas que. Huguette a été « virée » par son personnel communal. Explication : avant elle, les employés municipaux constituaient un véritable état dans l’état, plus nervis que serviteurs du public. Ils faisaient ce qu’ils voulaient et en 2008, elle a voulu y mettre bon ordre. Privés de nombreux avantages auto-octroyés, priés de faire leur boulot, ils se sont « vengés ».
Quand on pense à tout le travail accompli pour les écoles, les crèches, les centres de soin, le logement social, la culture (là, va y avoir du dégât !), où est le bon sens ? Un repris de justice à la tête de la commune ! Quelqu’un qui a vidé les caisses, à qui l’on dit « Mette encore ! » Elle reviendra.
Le « coup » Etangsale
Mesdames Pélops et Lartin n’ont pas obtenu de scores mirobolants et il est dommage qu’on ne les ait pas plus entendues : elles disent des choses intéressantes. Ne leur manque qu’un soutien partisan plus marqué. On les reverra et c’est tant mieux, car elles n’ont pas démérité.
Citons pour mémoire Mme Yee-Chong Tchi-Kan à Trois-Bassins, qui n’a pas fait mieux que le sinistre Akouëtt du même nom. Qu’allait-elle faire dans cette galère ? Qu’a-t-elle proposé ?
Après, il faut aller jusqu’à Saint-Louis pour trouver une dame qui a marqué les esprits. Mme Etangsale s’est offert le luxe de bloquer les grilles de la télévision et d’empêcher la tenue d’un débat. Elle a mille fois raisons : au nom de quoi une soi-disant « petite liste » n’aurait-elle pas droit aux caméras ? C’est au studio d’adapter ses moyens, pas à la candidate de s’effacer devant les grosses pointures !
Ca sent le cramé
A Saint-Pierre, Virginie Gobalou a eu pour arguments essentiels les insultes envers Michel Fontaine. On peut avoir des ressentiments personnels contre ce dernier (c’est mon cas), sans pour autant verser dans la malhonnêteté intellectuelle et nier ce qu’il a fait ; sa victoire l’a prouvé. Elle est réduite aujourd’hui à remâcher son amertume dans l’attente d’un hypothétique recours. Mauvaise perdante évidente.
Juste à côté, Nathalie Bassire doit se dire qu’elle aussi a choisi le mauvais canasson en pariant sur la pseudo personnalité du petit Napoléon de Moufia. Abraham Lincoln (je crois) disait : « On peut mentir à une partie du monde tout le temps. On peut mentir à tout le monde une partie du temps. Mais on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps ! » Il y en a à la Pyramide dont les fesses sentent déjà le cramé.
L’amitié fidèle
Me Brigitte Hoareau nous confiait, avant le 1er tour, redouter surtout Serge Hoareau. Mais elle s’est bagarrée comme un vaillant petit soldat, persuadée de défendre des idées honorables. Le parti qui l’a poussée sur le ring n’a pas levé le petit doigt pour le 23 mars. Entre les deux tours, seul Michel Fontaine, appuyé par ses troupes de combat, s’est porté sur le terrain, abattant un boulot de proximité considérable. En trois jours, c’était un peu juste mais il a eu l’amitié fidèle, lui au moins… pour une fois !
L’Est, le grand désert !
Avirons, Etang-Salé, Entre-Deux, Cilaos…les femmes ont voté. Mais pas de candidate. C’est comme l’Est de l’île où, à 2 exceptions près, c’est le grand désert féminin.
Aline Murin-Hoarau a tourné le dos à son ancien maire pour, au second tour, « embrasser à bouche-que-veux-tu », disait Brassens, celui qu’elle a copieusement couvert d’opprobre au 1er.
Quant à Claudy Fruteau, elle n’a toujours pas compris que le népotisme est passé de mode… alors même que son époux, il n’y a guère, s’élevait avec virulence contre la pratique vergèsienne de la dynastie imposée. Du gâteau pour Vira.
Ceci dit, il serait injuste de limiter l’activité féminine aux seules candidates.
Deux partis dans la case
Les militantes ont été là, et bien là ! Les staffs de campagne des candidats comportent en général plus de femmes que d’hommes et quand il faut donner de la voix, ces messieurs n’ont qu’à bien se tenir.
J’ai vécu un paradoxe marrant plus d’un mois durant, avec une compagne engagée pour le maire Michel (alors que moi…) Elle té qui chappe depu grand matin. Ce fut l’occasion pour votre serviteur, chaque soir, de l’attendre en faisant mitonner doucement le cari canard ou le poisson aux fines herbes. Deux partis opposés dans la même case, et pas un seul coup de gueule ! Merci d’applaudir.
Alice, Isnelle, réveillez-vous !
Pour ce qui est des femmes tenant le haut de l’affiche dans les partis, deux cas se présentent. Vous avez d’un côté les vraies militantes, Erika et Monique, solides députées qui sont allées sur le terrain. Annette ne pourra pas dire que ces deux lieutenants-là lui ont fait défaut.
En face, vous avez les opportunistes arrivées et qui n’en feront pas plus pour défendre leurs idées. La chansonnette, elles la poussent uniquement sur leurs CD et dans les Salons parisiens à distribuer des samoussas et des ti punchs.
Pour ce qui est du PCR, sauf à Sainte-Suzanne, on ne les a pas entendues. Gironcel, qui n’est pas un mauvais maire, doit se sentir un peu moins seul, secrétaire d’un parti agonisant avec deux grands perdants dans le même fauteuil.
Je regrette le temps révolu des militantes de choc, Alice Pévérelly, Isnelle Amelin, qui se battaient, conviction chevillée à l’âme. Comment pourrait-il en être autrement dans ce parti de machos jaloux incapables de la moindre introspection ?
Jules Bénard


