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Les enseignements d’une grève

La grève, avec les délestages et les coupures de courant qu’elle a engendrés, ne permet-elle pas à la Réunion de dresser quelques constats très intéressants ?
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 7 janvier 2011 à 11H27

L’importance et la place dans la vie quotidienne de l’énergie électrique se sont de façon spectaculaire rappelées à tous les Réunionnais. L’électricité, comme l’eau, sont des réponses incontournables aux besoins et à l’intérêt général des hommes, des animaux et de la nature, et ce avec encore plus d’acuité dans une île. La grève des salariés de la Séchilienne Sidec a révélé que 60% de l’énergie électrique, dont ont tant besoin les Réunionnais, est produite par une entreprise privée qui valorise dans l’île, et ailleurs dans le monde, la solution bagasse-charbon, dont l’un des actionnaires est, comme le révèle "Témoignages", un fonds de pension nord-américain –Apax Partners fondé en 1972 aux USA – via un opérateur financier, la "Financière Hélios". EDF à la Réunion rachète aux deux usines de la Séchilienne Sidec l’électricité produite pour la fournir, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, aux Réunionnais. Que les salariés de cette entreprise privée, qui en connaissent fort bien les résultats financiers, prétendent recevoir une plus juste part du fruit de leur travail, plutôt que de financer très généreusement un fonds de pension aux USA, conséquence de la mondialisation et de la libéralisation de la circulation des capitaux, n’est-ce pas légitime ? Préférer que la plus grande part des richesses créées par le travail de salariés et par la clientèle réunionnaise reste à la Réunion au lieu de financer généreusement les retraités nord-américains, est-ce si absurde et si inconvenant ?

Le conflit social tel qu’il a été exposé par les médias et les haines et agressivités telles qu’elles ont été largement exacerbées contre les travailleurs ont délibérément occulté le rôle des dirigeants et actionnaires bénéficiaires financiers de la Séchilienne Sidec. Un préavis d’un mois a été formalisé pour obtenir des négociations. La direction, soucieuse en priorité de protéger les intérêts des actionnaires, n’ont donné aucune suite à cette demande. La grève, contrairement à ce que pensent certains, n’est jamais une partie de plaisir. Elle est une arme que donne la Loi, dans les pays démocratiques, aux salariés pour défendre leurs revendications : un partage plus équitable du fruit de leur travail entre le travail et le capital. Pourquoi, comme l’ont fait beaucoup trop de Réunionnais, n‘attribuer qu’aux seuls salariés les conséquences de la grève et en occulter la cause, le refus de négocier des patrons protégeant farouchement les intérêts de leurs actionnaires US ?

Si en France, et à la Réunion, les enfants ne travaillent plus en usine, les salariés peuvent défendre la valeur de leur force de travail, n’est-ce pas le résultat et les acquis des combats qu’ont menés nos aînés ? Doit-on aujourd’hui baisser les bras et se coucher quand les banques spéculent à gogo, quand les entreprises licencient à tour de bras alors qu’elles génèrent des profits faramineux qu’elles investissent en Chine ou en Inde pour enrichir toujours plus leurs actionnaires ? Doit-on accepter en silence que l’argent des Réunionnais, donc le travail qui a permis de le gagner, servent, via l’électricité, à mieux payer, dans d’excellentes conditions financières, les retraites de nord-américains ?

Aujourd’hui, plus que jamais, il importe que nous prenions collectivement conscience des enjeux et des nécessités d’une politique de production de l’énergie prenant en compte la protection durable l’environnement et la répartition équitable de ses coûts dans l’intérêt général du plus grand nombre. Ne soyons plus des vaches à traire, ne convient-il pas de prendre conscience qu’il en va du respect de nos aînés et de l’avenir de nos enfants ?

Antoine Franco

 

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