Les émeutes en Grande-Bretagne vues par un Réunionnais expatrié

De Sainte-Suzanne à la capitale anglaise, Jérome Manicom vit à l'heure britannique depuis 2003. Fin observateur d'une société ouverte qui l'a accueilli comme nombre d'expatriés français, Jérôme Manicom s'attarde sur les événements qui remuent la capitale et les villes du Royaume depuis six jours maintenant.
"Les causes sont similaires en France comme en Grande-Bretagne : les difficultés économiques. Mais concernant la France, la difficulté est plus ciblée sur une catégorie de population d'origine nord-africaine. On ne leur donne pas de travail. En France, il y a un vrai problème lié à l'origine". Un point de comparaison qu'il tient de son expérience avec la capitale, l'une des plus cosmopolites du monde.
"En Grande-Bretagne, quand une personne afro-carribéenne par exemple postule pour un travail, de façon générale on lui fera confiance". Mais la cause de ce soulèvement de violence n'est pas à mettre au crédit du communautarisme ou du racisme selon le jeune expatrié.
Récupération politique
"Cela vient en partie du fait qu'une part de la population, et là je parle aussi bien d'afro comme de blancs, est démunie. C'est réellement la pauvreté que les gens endurent qui est en cause". Il n'en remarque pas moins que le modèle parental reste souvent absent chez ces jeunes casseurs et pilleurs.
Habitant West Acton (en périphérie de Londres, zone 4 et 5 pour les connaisseurs), où selon ses dires aucune casse n'est venue briser la quiétude du quartier, il aura falllu une interpellation par la police à l'étage d'un bus samedi dernier pour lui signaler que des événements inhabituels se tramaient. "J'étais en ville samedi et je n'étais pas au courant que des échauffourées avaient débuté", raconte-t-il.
Sans se prononcer sur la bonne gestion de l'événement par le gouvernement anglais et David Cameron (le Premier ministre), il pense simplement que les autorités, tout comme la police, devront "s'adapter" après avoir été surprises. "Même si les émeutes s'arrêtent, le problème de fond ne pourra se résoudre qu'à plus long terme", admet-il avant de pointer du doigt les récupérations politiques des organisations d'extrême droite comme la "British defense league".
Show must go on
La tension est palpable. L'entraide communautaire joue aussi à plein dans cette période de folie collective. "On a vu des Indiens de religion sikh qui se sont regroupés pour défendre leur temple", donne-t-il en exemple. Mais au-delà de ces quelques cas isolés, le jeune réunionnais dit vivre entouré d'amis internationaux. Raison sans doute pour laquelle, le malaise des jeunes anglais eux-mêmes reste à cartographier.
Malgré les coups de fils de la famille de la Réunion ces derniers jours, à laquelle il ne manque pas de donner des nouvelles rassurantes, l'avenir immédiat s'écrit déjà ce soir par une petite prise de risque. "Je vais distribuer des flyers et posters à Brixton (une ville en périphérie Sud de Londres). Pas de souci, je suis couleur locale", rigole-t-il. Un événement d'importance se prépare: "J'organise une énorme soirée d'une capacité de 1.000 personnes le 28 août" à Islington (nord de Londres). Si d'ici là les événements se tassent, il sera alors temps de mettre le feu "gentiment" au carnaval de Nothing Hill.
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Jérôme Manicom organise des soirées aux couleurs tropicales à Londres [Sunbailante.com]urlblank:http://www.sunbailante.com/



