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Les barbelés du pont de l'Entre-Deux vont-ils délocaliser les suicides ?

Ecrit par Ludovic Grondin – le jeudi 18 juillet 2013 à 16H13

Le Conseil général officialisait ce matin la fin de la pose des barbelés sur le pont de l'Entre-Deux, dénomination auquel le maire, Bachil Valy, préfère, et il n'a pas manqué de le rappeler, celle de pont du Bras de la plaine. Réaliste, le maire et vice-président du Conseil général prévoit que cette sécurisation ne fasse que déplacer les tentatives de suicide.

Malgré tout, sur une portion de route qui est de son ressort, le Conseil général avait décidé d'agir. Une fois médiatisée il y a quelques mois, la décision n'avait pas manqué de faire douter de son intérêt. Alors que le dernier suicide est intervenu la semaine dernière, un peu plus d'un mois après le début des travaux, les barbelés cadrent les deux rambardes du pont.

"Je dirais : enfin !", annonce, soulagé, Bachil Valy, représentant pour l'occasion la présidente du Département, Nassimah Dindar, en déplacement. Le Conseil général se garde bien de crier victoire. "Les barbelés : c'est un dispositif dissuasif. On ne peut pas penser que ça va éradiquer ce phénomène. Qui peut croire que l'on ne délocalisera pas le problème ? Forcément, des gens iront ailleurs", reconnaît Bachil Valy, lucide.

Pour le maire de l'Entre-Deux, "ce n'est pas la solution technique qui va résoudre la question des suicides mais la solution humaine. La prise de conscience doit venir de chacun de nous, il nous revient de nous occuper de notre environnement, de notre cellule familiale, de ne pas rester dans son coin."

Dispositif à répliquer sur d'autres ouvrages ?

Une vision partagée par la présidente de l'association Prévention Suicide, Lutchmee Danone Odayen. "L'acte du suicide n'arrive pas d'un jour à l'autre, c'est un processus lent jusqu'au jour où arrive un déclencheur", avise-t-elle avec l'expérience associative qui est la sienne depuis 2003. Amenée, comme d'autres associations, à se prononcer sur cette sécurisation, Prévention Suicide explique l'utilité d'une telle sécurisation. "Nous pouvons continuer la sécurisation des ponts et y mettre les moyens", juge-t-elle.

Avec les barbelés, le Département complète finalement une sécurisation plus étoffée mais moins visible. De septembre 2012 à mars dernier, la pose d'une grille renforcée pour interdire l'accès à l'arche de béton sous la partie roulante de l'ouvrage a été posée. Son coût : 250.000 euros. L'installation de barrières anti-chute est en cours d'expertise. Les barbelés auront coûté 35.000 euros.

Livré en 2002, le pont du Bras de la plaine veut tourner le dos à une image sinistre, tant pour le site que pour la ville de l'Entre-Deux a qui il est malheureusement associé. Le pont est en effet partagé entre les deux communes de l'Entre-Deux et de Saint-Pierre. Ironie de l'histoire, sa réalisation aussi haut dans les montagnes avait été à l'époque décidée du fait de la plus grande proximité des deux falaises à cet endroit des remparts. Moins de mètres à franchir, c'était aussi un coût revu à la baisse, rappellent les témoins de cette décision.

"De pont de la mort, il doit devenir celui de la vie", a conclu le sous-préfet de l'arrondissement Sud, Jean-Luc Lhemanne. De janvier à aujourd'hui, c'est pas moins de 89 interventions des secours pour des tentatives de suicide qui ont été recensées. Sept décès sont à déplorer.

 

Les barbelés du pont de l'Entre-Deux vont-ils délocaliser les suicides ?

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