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Législatives : Après le chaos, le statu quo

Après une dissolution de l'Assemblée nationale, des élections législatives anticipées, une campagne tumultueuse et une mobilisation record des électeurs, le camp Macroniste s'est de nouveau retrouvé majoritaire lors du vote inaugural de la nouvelle législature. Yaël Braun-Pivet, protégée d'Emmanuel Macron, reprend sa place au perchoir de l'Assemblée nationale et prouve que malgré le séisme électoral, les plaques tectoniques de la politique française n'ont en fait pas vraiment bougé.
Ecrit par Baradi Siva – le vendredi 19 juillet 2024 à 15H18

Au terme de la première journée de la XVIIè législature de la Ve République, beaucoup se sont dit : "Tout ça pour ça". Car durant un mois et demi, le monde politique s'est mis en branle suite au coup de poker, quasi définitivement gagnant, d'Emmanuel Macron.

 

Une campagne chaotique

 

Tout commence le 9 juin dernier. Le président de la République décide de dissoudre l'Assemblée nationale au sortir des Européennes. Emmanuel Macron dit avoir entendu le souhait de changement de la population et appelle les Français à voter pour installer une majorité claire au Palais Bourbon.

Les quatre semaines suivantes sont rythmées par une campagne électorale atypique. L'ex-Nupes se reforme et devient le Nouveau Front populaire avec un programme commun entre les forces majeures de gauche (LFI, PS, Les Verts, PCF). Une guerre interne déchire Les Républicains, leur président Éric Ciotti emmène avec lui des centaines de membres rejoindre le Rassemblement national. Emmanuel Macron tente de son côté de rassembler tous les modérés.

Au terme du premier tour, déjà marqué par une forte participation, le Rassemblement national sort largement en tête. Mais la division importante dans l'opinion publique se traduit par un très fort nombre de triangulaires et de quadrangulaires pour le second tour. Le barrage républicain se forme, le NFP et le bloc présidentiel s'entendent pour laisser l'avantage au candidat le mieux placé face à la menace de l'extrême-droite.

Le barrage républicain permet alors de faire mentir les sondages qui voyaient le RN proche de rafler la mise (la majorité absolue avec 289 députés). C'est au final le Nouveau Front populaire qui remporte le plus de sièges, devant le camp présidentiel. Le RN et ses alliés sont relégués à la troisième place.

Cette première étape montre qu'Emmanuel Macron pourrait avoir réalisé un coup de maître politique. Son parti, troisième force politique au sortir des Européennes, remonte déjà à la deuxième place après les Européennes. Et ce n'est pas fini.

 

Un gouvernement sous vide

 

Au lendemain du deuxième tour des élections législatives anticipées, Gabriel Attal remet sa démission au président de la République qui la refuse dans un premier temps. Il l'accepte finalement une semaine et demi plus tard, à la veille de l'ouverture de la nouvelle législature, mais confie tout de même les affaires courantes à ses ministres démissionnaires.

La branche exécutive de l'État français vient de passer près de deux semaines en sursis. Maintenant totalement débarrassée de sa substance, elle n'est plus qu'un tronc creux.

Emmanuel Macron met son gouvernement sous vide : les ministres démissionnaires restent en place tant que le Président ne désigne pas de remplaçants. Le chef de l'État fige et préserve son exécutif. Il pourrait même ressortir quelques-uns des ingrédients lorsqu'il aura fini de concocter en arrière-cuisine sa nouvelle recette centriste agrémentée de petits arrangements de droite.

Le NFP obtient de peu la majorité relative et veut composer le nouveau gouvernement. Mais LFI et le PS n'arrivent pas à s'entendre.

Le feuilleton du candidat NFP au poste de Premier ministre a démarré il y a deux semaines et n'a toujours pas trouvé d'épilogue, malgré la prise de parole de Marine Tondelier. Un vote pourrait être mis en place, soit auprès des adhérents des partis ou des députés, pour choisir entre deux possibles candidates : Laurence Tubiana et Huguette Bello, qui a obtenu un soutien massif sur les réseaux sociaux.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron annonce qu'il se penchera sur la composition du gouvernement après l'installation des groupes parlementaires et les résultats des premiers scrutins qui permettent de déterminer les réels rapports de force au sein de l'Assemblée nationale à travers l'attribution des postes au sein du bureau parlementaire et des présidences des différentes commissions.

Et la première journée de la nouvelle législature risque de mettre à mal la revendication du Nouveau Front populaire qui se présente comme la force majeure à l'Assemblée nationale.

 

Emmanuel Macron rebat les cartes et sort des as de sa manche

 

Le but de la dissolution de l'Assemblée nationale est clair pour le Président. Il veut tout remettre à plat et tenter de reprendre le contrôle de l'Assemblée nationale après avoir vu sa majorité s'éroder au fil des années et son image ternie par les défaites successives infligées par le Rassemblement national. Il compte sur le front républicain lors des élections législatives, mais aussi pour la formation d'un bloc majoritaire à l'Assemblée nationale pour ainsi mettre au pouvoir un gouvernement modéré qui pourrait à nouveau faire passer des lois, sans passer par le 49-3.

Les forces politiques sont mises à l'épreuve dès le premier jour de la nouvelle législature avec l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale. Six candidats, certains d'une même faction, sont en lice au premier tour. Lorsque chaque groupe défend son candidat et ses propres valeurs, le NFP (200 voix) sort largement en tête devant le RN (142) et Ensemble (124).

Ensuite, grâce aux négociations d'arrière-cuisine, Yaël Braun-Pivet gagne petit à petit des voix à la faveur d'une reformation du groupe centriste présidentiel (Ensemble et Horizons) au deuxième tour et prend la tête du scrutin. Une alliance avec la droite républicaine au troisième tour scelle sa victoire avec 210 suffrages devant André Chassaigne du NFP (202).

En libérant ses 17 ministres députés à la veille du vote et en pactisant avec la droite républicaine, Emmanuel Macron réussit à faire ce qui semblait impossible début juin : garder la majorité relative devant la gauche et l'extrême-droite. Reste à voir si les forces de droite vont rester aux côtés du camp présidentiel pour lui assurer cette majorité : Les Républicains sont en effet encore inscrits comme membres de l'opposition.

 

Un flou artistique persistant

 

Emmanuel Macron a sans aucun doute repris la main au terme de cette séquence électorale chaotique. Il a effacé la victoire nette du RN aux Européennes et l'a remplacée par un scrutin historique où les électeurs français ont rejeté l'éventualité d'un gouvernement d'extrême droite. En plus de cela, il capitalise sur la désunion à gauche, celle-ci ne parvenant pas à trouver un consensus pour former un gouvernement.

Et grâce à la coalition des républicains modérés, du centre et de la droite, Emmanuel Macron remporte la première bataille au sein de l'Assemblée nationale et réunit la plus forte majorité relative. Aujourd'hui, au terme de ces deux mois de péripéties, la situation n'est pas si différente même si la dynamique est de nouveau du côté du Président.

Il a réussi à créer de nouvelles alliances et espère bien continuer sur cette voix. Car même s'il se trouve maintenant en bonne posture pour choisir lui-même son nouveau gouvernement de coalition, celui-ci ne sera pas encore tout à fait à l'épreuve des motions de censure de l'opposition. Emmanuel Macron a déjà rassemblé le centre et la droite. Il doit maintenant réussir à obtenir le soutien des partis de gouvernance de gauche (PS, EELV) ou simplement éviter que ces derniers ou le RN ne s'opposent à lui.

Le président de la République a presque totalement réussi son coup de poker hold'em. Reste à voir s'il lui reste encore des cartes à jour pour faire tapis et réussir son hold-up politique.

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