[L'édito de Pierrot Dupuy] L'intervention de la France en Syrie : un échec qui ne dit pas son nom

L’intervention de la France en Syrie la semaine dernière est le premier test d’envergure d’Emmanuel Macron en politique étrangère. Et c’est pour moi un échec.
Lors d’une intervention militaire, il y a deux questions essentielles à se poser : pourquoi est-ce qu’on intervient et comment est-ce qu’on arrête le conflit ?
Quels sont les objectifs stratégiques retenus par le Président de la République avec cette intervention ?
Mettre fin à l’usage d’armes chimiques par le régime de Bachar Al Assad ? Le fait d’annoncer plusieurs jours à l’avance les attaques afin d’éviter de toucher des soldats russes, a permis à Bachar el Assad de vider les sites. Quand on fait la guerre, on n’annonce pas ses intentions sur Twitter plusieurs jours avant.
Nous redonner une stature internationale ? Mais sans mandat de l’ONU et sans attendre les résultats des travaux de ses inspecteurs, cette intervention ridiculise les instances internationales en les faisant passer encore une fois pour les faux-nez des ambitions militaires occidentales.
En cédant à l’aventurisme américain et en ignorant les institutions internationales, Emmanuel Macron a oublié la leçon donnée par Chirac et De Villepin : la France n’est grande dans les relations internationales que par sa singularité.
Au contraire, depuis un an, Emmanuel Macron s’est énormément rapproché de Donald Trump, le recevant pour le 14 juillet sur les Champs-Elysées et aujourd’hui en faisant partie des deux Etats occidentaux l’accompagnant dans cette équipée en Syrie. Les médias américains, d’ailleurs, rapportent qu’Emmanuel Macron est le dirigeant européen dont Donald Trump se sent le plus proche, n’hésitant pas à le qualifier « d’ami ». Pas sûr que ce soit vraiment un titre qui redore notre image dans le monde…
Soutenir les rebelles syriens contre un régime despotique ? Mais sans intervention militaire au sol, nous ne ferons jamais reculer le régime syrien. Bien au contraire, cette tentative d’exporter la démocratie sous les bombes risque de déséquilibrer encore un peu plus la région en poussant une nouvelle génération de combattants dans les bras de Daesh.
En réalité, si Emmanuel Macron devait ressembler à ses prédécesseurs dans cette affaire, ce serait à une synthèse du pire de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. De l’un, il aura retenu l’indécision et l’incapacité à trancher en décidant d’intervenir mais sans trop s’engager. De l’autre, il aura copié son atlantisme et sa tendance, quand il rencontrait des difficultés en interne, à se lancer dans une aventure internationale pour redorer sa stature présidentielle.
Nous avons dépensé plusieurs centaines de millions d’euros en missiles pour une raison essentielle : faire remonter la côte de popularité du Président. A moins qu’on n’ait voulu rester dans le domaine du symbole. Mais dans ce cas, ça fait cher du symbole…


