[L'édito de Pierrot Dupuy] La fin du droit du sol à Mayotte, un mal nécessaire

Les députés ont adopté mercredi, en commission, le projet de loi qui exige, pour qu’un enfant né à Mayotte puisse devenir Français, que l’un de ses parents ait, au jour de sa naissance, été présent de manière régulière sur le territoire national depuis plus de trois mois.
Il s’agit là d’une entorse majeure au droit du sol, un principe que l’on pensait fondateur de notre République.
Le débat agite depuis longtemps la classe politique. Une partie de la droite et l’extrême droite préconisent depuis longtemps de remplacer le droit du sol, grâce auquel un enfant devient Français du simple fait de sa naissance sur le territoire français, par le droit du sang où il faut qu’au moins l’un de ses parents, voire même les deux, soient Français.
Il s’était toujours trouvé jusqu’ici une très large majorité de Français pour s’opposer à cette remise en cause du droit du sol. Si la proposition de loi d’un député La République en Marche de Mayotte venait à être adoptée, et elle devrait l’être puisqu’elle a bénéficié de l’approbation du président Macron, ce serait la première fois qu’on y dérogerait.
Mais pouvait-on faire autrement ? La situation à Mayotte est aujourd’hui dramatique, et personne ou presque n’en parle. Et si on en parle, rien n’est fait pour y remédier.
Aujourd’hui, quand vous vous baladez dans les rues de Mamoutzou, une personne sur deux que vous croisez est un clandestin. 74 % des enfants qui naissent à Mayotte ont une mère étrangère, en l'espèce des Comoriennes venues enceintes accoucher à Mayotte dans des kwassa-kwassa, au péril de leur vie. D’ailleurs, nombre de ces migrants ne parviennent jamais à destination et périssent noyés.
La maternité de Mayotte est la plus importante de France, avec 10.000 naissances par an. "A ce rythme, il faudrait construire une classe par jour, alors que déjà les élèves ne peuvent aller à l’école qu’en rotation le matin ou l’après-midi", avait souligné une députée mahoraise, qui avait également relevé la présence de "3.000 mineurs isolés" livrés à eux-mêmes et qui n’ont d’autres alternatives que de voler et agresser pour pouvoir se nourrir. Sans compter que Mayotte abrite encore le plus grand bidonville de France, où les cases en tôles n’ont ni eau, ni électricité.
Tous les ans, depuis 2006, les autorités expulsent entre 13 000 et 23 000 migrants. Mais l’exercice s’apparente à remplir le tonneau des Danaïdes… Plus on en expulse, plus il y en a qui rentrent ! Et parfois, il ne se passe pas deux jours entre le moment où un clandestin est expulsé et celui où on le voit revenir en kwassa-kwassa…
Comment faire alors pour tarir la source ? La seule solution, quitte à heurter certaines âmes sensibles, consiste effectivement à ne plus accorder automatiquement la nationalité française aux enfants comoriens nés à la maternité de Mayotte. Ce faisant, on arriverait à un double résultat : diminuer drastiquement le nombre de femmes enceintes qui effectueraient le déplacement, juste pour y accoucher. Mais aussi, et ce n’est pas négligeable, diminuer les flux de migrants et éviter que les 70km de bras de mer qui séparent l’ile d’Anjouan de celle de Mayotte ne serve de cimetière à des milliers de migrants.
Mais il ne faut pas pour autant laisser ces femmes à l’abandon et les contraindre à accoucher dans des conditions sanitaires terribles aux Comores. Aussi, la France et l’Europe se doivent de construire et de financer le fonctionnement d’une maternité moderne à Moroni, pour leur permettre d’accoucher dans de bonnes conditions.


