[L'édito de Pierrot Dupuy] Emmanuel Macron : Les mots sont forts, dommage que les actes ne suivent pas

Emmanuel Macron, en difficulté sur le plan intérieur, a essayé de se refaire une virginité sur la scène internationale en prononçant un discours qui fera date, mardi, à la tribune de l’ONU, dans lequel il s’est attaché à prendre systématiquement le contrepied de Donald Trump.
Un peu comme s’il voulait prendre les habits du général de Gaulle, sur la tombe duquel il compte aller se recueillir le 4 octobre prochain, pour apparaitre comme le leader de tous ceux qui sont opposés au président américain. Et Dieu seul sait s’il sont nombreux en ce moment !
Ce discours était un peu à l’image de celui prononcé par Dominique de Villepin, le 14 février 2003, quand, dans un style flamboyant, le ministre des Affaires étrangères français avait exprimé la réticence de la France à une intervention militaire en Irak, encore et toujours des Etats-Unis, soi-disant pour y détruire des armes de destruction massive.
Mardi, Emmanuel Macron s’est attaché à dire exactement le contraire de ce qu’avait déclaré, quelques minutes plus tôt, le président américain.
Dans son discours, le président français a prôné le "dialogue et le multilatéralisme" sur l'Iran notamment, à l'inverse de "l'unilatéralisme, [qui] nous conduit directement au repli et aux conflits, à la confrontation généralisée de tous contre tous au détriment de chacun, même de celui à terme qui se croit le plus fort". Sans le citer, c’est très clairement Donald Trump qui était visé.
Un peu plus tôt en effet, le président américain, à la même tribune de l'ONU, avait en effet lancé un appel à la communauté internationale dans le but d’isoler le régime iranien", dénonçant la "dictature corrompue" au pouvoir selon lui à Téhéran.
Là encore, Emmanuel Macron s'y est opposé, en prenant l'exemple du pétrole. "Il serait bon pour le prix du pétrole que l'Iran puisse le vendre ! C'est bon pour la paix et c'est bon pour le cours mondial du prix du pétrole", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse juste après son discours.
"Certains ont choisi la loi du plus fort. Mais elle ne protège aucun peuple. Nous choisissons une autre voie : le multilatéralisme", a résumé Emmanuel Macron, qui a exhorté l'ONU à ne pas devenir "le symbole d’une impuissance".
Une nouvelle fois, le chef de l'Etat s'est opposé à la politique américaine en dénonçant l'action de Donald Trump au Proche-Orient : "Qu’est-ce qui permettra de régler le conflit entre Israël et Palestine? Pas des actions unilatérales. Il n’y a pas d’alternative crédible à la solution de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité".
Mais le passage qui restera sans doute dans l’histoire sera certainement celui où Emmanuel Macron a appelé les autres pays à ne plus signer « d’accords commerciaux avec les puissances » qui ne respecteraient pas l’accord de Paris sur le climat. "Nous avons préservé l’accord de Paris parce que nous avons su rester unis", a-t-il expliqué. "N’acceptons pas toutes ces formes d’unilatéralisme [...] Le siècle qui s'ouvre nous regarde et nos enfants nous attendent. Réglons les crises, oeuvrons ensemble".
Les mots sont forts, les mots sont beaux. Mais Emmanuel Macron serait beaucoup plus crédible s’il mettait ses paroles en concordance avec ses actes. Alors que la France s’était engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, ces dernières ont en fait progressé de 3,6% en 2016…


