[L'édito de Pierrot Dupuy] Affaire Benalla : Trop c’est trop…

Alexandre Benalla a été entendu hier matin pendant deux heures et demie par la commission d’enquête du Sénat.
Si j’avais été un citoyen normal, j’avoue que je n’aurais pas perdu mon temps à l’écouter. Mais voilà, je ne suis pas un citoyen lambda, je suis un journaliste, et cela impose parfois de faire des efforts.
Pourquoi je ne l’aurais pas écouté ? Tout simplement parce-que, comme sans doute un bon nombre d’entre vous, je trouve qu’on en fait mille fois trop avec cette affaire.
Malheureusement pour lui, son scandale, puisque c’est comme ça qu’on l’a appelé, a éclaté à la veille de l’été métropolitain, à une période où les journaux ont le plus grand mal à trouver de quoi remplir leurs colonnes. Du coup, pour les médias, l’affaire Benalla, c’était du pain béni ! Un feuilleton avec des rebondissements tous les jours. Et chacun d’y aller de son petit scoop.
Pris individuellement, chacune de ces révélations quotidiennes n’avait pas grand intérêt. Mais l’effet de masse, l’accumulation, amplifiés par certains politiques qui ont vu là l’occasion, enfin, de faire descendre Emmanuel Macron de son trône, ont fini par ancrer dans l’esprit de l’opinion publique que nous étions face au scandale du siècle.
La France insoumise est même allée jusqu’à accuser l’Elysée d’avoir voulu monter une milice parallèle, oui vous avez bien entendu, une milice, pour perpétrer je-ne-sais quels mauvais coups.
L’audition d’Alexandre Benalla a eu cela de positif hier matin qu’elle a permis de ramener ce dossier à de justes proportions.
L’ancien chef de cabinet adjoint de l’Elysée avait manifestement parfaitement bien préparé son interrogatoire. Il a commencé par s’excuser d’avoir traité Philippe Bas, le président de la commission de « petit marquis » avec des propos clairs, ciselés au laser, expliquant qu’il avait eu le sentiment que certains avaient voulu instrumentaliser son affaire, d’avoir été victime d’un acharnement politique et médiatique. Ce qui n’était pas faux au demeurant…
Même précision sur tous les autres points abordés, même volonté pédagogique. Alexandre Benalla n’a esquivé aucune question, que ce soit sur son permis de port d’arme, sur sa voiture bénéficiant de tous les attributs d’un véhicule de police alors que lui-même n’était pas policier, sur son logement de fonction, sur le fait qu’il n’était pas le garde du corps du président de la République, sur son badge d’accès à l’Assemblée nationale…
Ses réponses ont été, je le répète, claires et je dois avouer qu’elles m’ont aux 9/10ème convaincu.
Il n’y a que quand il a expliqué qu’il lui est arrivé de porter une arme lors de certains de ses déplacements avec le président de la République que j’avoue avoir tiqué. Que se serait-il passé en cas d’incident ? Aurait-il dégainé, lui qui n’est pas un professionnel de la sécurité, lui qui n’a pas subi tout l’entrainement spécifique des gardes du corps de personnalités ? N’y avait-il pas un risque qu’il interfère avec les services de sécurité officiel ? Que se serait-il passé par exemple si, en cas d’incident, il avait été amené à tirer et à blesser quelqu’un ? Imagine-t-on les conséquences pour l’Elysée ?
Je ne suis pas un fan d’Emmanuel Macron, loin de là. Mais sur ce coup-là, honnêtement, je trouve qu’on en fait de trop et j’ai envie de dire : Stop, ça suffit !


