Le Tampon : le radiologue accusé d'agression sexuelle fixé sur son sort le 22 avril

Sans la plainte de la victime, le comportement inapproprié et inadmissible du médecin serait passé sous silence. Ce jeudi devant le tribunal correctionnel, le radiologue a reconnu “des blagues potaches” et “un comportement déplacé”.
Le 5 décembre 2022, lors d’une soirée de fin d’année entre employés du cabinet de radiologie, ce médecin radiologue dépasse les limites et commet une agression sexuelle. Le radiologue profite d’un énième selfie entre collègues pour glisser sa main dans le décolleté de Lisa*, une de ses employées. Dans un état de sidération, la victime porte plainte quelques jours après. Lisa* révèle le climat "toxique" et le harcèlement sexuel que le radiologue fait subir à de nombreuses secrétaires médicales.
Une enquête interne est diligentée et confirme le comportement du médecin envers la victime et d’autres employées. Les témoignages recueillis par les auditeurs d'un cabinet indépendant puis les enquêteurs sont accablants et vont tous dans le même sens. Sur son lieu de travail, l'homme est coutumier de propositions sexuelles, de propos salaces, va jusqu'à leur demander de venir travailler en jupe ou même leur détacher les blouses blanches. D'autres ont dû le repousser quand il a tenté de leur toucher la poitrine, les fesses ou le vagin. Une attitude inadmissible qu'il pouvait avoir avec certaines de ses employées, mais jamais avec ses consœurs, confirme Clémence.
“Je pense être un bouc émissaire"
Face à la justice, le radiologue, âgé aujourd'hui de 68 ans, a encore du mal à reconnaitre les faits. Entendu, le médecin a dans un premier temps “cru à une blague” lorsqu'il a été avisé de la plainte, ne voyant pas dans son attitude ce qui pouvait être traumatisant. “Je suis totalement choqué, démoli par cette situation”, livre-t-il comme premiers mots à la lecture des faits. Le radiologue reconnait les “blagues potaches” et explique : “ je ne suis pas adapté aux nouvelles méthodes de management”. Autre justification qu'il se donne : “je pense être un bouc émissaire. Finir une carrière sur un truc comme ça, c'est dément”. Lui à qui “feu Michel Fontaine avait donné les clés quand il s'était lancé en politique”.
Au fil des débats, le prévenu a peu de mots pour la victime. “Je fais beaucoup de missions humanitaires. J'étais psychologiquement atteint par ma dernière mission en Amazonie. J'ai essayé de comprendre ce qui s'est passé. Je pense que j'avais une attitude déplacée, étant quelqu'un de désinhibé. J'avais un public”, lâche-t-il pour expliquer ses nombreuses “blagues” salaces.
Une victime peu écoutée
“J'ai l'impression qu'il ne réalise pas du tout ce qu'il a fait subir”, regrette Lisa pour qui les conséquences sont importantes. La jeune femme ne travaille plus, déclarée “inapte à l'entreprise”. Elle est également suivie psychologiquement depuis 2 ans. 5.000 euros de provision sont demandés par l'intermédiaire de son conseil, le bâtonnier Georges-André Hoarau, en attendant une expertise qui évaluera son préjudice moral.
“Je crois que le docteur est encore dans la salle de garde de son internat de médecine”, tance le parquet qui invoque l'esprit carabin, ce folklore qui imprègne l'internat des étudiants en médecine et qui peut être teinté de banalisation de violences sexistes. “Il n'a pas évolué, mais il s'en est passé des événements depuis”, rappelle le représentant du ministère public qui évoque Me Too. Pour autant, 150 jours amende à 100 euros, soit 15.000 euros, sont demandés au radiologue pour ce fait d'agression sexuelle.
“Vous avez à juger un homme d'un autre siècle, d'une autre époque”, reconnait Me Sebastien Navarro, avocat du radiologue. La robe noire s'est ainsi attachée à montrer le comportement paradoxal de son client, à la fois graveleux, mais aussi “à l'écoute”. Le radiologue a depuis réintégré son poste mais a perdu ses fonctions de gérance. "Aujourd'hui, il ne fait plus de blagues", veut rassurer son avocat.
Le délibéré est attendu pour le 22 avril à 8 heures.


