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Le siège de Nexa à Saint-Denis perquisitionné par les magistrats du Parquet européen

Ecrit par E.L. et J.D. – le mardi 2 décembre 2025 à 20H01
Le siège de l'ex-Nexa, devenue La Réunion Développement, est situé dans la tour Cadjee à Sainte-Clotilde

Une perquisition a eu lieu ce mardi 2 décembre au siège de l’ex-Nexa, devenue La Réunion Développement, dans le cadre d'une enquête ouverte par le Parquet européen. Les investigations font suite au rapport de la Chambre régionale des comptes, qui avait soupçonné une série de malversations liée notamment à l’usage de fonds européens.


L’enquête s’accélère autour de Nexa, la société d’économie mixte (SEM) créée en 2014 par la Région Réunion pour promouvoir le développement, l’investissement et l’innovation sur l’île. Selon les informations de Réunion La 1ère, confirmées par notre rédaction, le Parquet européen, basé au Luxembourg, a ordonné mardi 2 décembre une vaste opération de perquisition au siège de la structure, rebaptisée La Réunion Développement depuis octobre 2024. Cette instance judiciaire indépendante est chargée de poursuivre les infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union européenne - un champ dans lequel Nexa est directement concernée - en raison des fonds FEDER qu’elle a perçus, près de 3,8 millions d’euros entre 2018 et 2023 (15,4 millions entre les fonds de la Région et ceux du FEDER), période de contrôle des magistrats de la rue Alexis de Villeneuve.

Des policiers parisiens, assistés de leurs homologues réunionnais, ont investi dès ce matin les locaux du centre d’affaires Cadjee à Sainte-Clotilde où se trouve le siège de la SEM. L’opération s'est prolongée tout au long de la journée. Les enquêteurs ont saisi de nombreux documents relatifs à la période 2018-2023, celle visée par le dernier contrôle de la Chambre régionale des comptes.

« Un malade sous perfusion »

Le rapport de la CRC, achevé en mars 2024 et publié en octobre de la même année, brossait déjà le portrait d’un organisme à la dérive. « Instabilité de la gouvernance, absence de recettes, politique salariale opaque et généreuse, entorses répétées à la commande publique pour des frais de mission dispendieux, investissements hasardeux et prises de participation risquées… », énuméraient les magistrats financiers, pour qui Nexa apparaissait « comme un satellite à la dérive dont les élus de la Région ont perdu le contrôle depuis trop longtemps ». Sans recettes propres, la SEM fonctionnait « comme un malade sous perfusion », dépendant entièrement des fonds publics.

Lire aussi : Nexa : quatre millions d’euros dilapidés et une gouvernance opaque

Les magistrats avaient également relevé des irrégularités structurelles. « La structure de l’actionnariat du capital social n’est pas légale », soulignaient-ils, pointant un déséquilibre flagrant avec 88,4 % du capital détenu par la Région, en contradiction avec les textes imposant une participation privée minimale de 15 %. Selon le rapport, Nexa aurait survécu uniquement grâce aux apports financiers de la collectivité régionale, alors dirigée par Didier Robert.

Les investissements menés par la SEM dans le viseur des magistrats

Les investissements menés par la SEM sont eux aussi dans le viseur des magistrats. Deux prises de participation – dans Bioalgostral et Oscadi, présentées à l’époque comme des “pépites technologiques” – se sont soldées par des faillites et un « gaspillage de 4,2 millions d’euros d’argent public », selon la CRC. « La SEM, qui s’est positionnée comme une holding passive, apparaît avoir subi la dégradation de leur situation économique sans pouvoir proposer d’autres solutions que des recapitalisations aux risques mal maîtrisés », note encore le rapport.

La Chambre a également mis en lumière « de nombreuses irrégularités troublant le bon fonctionnement du conseil d’administration depuis la création de Nexa en 2014 ». Les réunions étaient rares, les décisions souvent entérinées sans débat, et certains déplacements de dirigeants à Paris et à Londres ont été effectués sans validation préalable.

Enfin, la CRC a dénoncé « le non-respect des normes, l’absence de procédures de contrôle interne, le désintérêt des actionnaires et des administrateurs et l’insuffisance de contrôle du commissaire aux comptes sur une entreprise en grandes difficultés financières, subventionnée à 100 % par les deniers publics ».

Autant de constats qui ont conduit le Parquet européen à ouvrir une enquête, cherchant à déterminer si les dysfonctionnements relevés par la CRC ont pu constituer des infractions pénales impliquant des fonds européens. Aucun dirigeant n’a pour l’heure été mis en cause, mais la perquisition de ce mardi marque un tournant dans un dossier où se croisent enjeux de gouvernance locale, transparence financière et respect des règles communautaires.

Etiquettes : Europe | Nexa

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