Le SAV des fouilles du cimetière marin commence

"Il y a eu une forte médiatisation pour un événement à sa hauteur", témoigne Eric Kichenapanaïdou, archéologue et responsable du service patrimoine à la mairie de Saint-Paul. Mais désormais, la procédure scientifique s'est enclenchée. Les fouilles se sont arrêtées cinq jours après ce fameux mercredi matin du 22 juin. Dans l'après-midi, la mairie de Saint-Paul avait organisé une conférence de presse pour annoncer la nouvelle, inédite à la Réunion : le cimetière marin de Saint-Paul recèle, dans ses alentours, de sépultures d'esclaves ([voir notre article]urlblank:http://www.zinfos974.com/Decouverte-de-squelettes-d-esclaves-a-Saint-Paul_a29839.html ).
"J'étais là le lundi à refermer la fenêtre de fouilles à la pelle pendant que Bruno Bizot (Anthropologue et Conservateur du patrimoine venu de PACA, ndlr) était déjà dans l'avion", en rigole Eric Kichenapanaïdou.
Les recherches de toutes parts
"La post-fouille a démarré. Nous en sommes à la rédaction d'un rapport d'activité". Mais là n'est pas le plus intéressant. Il faut creuser du côté de ces "quelques éléments osseux et des cavités potentiellement intactes dans les dents" qui ont été récupérés. En ligne de mire pour ces prélèvements, une possible préservation de codes ADN qui pourraient témoigner "scientifiquement" de la lignée africaine des ossements retrouvés.
"D'autres ossements ont été prélevés pour y réaliser une approche biométrique", affirme l'archéologue. En parallèle, Sudel Fuma, sans doute le plus dithyrambique le jour de la découverte, avec son équipe d'historiens de l'Université de la Réunion, a également du grain à moudre pour un temps. Des rapprochements sont également à attendre avec des archéologues des Antilles et de Guyane puisque pareille découverte avait eu lieu en Martinique.
Cette armada de petites mains au chevet de ces ossements historiques ne sera pas de trop, les bonnes volontés sont attendues. "Suite aux fouilles, j'ai pu avoir un étudiant volontaire pour m'aider", histoire pour celui-ci d'engranger de l'expérience. Sans aucune filière en archéologie à l'Université de la Réunion, "quelques étudiants en histoire profitent donc de cette fenêtre exceptionnelle pour envisager un Master Recherche, voire un Doctorat en métropole", poursuit le responsable du service patrimoine.
De 12 à 15 squelettes
Ce travail de post-fouilles, pas le plus médiatisé et c'est normal, est pourtant celui qui va donner du crédit aux fouilles en elles-même. Le jour de la découverte, Bruno Bizot faisait état de 12 squelettes différents mis au jour. Un chiffre qu'il suspendait à des recherches plus appuyées. Depuis, trois corps supplémentaires sont à ajouter au travail de fouilles des archéologues et de la pelleteuse. Une estimation qui reste qu'hypothétique tellement la fenêtre creusée était peu large.
"C'est la forte concentration d'ossements dans seulement 12m2 de fenêtre qui nous laisse espérer en trouver plus aux alentours", dit prudemment Eric Kichenapanaïdou. De quoi laisser spéculer les passionnés, en attendant un retour scientifique et l'éventuel établissement d'un mémorial immédiatement décrété par la députée-maire de Saint-Paul, Huguette Bello, quelques heures après l'annonce.



