Le RSKP prend position dans l'affaire des requins
Aucune image à la une trouvée pour cet article.
La Réunion voit aujourd'hui s'affronter deux visions culturelles. L'étincelle ayant été deux attaques de requins mortelles. D'un côté une vision traditionnelle de la mer où l'espace marin est un espace n'appartenant pas à l'homme Réunionnais. Le Réunionnais accepte donc lorsqu'il "prend la mer" de se soumettre aux lois de celle-ci et assume donc pleinement les dangers inhérents à cet espace. Et de l'autre, une vision nouvelle pour la majorité des Réunionnais, un mode de pensée où la mer appartient à l'homme et, implicitement, la non acceptation des multiples dangers liés à cet élément.
Ce ne sont pas tant ces deux points de vue diamétralement opposés qui posent problème. Nous pensons qu'ils peuvent progresser l'un vers l'autre. C'est plutôt la réaction d'un groupe social au mode de pensée homogène : la nébuleuse des "surfeurs". Ce groupe a consciemment ou inconsciemment appliqué la stratégie du choc. La mort du surfeur réunionnais Mathieu Schiller a donc constitué le choc. Le choc permet d'obtenir sous le coup de l'émotivité l'acceptation de choses qu'en temps normal les personnes extérieures au groupe n'accepteraient pas. Le choc peut donc, à ce moment là, servir des intérêts personnels ou, dans le cas présent, l'intérêt d'un groupe. Nous agissons ici typiquement dans la précipitation, l'émotivité et l'irrationnel. Quel comportement plus irrationnel que de vouloir éradiquer les requins des plages réunionnaises ? L'émotivité est une chose mais elle laisse surtout place à un sentiment de vengeance caractéristique d'une certaine manière de voir les choses. Il est d'autant plus surprenant de voir le représentant de l'Etat sur l'île, le préfet, cédé à l'émotivité et à l'irrationnel. La mort de deux pêcheurs sortis en mer et qui n'ont, eux aussi, pas eu de chance illustre, dramatiquement, ces deux visions de la mer. D'un côté, la famille des pêcheurs est sous le coup d'une émotion certaine. Pour autant cette émotion ne se transforme pas en vendetta contre la mer et les autorités réunionnaises. C'est, malgré la frustration, l'exemple même de l'acceptation des dangers inhérents à la mer.
Ce conflit larvé s'est transformé en conflit ethnique qui ne dit pas son nom. La République est basée sur l'égalité de traitement de tous ses citoyens que nous soyons pêcheurs ou surfeurs. Cependant nombre de groupes sociaux ont compris l'importance du lobby pour contourner le principe d'égalité républicaine. Le choc de l'attaque de requin amplifié par la médiatisation nationale a permis au groupe "surfeurs" d'obtenir satisfaction. Sans doute à raison. Cependant les "surfeurs" ne sont pas le seul groupe social à savoir utiliser le lobby. Les agriculteurs ou les commerçants en sont un exemple. Le problème fondamental de cette situation est ici l'égalité de traitement. L'égalité de traitement ne nous renvoie pas simplement à la différenciation sociale. Elle nous renvoie à notre histoire coloniale où la couleur de peau a été un élément fondamental de la discrimination. A l'aspect culturel et social vient s'ajouter le problème ethnique. Fantasmer ou pas, le mode de pensée renvoie dans l'inconscient collectif à l'ethnie et c'est bien là le fond du problème. Et lorsque Madame Bello répond à "assassin !" par "je connais mon pays", elle ne répond pas de manière rationnelle mais de manière irrationnelle à une phrase assassine trop souvent entendue : "On connaît la Réunion mieux que les Réunionnais". Ces accumulations de phrases, de comportements, nourrissent la frustration et une certaine souffrance silencieuse.
Ce mode de pensée, où les cultures sont hiérarchisées, effrite de jour en jour l'idéal de vivre ensemble réunionnais. Ce combat est avant tout un combat pour l'égalité de traitement de tous les citoyens devant la République et, son corollaire, le respect de l'identité Réunionnaise. Le pêcheur traditionnel représente une part de notre mosaïque identitaire. Que leur douleur soit aussi entendue.
Dans un contexte de mondialisation où l'identité est l'ennemi de la consommation de masse. Dans un contexte de mondialisation où l'enracinement est l'ennemi de la mobilité du facteur travail, il nous appartient de défendre ce que nous sommes. Il nous appartient d'affirmer notre identité. Et si affirmer c'est résister, nous creusons d'ores et déjà notre sillon.
Didier Vaïtilingom
Secrétaire Général RSKP


