Le Port : le PMU Chez Maly conteste au tribunal sa fermeture dans le cadre d’un trafic de stupéfiants

S’appuyant sur la loi contre le narcotrafic de juin 2025, le préfet Patrice Latron a signifié la fermeture pour quatre mois du PMU Chez Maly. Problème : les faits reprochés au gérant, qui a été seulement entendu comme témoin assisté et n’a pas été mis en examen dans le dossier, sont antérieurs à la promulgation de la loi.
Après le précédent du PMU les Flibustiers du Moufia à Saint-Denis, dont le tribunal administratif de La Réunion a ordonné la réouverture le 23 octobre dernier contre l'avis du préfet, qui l'avait fait fermer en se prévalant de la loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025, une affaire similaire était jugée devant la même juridiction, ce mercredi 7 janvier.
L’ordonnance du juge des référés ne sera rendue publique que dans les prochains jours, mais il se pourrait bien qu'elle pointe une nouvelle défaillance des services du préfet Patrice Latron dans le traitement du dossier. L’affaire concerne cette fois le PMU Chez Maly au Port, un établissement ouvert depuis un peu plus d’un an dont le gérant, qui n’est pas poursuivi à titre personnel dans cette affaire de blanchiment d’argent issu du trafic de drogues, était à la barre pour plaider sa bonne foi.
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Comme l’a souligné son avocat Me Laurent Benoiton, la chronologie des faits revêt une importance capitale dans ce dossier, qui a abouti le 28 novembre dernier à un arrêté préfectoral de fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de ce PMU situé non loin du commissariat du Port.
Des tickets gagnants pour plus de 15 000 euros en cause
Tout débute en avril, puis mai 2025, lorsqu’un homme se présente à deux reprises au PMU Chez Maly pour encaisser des tickets gagnants de paris sportif, pour un montant total dépassant les 15 000 euros. Plusieurs mois plus tard, après une enquête sur un trafic de stupéfiants entre l’Hexagone et La Réunion, l’heureux gagnant sera mis en examen pour blanchiment d’argent, après la découverte des deux virements de la Française des Jeux sur son compte en banque.
L’unique fait reproché au gérant du PMU consiste à n’avoir pas suffisamment vérifié l’identité du « gagnant », lequel a présenté une pièce d’identité et un RIB dont la validité a été confirmée par le passage sous le scanner. Selon le gérant, qui était hors département au moment des faits, l’homme s’est adressé à deux employés différents lors de ses deux passages pour encaisser ses gains. Lesquels salariés auraient indiqué à leur patron qu’il existait une ressemblance entre l’homme et la photo de la pièce d’identité présentée.
Si Me Laurent Benoiton ne conteste pas le manque de contrôle de la part des salariés du PMU, il souligne que les faits reprochés ne sauraient constituer un trouble à l’ordre public justifiant la fermeture pour quatre mois d’un commerce employant trois personnes en CDI et une autre en CDD.
« Il y a un problème de rétroactivité de la loi »
« Il y a un loyer de 2 300 euros et des salaires à payer. Mon client a été interrogé en audition libre en octobre et n’a pas été mis en examen, cela en dit long. Ce n'est pas parce qu'un délinquant se présente pour retirer des gains que l'établissement doit être fermé », avance l’avocat.
Surtout, il rappelle que les deux encaissements ont eu lieu en avril et en mai, alors que la loi contre le narcotrafic sur laquelle s’appuient les services de l’État pour fermer administrativement le commerce n’a été promulguée qu’en juin 2025. « Il y a un problème de rétroactivité de la loi : un texte du 13 juin ne peut pas être appliqué sur des faits antérieurs », relève la robe noire.
Du côté des services de la préfecture, on explique que « la police soupçonne un système d'achat de tickets gagnants pour le blanchiment d'argent » et que le gérant du commerce a été informé par courrier de la situation et s’est exprimée en retour par écrit. L'État signifiant ainsi que le moyen sur l’absence de contradictoire soulevé par le requérant ne devrait pas être retenu par le tribunal.
La fermeture du PMU Chez Maly n'est pas une sanction selon la préfecture
La préfecture considère que l’urgence à agir, élément clé de toute procédure en référé, n’est pas constituée « en l’absence d'éléments comptables ». Avant de préciser : « On nous fournit les éléments sur les charges, mais ils n'ont pas la valeur d'un bilan comptable. La société se prévaut elle-même d'environ 86 000 euros de chiffre d'affaires mensuel. » Les services de l’État ajoutent que c’est à la suite d’un rapport de police rendu en septembre dernier que le préfet a décidé de déclencher les nouvelles dispositions du code de la sécurité intérieure pour fermer le PMU Chez Maly.
À la question du juge des référés, qui cherchait à savoir, pour sa gouverne personnelle, quels critères justifiaient de la durée de fermeture, la préfecture a répondu s’appuyer sur les jurisprudences, mais aussi sur une forme de barème fourni par le ministère de l’Intérieur.
« Nous ne sommes pas dans le cadre d'une sanction, mais dans de la prévention » a même insisté la préfecture au tribunal, faisant immédiatement réagir le magistrat. « C’est une sanction, quatre mois de fermeture, quand même », a tiqué le juge des référés. Ce dernier a par ailleurs demandé à Me Laurent Benoiton de lui fournir des éléments financiers pouvant justifier de l’urgence à réouvrir le commerce, le gérant ayant fait valoir ne pas disposer pour l'heure de bilan comptable pour ses trois mois d’ouverture en 2024 et son premier exercice plein en 2025.
L’avocat plaide le caractère disproportionné de la mesure de fermeture administrative et déplore que la préfecture ait communiqué dans les médias avant que son client ne reçoive la notification de la sanction.


